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Diversité en communion |
« L’unité est en réalité le sceau de crédibilité de la mission »
Une lecture protestante du
document de la Congrégation pour la doctrine de la foi
sur certains aspects de l’Evangélisation.
Ce document tombe à pic dans une préoccupation récurrente de nos Eglises. Pas une qui ne parle d’évangélisation, en son sein ou avec d’autres. Citons par exemple le dernier colloque œcuménique sur Evangélisation et prosélytisme (Institut Supérieur d’Etudes œcuméniques, janvier 2007), le document de la Communion d’Eglises Protestantes en Europe ou le dialogue catholiques-pentecôtistes (qui est sans doute le plus d’actualité, notamment en Amérique Latine !).
Alors que certains trouveront les formulations trop conservatrices et peu inculturées dans notre société occidentale moderne, bien des protestants devraient se retrouver dans ce texte, s’enthousiasmer, voire même se sentir concurrencés par ce style explicite et christocentré !… ne serait-ce que pour ses citations aux Ecritures bibliques.
En effet, ils pourront dire avec la Congrégation pour la doctrine de la foi,
Je me retrouve bien dans l’insistance du document sur le respect de la liberté d’autrui (qui revient de manière récurrente et est présenté comme un élément fondamental de l’anthropologie chrétienne). Mais j’appuierais sans doute davantage sur le fait que seul le St Esprit convainc, posant ainsi une limite à toute pression, sans annuler cependant l’exigence de l’annonce.
Une certaine anthropologie protestante est sans doute plus pessimiste (la liberté humaine est aussi atteinte par le péché dans sa capacité à rechercher le bien et la vérité) et je compterais plus clairement sur l’acte premier de Dieu pour conduire l’homme à l’accueil du Christ par la foi (laquelle est aussi don de Dieu). Le témoignage du chrétien comme de l’Eglise a alors moins pour objectif de « sauver des âmes à tout prix » que de confesser/ célébrer le Christ devant les humains en retour et en reconnaissance pour son amour premier, le reste appartenant au St Esprit. Loin de conduire à la paresse dans l’évangélisation, cela conduit à une liberté de l’annonce qui sait que la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même, comme le dit le document.
Comme protestant encore, j’apprécie le salut en Christ et le focus mis sur Jean 17,3 comme « définition » de la vie éternelle. Mais, sans nier la nécessité d’une intégration à une assemblée, je mettrais un bémol quant à la stricte égalité entre la connaissance du Christ et l’incorporation à l’Eglise (§3), sauf si l’Eglise est ici comprise au sens large du corps du Christ bien au-delà des limites institutionnelles propre aux différentes confessions. Le texte va dans ce sens lorsqu’il parle de l’Eglise non comme un groupe de puissance, mais d’un réseau d’amitié avec le Christ. Nous voilà à nouveau au cœur des questions ecclésiologiques.
Le document aborde la question des passages, rappelant simplement le directoire œcuménique catholique. Ce qui est « surprenant », c’est qu’il n’envisage le passage que dans un sens, comme s’il n’existait pas de (nombreux) catholiques devenant protestants, orthodoxes ou anglicans. Voilà un lieu, non pas de débats (toutes nos Eglises sont favorables à la liberté de changer de confession) mais de frottement : à partir de quel moment on use d’artifices contraires à l’Evangile (dixit le document) pour provoquer ces passages ? En particulier sur les enfants : le protestant y a été sensible en période de persécution, plus récemment comme minoritaire dans des écoles catholiques… mais on peut aussi trouver facilement un prosélytisme de mauvais aloi chez des protestants !
Nous rejoignons là un texte d’accord français déjà ancien « Evangélisation et non prosélytisme » (signé en 1992 dans la région Alpes Rhône et Centre-Est) et le document de réflexion de la commission œcuménique de la Fédération Protestante sur les Passages d’une Eglise à l’autre.
On appréciera enfin la visée œcuménique qui régule la question des passages : L’unité est en réalité le sceau de crédibilité de la mission, et les catholiques sont invités à la collaboration fraternelle par une commune profession de foi et dans les questions sociales et éthiques.
A ce sujet, que le catholique-romain tienne à évangéliser avec tout ce qui fait « sa pleine vérité » et qu’il la partage avec d’autres chrétiens, ne nous gène pas. Nous faisons d’ailleurs de même comme protestants. Il ne doit pas s’en offusquer. Nous ne sommes pas dans un œcuménisme de la confusion (tout le monde se vaut) ni de l’abstention (je ne parle pas de ce qui fâche), mais de la clarté. Pourvu que tout cela se fasse, comme le dit le texte, dans le dialogue respectueux de la charité et de la vérité.
En conclusion :
Nous aimons cette définition de l’élan évangélisateur : l’accueil de la Bonne Nouvelle (…) enflamme le cœur de celui qui la reçoit par l’amour pour le prochain, qui pousse la liberté à redonner ce que l’on a reçu gratuitement (…) En effet, il n’y a rien de plus beau que d’être rejoints, surpris par l’Evangile, par le Christ.
Pasteur Gill DAUDE, service œcuménique
Fédération Protestante de France