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Comité mixte baptiste-catholique en France

L’Eglise

Plan général :

I - Ce que nous pouvons dire ensemble sur l’Eglise
II - Les données de base de l’ecclésiologie baptiste
III - Les données de base de l’ecclésiologie catholique
IV - Bilan de notre recherche
A Convergences et divergences à partir des attributs ou notes de l’Eglise
B La difficulté majeure

I - Ce que nous pouvons dire ensemble sur l’Eglise

A - Regard sur la fondation de l’Eglise

 

1 . Voulant faire le point des affirmations doctrinales qui nous sont communes sur l’Eglise, nous choisissons de partir des affirmations de l’Ecriture et de prendre comme fil conducteur le récit des Actes des apôtres qui nous décrivent la naissance et la première structuration de l’Eglise.

 

2. Nous reconnaissons ensemble que l’événement de Jésus le Nazaréen, accrédité par Dieu, qui est passé en annonçant le Royaume, en faisant le bien et en opérant miracles, prodiges et signes, qui est mort crucifié par la main des impies, mais que Dieu a ressuscité, a abouti au don de l’Esprit, promis avant l’Ascension et accompli le jour de la Pentecôte (cf. Ac 1-2).

 

3. Dès avant la Pentecôte la parole et l’œuvre de Jésus ressuscité et monté aux cieux avaient rassemblé la communauté du Cénacle, un groupe de cent-vingt frères et sœurs, autour des Onze apôtres, « dont Marie la mère de Jésus et les frères de Jésus » (Ac 1,14).

 

4. La présence des apôtres est essentielle à ce groupe. Car ils sont ceux qui ont marché à la suite de Jésus, depuis son baptême par Jean jusqu’à son Ascension : ils sont les témoins de sa résurrection. C’est pourquoi leur premier soin est de reconstituer le nombre symbolique des Douze en procédant à la désignation de Matthias. Cette communauté, qui sera appelée bientôt l’Eglise (Ac 5,11), est bâtie par le Christ. Elle a pour fondation les apôtres et les prophètes, le Christ étant lui-même la pierre angulaire (cf. Ep 2,20).

 

5. L’événement spectaculaire de la Pentecôte marque la naissance de l’Eglise qui sort désormais en plein jour devant le monde pour proclamer, avec la puissance du Saint-Esprit, le message de ce que Dieu a accompli en Jésus de Nazareth, crucifié par les hommes et ressuscité par Dieu. Le contenu de ce discours inaugural, synthèse de l’annonce de Jésus-Christ, sera répété plusieurs fois comme un leitmotiv scandant les étapes de l’évangélisation.

 

6. Le premier fruit de cette prédication est de convertir le cœur des auditeurs à la foi et d’adjoindre « trois mille » personnes au groupe initial (Ac 2,37-41). L’œuvre de Jésus, le Christ et le don de l’Esprit suscitent ainsi une large communauté, l’Eglise, Corps du Christ, comme l’appellera l’apôtre Paul, qui rassemble les croyants, afin qu’ils rendent au Seigneur un culte en esprit et en vérité (Jn 4,24) et témoignent de l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre.

 

7. La conversion à la foi est accompagnée du baptême d’eau, non plus celui de Jean, mais celui qui est donné au nom de Jésus, et du don de l’Esprit Saint. Y sont appelés d’abord les juifs et ensuite les païens.

 

8. La première communauté chrétienne « était assidue à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2,42). L’unanimité des cœurs et le partage des biens la caractérisaient. Des signes de Dieu accompagnaient sa vie et l’accréditaient auprès du peuple tout entier.

 

9. Non seulement les chrétiens rompent le pain fraternellement dans leurs maisons, mais le terme de « fraction du pain » en vient à désigner dans les Actes la célébration du repas du Seigneur, c’est-à-dire la Cène-eucharistie.

 

10. Les douze apôtres, en particulier Pierre et Jean, jouent un rôle dirigeant dans l’annonce du message, dans le témoignage à rendre devant les autorités et dans leur souci de veiller au bien de la communauté.

 

11. Dans la difficulté survenue entre les Hellénistes et les Hébreux, les Douze prennent l’initiative de l’institution des « Sept » (Ac 6,3). Les tâches ministérielles seront ainsi réparties entre les uns et les autres. Ces nouveaux ministres, choisis par la Communauté, selon l’instruction des Douze, sont institués dans leur fonction1 par l’imposition des mains.

 

12. La persécution qui s’abat sur la première communauté de Jérusalem et provoque la mort d’Etienne aboutit à une dispersion des chrétiens en Judée et en Samarie et jusqu’à Antioche. Cette dispersion est aussi un « essaimage » du christianisme et elle est au départ des grands envois en mission dans le bassin méditerranéen.

 

13. L’Eglise-Mère de Jérusalem se diversifie ainsi en plusieurs Eglises locales qui restent en communion les unes avec les autres et vivent une entraide fraternelle. Les apôtres et leurs collaborateurs envoyés dans les diverses communautés assurent la cohésion de l’ensemble.

 

14. Saul, le persécuteur des chrétiens, est choisi gratuitement par Dieu pour devenir à son tour un apôtre sous le nom de Paul. Il reçoit le baptême dans la communauté de Damas (Ac 9) et commence sa mission d’évangélisation, appelé directement par le Christ (Ga 1,15-18). Il a le souci de maintenir la communion avec les apôtres de Jérusalem.

 

15. Pierre est averti par Dieu de la nécessité d’annoncer l’Evangile aux païens. Chez Corneille, il constate que certains d’entre eux ont déjà reçu l’Esprit Saint, dans une sorte de nouvelle Pentecôte, et en conclut qu’il n’a pas le droit de leur refuser le baptême. L’Eglise accomplit ainsi sa vocation : elle est envoyée à la fois aux Juifs et aux païens.

 

16. Toujours sous l’action de l’Esprit Saint, une répartition des tâches s’opère, et Paul et Barnabas sont envoyés en mission. Ils s’adressent en priorité aux Juifs, mais se tournent de plus en plus vers les païens.

 

17. Un grave conflit surgit alors entre les disciples au sujet de la nécessité ou non, pour les chrétiens venus du paganisme, de passer par la circoncision. Ce conflit provoque la réunion, à Jérusalem, d’une importante assemblée des « apôtres et des anciens ». Elle aboutit à une décision remarquable et solennelle : « Le Saint-Esprit et nous-mêmes avons décidé de ne vous imposer aucune autre charge que celles-ci…» (Ac 15, 28).

 

18. Autour des apôtres et des anciens, d’autres personnes viennent participer à leur ministère auprès des communautés (Barnabas, Apollos, Silas, Timothée). Dans les communautés qu’il fonde, Paul, qui garde son autorité de fondateur et y envoie en mission ses collaborateurs, établit des « anciens » (presbytres), ministres locaux (cf. Ac 14, 23).

 

19. Cette brève histoire des débuts de l’Eglise que nous racontent les Actes des apôtres nous décrit fidèlement le fondement et la nature de l’Eglise et sa mission auprès des hommes. La source de l’Eglise est à la fois le ministère de Jésus accompli jusqu’au bout dans son mystère pascal et le don de l’Esprit à tous les croyants. Fondée sur Jésus-Christ et les apôtres, l’Eglise une, partout présente en ses communautés locales, est l’assemblée de ceux qui vivent la repentance de leurs péchés, confessent la foi, reçoivent le baptême, partagent la Cène - eucharistie et vivent en communion fraternelle les uns avec les autres. Devant le monde, ils rendent témoignage du salut accompli en Jésus-Christ. Ces communautés sont confiées à la vigilance des apôtres, puis de leurs collaborateurs et successeurs, ainsi que des ministres établis en chacune d’entre elles. Cet établissement des ministres est à la fois un don de l’Esprit et le fruit d’une concertation entre les apôtres et les communautés.

 

20. Baptistes et catholiques entendent se situer également dans la suite de ces Eglises primitives et de toutes celles qui ont témoigné du Christ au cours des siècles.

 

1 Nous reviendrons sur ce point par la suite.

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B - Le Christ et l’Eglise

 

21. Si les évangiles attestent que Jésus, par ses paroles et ses actes, sa mort et sa résurrection, est le fondateur historique de l’Eglise, les écrits apostoliques approfondissent, à l’aide d’images et de symboles, le mystère du Christ fondement de l’Eglise.

 

22. De même que Dieu, dans l’Ancienne Alliance, convoque l’assemblée du peuple (qahal), de même, Jésus appelle les disciples qu’il rassemble pour constituer l’Eglise (ecclesia), le peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance (cf. Concile Vatican II Constitution LumenGentium n° 9) : en référence aux douze tribus d’Israël, le groupe des Douze qu’il choisit pour être avec lui et les envoyer en mission (cf. Mc 3, 12-15) est à la fois le germe du Nouvel Israël et l’origine du ministère de l’Eglise.

 

23. Accomplissant la prophétie d’Ezéchiel (Ez 34 et 37), Jésus est le bon pasteur qui connaît ses brebis et se dessaisit de sa vie pour elles ; il a d’autres brebis qui ne sont pas encore rassemblées et qu’il doit aussi mener, afin qu’il y ait un seul troupeau et un seul pasteur (cf. Jn 10, 11-18). Le mystère de la Croix réalise sa parole : « Pour moi, quand j’aurai été élevé deterre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32). Ressuscité, Jésus rassemble à nouveau les disciples que sa mort avait dispersés, et leur commande de faire de toutes les nations des disciples. IL leur promet la force de l’Esprit Saint qu’il envoie d’auprès du Père le jour de la Pentecôte.

 

24. L’histoire du salut est évoquée par la parabole des vignerons homicides que Jésus conclut en citant le Psaume 118, 22 : la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire : « c’est là l’œuvre du Seigneur » (Mt 21, 42). Reprenant cette citation, la 1 ère épître de Pierre développe une symbolique de l’édification d’une maison spirituelle que forment les pierres vivantes qui s’approchent du Christ, la pierre vivante, pour constituer une sainte communauté sacerdotale, « le peuple que Dieu s’est acquis » (1 P 2, 4-10).

 

25. L’épître aux Ephésiens s’inscrit dans la même symbolique en s’adressant aux disciples : « Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et Jésus-Christ lui-même comme pierre maîtresse. C’est en lui que toute construction s’ajuste et s’élève pour former un temple saint dans le Seigneur… une demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 20-22). Pierre vivante, pierre maîtresse, le Christ est le fondement de l’Eglise, Temple du Saint-Esprit, car c’est lui qui a détruit ce qui séparait les juifs des païens, empêchés d’avoir accès auprès du Père, comme le symbolisait la séparation sur l’esplanade du temple de Jérusalem, : « Il a voulu ainsi, à partir du juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix » (Ep 2, 15-16).

 

26. Temple du Saint-Esprit, l’Eglise est aussi Corps du Christ, la symbolique du temple étant inséparable de celle du corps. Lorsqu’il répond aux juifs qui l’interrogent : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai », Jésus « parlait du Temple de son corps » (Jn 2,19-21). Aussi, dans sa première lettre, Paul écrit-il aux Corinthiens : « Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour être un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Le corps ne se compose pas d’un seul membre mais de plusieurs… or vous êtes le corps du Christ et vous êtes es membres, chacun pour sa part » (1 Co 12, 13-14 et 27).

 

27. Premier-né d’entre les morts, le Christ est « la tête du corps, qui est l’Eglise » (Col 1, 18). L’Eglise est donc appelée à grandir vers le Christ en recevant tout de lui, tel ce corps évoqué par l’épître aux Ephésiens : « Confessant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête, Christ. Et c’est de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour » (Ep 4, 15-16). Avec l’image de la vigne et des sarments, analogue à celle de la tête du corps et des membres, Jésus souligne que le disciple qui ne demeure pas en lui ne peut porter du fruit, comme le sarment se dessèche s’il ne demeure pas sur la vigne (cf. Jn 15,1-6).

 

28. Dans l’Ancienne Alliance, Dieu se présentait comme l’époux fidèle qui veut restaurer l’alliance avec son épouse alors qu’elle s’est prostituée aux idoles ; en lui parlant au cœur, il se la fiancera pour toujours dans la fidélité (cf. Os 2). Au seuil de la Nouvelle Alliance, Jean-Baptiste, qui n’est pas le Christ, mais « l’ami de l’époux » (Jn 3,29), se réjouit d’une joie parfaite en entendant la voix de l’époux qui vient après lui. Semblable à l’époux qui aime son épouse comme son propre corps, le Christ, qui est le Chef de l’Eglise, « lui le Sauveurde son corps », a aimé son Eglise et s’est livré pour elle : « il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la parole… il a voulu son Eglise sainte et irréprochable » (Ep 5, 23-28).

 

29. C’est l’Esprit du Christ Seigneur qui unifie, vivifie et sanctifie l’Eglise, Corps et Epouse du Christ. « Sainte Eglise des pécheurs », selon l’expression du Père Congar, l’Eglise « au cours de son pèlerinage, est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a perpétuellement besoin en tant qu’institution humaine et terrestre » (décret Unitatis redintegratio n° 6).

 

30. L’image du Corps dans son rapport à la Tête souligne que l’Eglise reçoit tout du Christ, - son être, son existence, sa vie, sa mission -, dans la continuité indéfectible de sa grâce et du don de l’Esprit. L’image de l’Epouse met l’accent sur l’altérité de l’Eglise, que le Christ se donne comme vis-à-vis, que l’Epoux appelle à s’attacher à lui dans la fidélité de la foi, de l’espérance et de la charité.

 

31. « L’Eglise n’est pas à elle-même sa propre fin, mais elle désire avec ardeur être tout entière du Christ, dans le Christ et pour le Christ, tout entière également des hommes, parmi les hommes et pour les hommes ». Ainsi s’exprime Paul VI dans son discours d’ouverture de la troisième session du Concile (14 septembre 1964). Au terme de cette session, le Concile lui fait écho dans sa Constitution dogmatique sur l’Eglise (Lumen Gentium n° 8) : « Tandis que le Christ, saint, innocent, sans tache (He 7, 26), ignore le péché (1 Co 5,21), venant seulement expier les péchés du peuple (cf. He 2, 17), l’Eglise, elle, enferme des pécheurs dans son propre sein, elle est donc à la fois sainte et toujours appelée à se purifier, poursuivant constamment son effort de pénitence et de renouvellement ». Même s’ils préfèrent d’autres mots (comme celui de repentance plutôt que celui de pénitence), les Baptistes s’accordent sur le fond avec ce que veut exprimer le Concile.

 

32. Servante du Seigneur, Corps-Epouse du Christ, Temple du Saint-Esprit, l’Eglise est dans l’histoire des hommes le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance en marche à la suite de Jésus vers le Royaume de son Père.

 

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II - Les données de base de l’ecclésiologie baptiste

 

33. Si la conception baptiste de l’Eglise émerge au 16 ème siècle dans le cadre du courant anabaptiste de la Réforme et se précise au début du 17 ème siècle avec la naissance des Eglises baptistes proprement dites, celles-ci entendent bien se situer dans la continuité des Eglise primitives et de toutes celles qui ont témoigné du Christ au cours des siècles.

 

34. Mais les baptistes ne considèrent pas que l’ancienneté de la tradition est en soi un gage de vérité. Comme l’ensemble des protestants, ils constatent que l’évolution historique, si elle peut être enrichissante et positive, peut également représenter un éloignement de la source apostolique. Les accents propres de leur ecclésiologie sont, à leurs yeux, un retour à la forme initiale et apostolique de l’Eglise.

 

A - Des Eglises de professants

 

35. L’Eglise naît donc à la Pentecôte avec le don de l’Esprit, la prédication de Pierre et la conversion des « trois mille ». Elle est constituée de ceux qui se repentent, manifestent leur repentance et leur foi par le baptême d’eau et reçoivent le don de l’Esprit. Cette priorité de la repentance et de la foi, nécessaire pour recevoir le baptême, apparaît essentielle aux baptistes. A leurs yeux, l’Eglise est donc une communauté de croyants, c’est à dire de personnes qui, sous l’action de la grâce, se repentent, professent la foi et, à cause de cela, reçoivent le baptême. Le don de l’Esprit est au départ de cette démarche de foi , il l’accompagne et la couronne dans ce que l’on peut appeler une naissance d’en haut ou nouvelle naissance (Jn 3.3).

 

36. C’est pour cette raison que les baptistes ne baptisent que des personnes qui professent la foi, qu’ils refusent le baptême des petits enfants et que leur ecclésiologie est une ecclésiologie d’Eglises de professants. L’Eglise n’est cependant pas juge du secret des cœurs ; elle accueille la confession explicite de la foi. Elle est donc une communauté de personnes qui s’affirment disciples de Jésus-Christ.

 

37. Cette conception de l’Eglise fut, dans les siècles passés une rupture radicale avec les conceptions traditionnelles des Eglises qui ne dissociaient pas communauté civile et communauté chrétienne. Si elle peut sembler assez naturelle aujourd’hui dans les pays occidentaux, à cause de la sécularisation, cela n’est pas toujours le cas dans les pays où le lien entre l’Eglise et l’Etat peut demeurer encore vivace.

 

38. Pour que l’Eglise demeure une Eglise de professants, il faut qu’on ait le droit de ne pas en faire partie. C’est donc pour des raisons ecclésiologiques que, dès le 17 ème siècle, les baptistes ont plaidé pour la liberté de conscience et la séparation des Eglises et de l’Etat, même dans des situations où ils auraient été en mesure d’imposer leurs conceptions.

 

B - Le fondement apostolique

 

39. Si la source de l’Eglise est la personne et l’enseignement de Jésus, le Christ, nous ne pouvons le connaître que par le témoignage des apôtres. En effet, si bien des disciples suivaient Jésus et s’ils étaient encore cent-vingt dans la chambre haute à attendre le don de l’Esprit, les apôtres avaient, au milieu d’eux, une place particulière. Ils avaient été choisis pas Jésus et, lorsqu’il fallut désigner un remplaçant à Judas pour rétablir le nombre symbolique de douze, on le fit, selon la parole de Pierre :  « Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps que le Seigneur Jésus a marché à notre tête, à commencer par le baptême de Jean jusqu’au jour où il nous a été enlevé : il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection » (Ac 1.21-22).

 

40. Le ministère apostolique des Douze n’est donc pas transmissible après cette première génération et les douze ne peuvent avoir de successeurs. Cette dimension apostolique fut cependant ensuite reconnue à Paul qui rencontra le Christ ressuscité sur le chemin de Damas et fut l’apôtre des païens, c’est à dire des non-juifs. C’est sur le témoignage des apôtres (les Douze et Paul) que l’Eglise repose.

 

41. Lorsque l’Eglise dut fixer les limites du canon du Nouveau Testament, ce fut principalement sur le critère de l’autorité apostolique de ces textes. C’est donc par eux – qui représentent pour l’Eglise l’authentique tradition apostolique – que le ministère des apôtres se continue. Dans la perspective baptiste, l’apostolicité de l’Eglise repose donc sur sa fidélité à la tradition apostolique transmise par l’Ecriture.

 

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C - Les ministères de l’Eglise

 

42. Dans les premiers temps de l’Eglise, les apôtres jouèrent, avec les anciens de l’Eglise de Jérusalem, dont Jacques, frère du Seigneur, un rôle dirigeant dans les Eglises. Comme le dit une ancienne confession baptiste française (1879), « après avoir fondé eux-mêmes les premières Eglises, les apôtres ont remis de leur vivant la continuation de leur œuvre dans les assemblées chrétiennes à des pasteurs et docteurs que l’Ecriture nomme indistinctement évêques, anciens ou pasteurs, lesquels devaient, ainsi que leurs successeurs, bâtir sur le fondement qui a été posé. Ils étaient installés dans leur fonction par la prière et l’imposition des mains des anciens. Après la mort des apôtres, le choix et la nomination des pasteurs a toujours appartenu aux Eglises. Nous conservons leur principe ».

 

43. C’est l’assemblée de l’Eglise qui est appelée à reconnaître la vocation des ministères qui s’exerceront en son sein et la confirmer par un vote. Avec le temps, les Eglises baptistes distinguèrent les anciens et les pasteurs. Les anciens participent au ministère pastoral au sein de leur Eglise locale et ne sont choisis que par l’Eglise. Les pasteurs peuvent exercer leur ministère successivement dans plusieurs Eglises ; une formation plus approfondie et une reconnaissance plus large de la part des autres Eglises sont donc nécessaires.

 

44. A côté des pasteurs et anciens, d’autres personnes, fréquemment appelées diacres, exercent leur ministère dans l’Eglise locale. Ils sont aussi choisis, pour des durées limitées, par la communauté locale.

 

45. Enfin certains ministères sont également reconnus dont le rayonnement dépasse l’Eglise locale. Ils peuvent concerner la communion des Eglises, l’enseignement ou la mission.

 

D - Les Eglises locales en communion

 

46. L’Eglise du Christ se manifeste donc dans des communautés locales 2 qui, en communion les unes avec les autres, sont chacune pleinement Eglise de Jésus-Christ. Chacune a, devant Dieu, une grande autonomie. Elle est responsable de sa vie, de son témoignage et a une assez grande liberté dans la forme de son culte. Elle est dirigée par les « ministres » qu’elle a reçus et reconnus, et par son Conseil. Mais toutes les grandes décisions concernant la vie de l’Eglise se prennent dans l’assemblée des membres de l’Eglise locale. Ceux-ci, qui le sont devenus par la confession de foi et le baptême ou par transfert d’une autre Eglise, sont donc responsables collectivement de la vie de leur communauté.

 

47. Mais l’Eglise locale n’est pas seule. Elle est en communion avec les autres Eglises qui confessent la même foi et participent au même témoignage. Ces Eglises se rassemblent donc sur le plan régional et national et forment ainsi, en France, la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes. Cette communion est fondée sur une confession de foi et sur des règles qui structurent leur vie commune. Un Congrès 3 rassemble chaque année les délégués des Eglises, pasteurs et membres d’Eglises, et prend les décisions utiles à leur vie et à leur témoignage. Les grandes orientations ainsi choisies s’imposent à toutes les Eglises.

 

48. L’autonomie de chaque Eglise locale demeure cependant essentielle et il est toujours possible pour une communauté qui se trouverait en désaccord profond avec les orientations ainsi prises par la Fédération de la quitter et de se rattacher à une autre Union d’Eglises ou de demeurer indépendante.

 

49. Entre deux Congrès, un Conseil, élu par le Congrès et composé de pasteurs et de membres d’Eglises, est au service de la communion et assure la mise en œuvre des décisions prises. Dépendent de la Fédération les engagements qui concernent toutes les Eglises : la formation, la mission en France ou à l’étranger, l’action sociale, la relation avec les autres Eglises chrétiennes, etc. Ainsi, c’est la Fédération qui fait partie de la Fédération Protestante de France ou de la Conférence des Eglises Européennes (KEK).

 

50. Dans le même esprit, la Fédération Baptiste de France est membre de la Fédération Baptiste Européenne ou de l’Alliance Baptiste Mondiale. Les grandes décisions sont prises au niveau concerné, dans le respect de la liberté des Eglises locales ou des fédérations nationales.

 

2 Dans les Eglises baptistes, l’Eglise locale ou communauté locale correspond à la paroisse catholique.
3 Le Congrès des Eglises baptistes correspond en gros au Synode d’autres traditions protestantes.

 

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E - La mission de l’Eglise

 

51. Comme les autres Eglises chrétiennes, les Eglises baptistes ont le souci du culte à rendre au Seigneur, du témoignage et du service des hommes.

 

52. Le culte dominical est le rassemblement essentiel de chaque Eglise locale. Il est le lieu de la louange, de la prédication de la Parole de Dieu et de la Cène. D’autres rencontres rassemblent les chrétiens pour l’intercession et l’étude de la Bible.

 

53. Le témoignage est une dimension importante pour toutes les Eglises. L’appel à la mission (« Faites de toutes les nations des disciples ») est fortement entendu dans les Eglises baptistes. L’évangélisation est l’annonce de l’Evangile à tous les hommes dans l’espoir de les voir accueillir la grâce de Dieu qui leur est proposée. La mission qui était autrefois l’annonce de l’Evangile au-delà des frontières, dans des pays où l’Eglise n’était pas présente, prend aujourd’hui souvent la forme d’une collaboration réciproque avec les Eglises des autres pays.

 

54. Enfin, le service des hommes et des femmes qui nous entourent est une manifestation pratique de l’amour du prochain et un témoignage concret de l’Evangile. C’est principalement à travers l’Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse (ABEJ), très liée aux Eglises locales, que cette mission s’exerce.

 

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III - Les données de base de l’ecclésiologie catholique

 

55. Pour faciliter au lecteur la compréhension de l’ecclésiologie catholique et les divergences qui demeurent avec la conception baptiste de l’Eglise, nous suivrons le même plan dans l’exposé. Ce parallèle soulignera donc les désaccords, sans aucune intention polémique, et permettra de préciser avec une exactitude respectueuse des uns et des autres l’état du contentieux ecclésial entre baptistes et catholiques. Cet exposé prendra comme base fondamentale la Constitution dogmatique sur l’Eglise du concile de Vatican II intitulée Lumen Gentium.

 

56. L’Eglise catholique reçoit la doctrine qui la concerne du message de l’Ecriture, tel qu’il a été compris et vécu dans la tradition et qu’il se trouve exposé dans un certain nombre de documents magistériels et cristallisé sur certains points par des définitions dogmatiques 4. Elle croit en effet que la révélation divine concernant le mystère de l’Eglise nous est transmise par l’enseignement vivant des apôtres, qu’elle a été ensuite mise par écrit dans les documents qui forment le Nouveau Testament et qu’enfin la « tradition qui vient des apôtres se poursuit dans l’Eglise sous l’assistance de l’Esprit Saint » (Dei Verbum n° 8). Tradition et Ecriture « communiquent ainsi étroitement entre elles. Car toutes deux, jaillissant d’une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin » (Dei Verbum n°9). La charge d’interpréter la Parole de Dieu a été confiée au magistère vivant de l’Eglise, qui « n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais qui la sert en n’enseignant que ce qui fut transmis » (Dei Verbum n°10). Il n’était pas inutile de rappeler ces convictions qui sous-tendent l’exposé qui va suivre et qui appartiennent en même temps à la doctrine catholique sur l’Eglise.

 

57. Dans le rapport entre exégèse scripturaire et exposé doctrinal, il faut bien distinguer ce qui vient de l’histoire et ce qui appartient à la foi. Si nous croyons que le mystère du Christ et de l’Eglise s’est réalisé dans l’histoire, ce n’est pas d’abord sur la recherche historique scientifique que nous appuyons notre exposé, mais sur la confession de foi. Nous connaissons la diversité des exégèses techniques dans le cadre de chacune de nos Confessions ; nous n’ignorons pas non plus la divergence de certaines exégèses confessionnelles au sujet de passages importants du Nouveau Testament. Notre exposé cherchera simplement à rendre compte de la manière dont la confession de foi reçue dans l’Eglise catholique interprète l’Ecriture.

 

4 Le magistère est la fonction d'enseignement de la foi, confiée aux évêques et au pape, ainsi que la fonction de régulation des doctrines diffusées dans l'Eglise. Ce magistère s'exerce selon des modalités et avec des degrés d'autorité très divers. L'enseignement infaillible, c'est-à-dire irréformable, n'en est qu'une forme ultime et exceptionnelle. A côté de cet enseignement il existe aussi un enseignement dit "indéfectible", dans lequel l'Eglise reste fidèle à sa mission, demande l'obéissance de ses fidèles, mais ne s'engage pas de manière irréformable. L'enseignement quotidien du pape et des évêques, appelé magistère "authentique", a une visée proprement pastorale : il déborde largement les deux domaines de l'irréformable et de l'indéfectible.

 

A - Une Eglise de baptisés

 

58. L’Eglise est d’abord et avant tout le peuple de Dieu, formé à partir des juifs et des païens (cf Eph 2, 11-18), selon le dessein éternel de Dieu le Père qui nous a tous prédestinés à ressembler à l’image de son Fils (cf. Rm 8, 29). Ce peuple a été rassemblé dans l’unité par le mystère de mort et de résurrection du Christ, le Fils du Père, qui a opéré notre salut, et il constitue le Corps unique dont le Christ est la Tête. Ce peuple est sanctifié par l’Esprit Saint en qui nous avons accès au Père par le Fils ( Lumen Gentium n° 2-4).

 

59. L’incorporation au peuple de Dieu s’effectue par la foi et le baptême, sacrement de la foi et porte des sacrements. Car « les fidèles, incorporés à l’Eglise par le baptême, sont […] devenus fils de Dieu par une nouvelle naissance ; ils doivent professer devant les hommes la foi qu’ils ont reçue de Dieu par l’Eglise » (Lumen Gentium n°11). Pour cette raison l’Eglise catholique estime de son devoir de proposer le baptême aux croyants et à leurs enfants, même en bas âge, comme il a été dit dans notre document commun sur le baptême (n° 14).

 

60. Tous les baptisés sont investis du sacerdoce commun et universel. « Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, pour offrir, par toutes les activités du chrétien, autant de sacrifices spirituels, et proclamer les merveilles de celui qui des ténèbres les a appelés à son admirable lumière (cf. 1 P 2,4-10) » (Lumen Gentium n°10). Les disciples du Christ peuvent ainsi s’offrir en victimes vivantes, saintes et agréables à Dieu (cf. Rm 12,1).

 

61. Ce sacerdoce commun des fidèles participe à la fonction du Christ Prophète et s’exprime par le témoignage de la foi donné dans la parole et dans la vie. Il participe à la fonction de sanctification du Christ Prêtre et s’exprime par le culte spirituel, la célébration des sacrements et l’engagement dans la mission salvifique de l’Eglise. Il participe à la dignité du Christ Roi et s’exprime par la gérance sur la création pour la louange de Dieu et le bien des hommes, ainsi que par tous les services que le baptisé est invité à rendre à l’Eglise et au monde. Le sacerdoce commun habilite dans l’Eglise à l’accomplissement de certains ministères, dits baptismaux, selon la diversité des charismes reçus (cf. 1 Co 12, 28-31 ). Il est ordonné à la construction du Corps du Christ et à l’avènement du Royaume.

 

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B - Une Eglise apostolique

 

62. L’Eglise a été progressivement fondée par Jésus, le Christ, à travers un certain nombre d’actes institutionnels qui jalonnent son ministère et s’inscrivent dans une dynamique continue : l’invitation adressée à tous à se convertir et à croire à l’Evangile (Mc 1,15) ; l’appel et l’institution des douze pour l’établissement du Nouvel Israël ; l’attribution du nom de Pierre à Simon et la responsabilité propre qui lui est conférée dans la construction de l’Eglise en raison de sa foi (Mt 16, 18-19) ; l’institution de la Cène en présence des Douze à la veille de sa passion ; le relèvement par la grâce de sa résurrection, de la communauté des siens dispersée dans l’épreuve ; l’envoi des Douze en mission universelle pour faire des disciples et baptiser (Mt 28, 18-20) ; et enfin le don de l’Esprit Saint aux siens pour la rémission des péchés (Jn 20, 22-23), de même que la promesse de la venue de l’Esprit Saint sur la communauté de Jérusalem (Ac 1, 8).

 

63. La Pentecôte est la naissance au grand jour de l’Eglise qui avait été conçue et formée auparavant par le ministère de Jésus. L’Esprit Saint est donné de manière spectaculaire aux cent-vingt, dont le groupe des Douze. Pierre sort alors du Cénacle pour proclamer publiquement l’événement de salut accompli par Jésus le Nazaréen. Cette proclamation provoque la conversion à la foi et le baptême d’environ trois mille personnes. A partir de ce moment la première communauté chrétienne se manifeste à Jérusalem par son assiduité à l’enseignement des apôtres, sa fidélité à la fraction du pain et aux prières et le partage des biens (cf. Ac 2,42-47).

 

64. L’Eglise tout entière est donc apostolique, comme le professe le Credo. Elle est tout entière dans la succession apostolique. Mais les apôtres en étaient les grands responsables, tant à Jérusalem que dans les autres communautés qui essaimèrent rapidement, comme le montre le témoignage de Paul. Avec le temps, avec la disparition progressive des premiers témoins, le problème se posait inévitablement d’une succession dans la responsabilité des Eglises. Nous voyons ainsi saint Paul préoccupé d’envoyer des collaborateurs aux communautés qu’il avait fondées et d’y reconnaître des responsables qu’il recommande aux fidèles. Cette activité dont témoignent ses lettres est interprétée dans les Actes des Apôtres comme l’établissement de « presbytres ». Elle donne progressivement lieu aux premières impositions des mains en vue du ministère. Certains documents du Nouveau Testament sont les témoins de cette préoccupation et du souci de rattacher les nouveaux responsables d’Eglise aux apôtres, au groupe symbolique des Douze et à l’envoi originel en mission donné par Jésus.

 

65. On doit donc aussi parler d’une succession apostolique dans le ministère à partir des apôtres. Celle-ci sera clairement thématisée à la fin du I° siècle par Clément de Rome :

Les apôtres ont reçu pour nous la bonne nouvelle par le Seigneur Jésus Christ ; Jésus, le Christ, a été envoyé par Dieu. Donc le Christ vient de Dieu, les apôtres viennent du Christ ; les deux choses sont sorties en bel ordre de la volonté de Dieu. […] Ils prêchaient dans les campagnes et dans les villes et ils en établissaient les prémices, ils les éprouvaient par l’Esprit, afin d’en faire les épiscopes et les diacres des futurs croyants. […]

Nos apôtres aussi ont connu par notre Seigneur Jésus Christ qu’il y aurait querelle au sujet de la fonction épiscopale. C’est bien pour cette raison qu’ayant reçu une connaissance parfaite de l’avenir, ils établirent ceux dont il a été question plus haut, et posèrent ensuite comme règle qu’après la mort de ces derniers, d’autres hommes éprouvés leur succéderaient dans leur office 5.

Clément de Rome résume ainsi et formalise l’activité des apôtres, telle que nous la voyons attestée dans les derniers documents du Nouveau Testament. Cette apostolicité du ministère du Christ sert et garantie l’apostolicité de la communauté des croyants comme Corps du Christ.

 

66. Tout n’est pas transmissible dans la charge originelle des apôtres. Ceux qui n’ont pas vu le Christ ressuscité ne peuvent pas en témoigner de la même manière que les apôtres. Ils ne disposent donc pas d’une autorité fondatrice. C’est pourquoi ceux qui seront appelés à succéder dans la charge des apôtres doivent se soumettre eux-mêmes à leurs enseignements. La canonisation des écrits apostoliques correspond à cette nécessité.

 

67. Le canon des Ecritures, en particulier celui du Nouveau Testament, est un aspect de l’apostolicité de l’Eglise. Ces Ecritures ont été d’abord constituées par la génération des apôtres et ensuite reconnues comme canoniques, selon un principe posé par les Eglises du II° siècle, sur la base de plusieurs critères dont le premier était qu’elles représentaient le témoignage originel des disciples de Jésus. Même si la chose est paradoxale, le canon des Ecritures n’est pas scripturaire : il est ecclésial. C’est l’Eglise qui d’un même mouvement le détermine avec autorité et se soumet à son autorité par obéissance de la foi. Les Ecritures elles-mêmes s’inscrivent dans le processus de la tradition apostolique. Le canon des Ecritures est une règle de foi au même titre que le credo : le canon a valeur de symbole au sens fort. C’est sur ce double fondement que s’exerce la prédication de l’Eglise.

 

5 Clément de Rome, Epître aux Corinthiens, 42,1-2, 4 et 44,1-2.

 

C. Les sacrements et les ministères dans l’Eglise

 

68. Non seulement l’Eglise annonce la Parole de Dieu attestée dans les Ecritures, mais encore elle fait participer ses fidèles au don des sacrements institués par le Christ et célébrés avec l’invocation de l’Esprit-Saint. Un sacrement est toujours un sacrement de la foi : il ne peut donc porter du fruit que moyennant sa réception dans un acte de foi. Un sacrement est la célébration ecclésiale d’un acte du Christ par lequel est conféré un don de grâce venu de lui. Car le Christ est le « sacrement » central et fondamental de tout don de Dieu aux hommes. Cette grâce est toujours et avant tout celle du salut ; mais elle se particularise en fonction de la situation concrète des fidèles au cours de leur existence et des besoins de la communauté ecclésiale. L’Eglise catholique, en accord avec les Eglises orthodoxes et sur la base de la tradition, reconnaît sept sacrements : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence ou réconciliation, l’onction des malades, l’ordre et le mariage. Cette reconnaissance suppose que chaque sacrement a son origine dans une intention du Christ.

 

69. Parmi tous ces sacrements les plus importants sont le baptême et l’eucharistie. Le baptême confère l’identité chrétienne. L’eucharistie, source et sommet de la vie de l’Eglise, fait participer les fidèles au mystère pascal de mort et de résurrection du Christ. Car elle le célèbre en mémorial, selon l’ordre de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi ». L’eucharistie est un mémorial sacramentel dans sa forme, puisqu’elle se fonde sur le récit institutionnel de la Cène ; elle est un mémorial sacrificiel dans son contenu, puisqu’elle rend présent l’unique sacrifice du Christ. Nous avons développé ces perspectives dans notre document commun sur la Cène-Eucharistie. (n° 7-10).

 

70. Le triple ministère de l’annonce de la parole, de la célébration des sacrements et de la conduite de la communauté chrétienne dans son pèlerinage de foi est un ministère reconnu comme apostolique, parce qu’il est la continuation dans l’Eglise de la part transmissible de ce que fut le ministère des apôtres (Lumen Gentium n°21). C’est pourquoi il est conféré par un sacrement qui implore sur le récipiendaire les dons du Saint- Esprit pour le ministère, et l’inscrit dans la succession apostolique de ce même ministère. Ce sacrement comporte trois degrés : l’épiscopat, le presbytérat et le diaconat, dont les fonctions s’inscrivent dans une hiérarchie. L’épiscopat et le presbytérat confèrent la sacerdoce ministériel, distinct par essence du sacerdoce universel (Lumen Gentium n°10). Alors que ce dernier fait participer l’existence du chrétien à l’unique sacerdoce du Christ qui fait du chrétien un autre Christ, le premier est une participation ministérielle à ce même sacerdoce, qui confie à l’évêque et au prêtre la charge de représenter et d’accomplir par la Parole et les sacrements l’initiative constante du Christ envers son Eglise. Le diacre est ordonné au service de l’Eglise et du monde.

 

71. Ces trois ministères n’épuisent pas une responsabilité ministérielle qui est celle de toute l’Eglise. Le baptême et le sacerdoce commun des fidèles constituent chaque membre de l’Eglise dans une situation de responsabilité et de service à l’égard de l’Eglise et du monde. Cette responsabilité s’exerce en fonction de la diversité des charismes donnés à chacun. Certains de ces charismes peuvent donner lieu à l’exercice d’un véritable ministère, car si tout charisme n’est pas forcément ministère, tout ministère est charisme. Le ministère baptismal ou ministère des laïcs suppose une certaine forme de reconnaissance ecclésiale, une visibilité et une stabilité, parfois une investiture. De plus l’évêque peut donner mission à un ou une fidèle laïc, afin de lui permettre d’exercer un ministère de participation aux tâches du ministère apostolique et pastoral.

 

72. Dans l’Eglise, les charismes et les vocations sont multiples : ils peuvent conduire à la promotion de certains états de vie, comme la vie religieuse, soit sous sa forme contemplative, soit sous sa forme active, soit encore sous des formes mixtes. L’engagement appelé profession religieuse entend témoigner de manière plus radicale des grâces du baptême, de la vie nouvelle et éternelle acquise par la rédemption du Christ et annoncer la résurrection future dans la gloire céleste. (cf. Lumen Gentium n°44). La vie religieuse comporte le vœu de pratiquer, à la suite du Christ, les trois « conseils évangéliques » de pauvreté, de chasteté dans le célibat et d’obéissance ainsi que la vie en communauté. Cette vocation est vécue selon une règle de vie propre à chaque tradition spirituelle. D’autres formes de vie consacrée peuvent être vécues dans la société. Ces états de vie confirment et promeuvent l’appel à la sainteté de tout chrétien.

 

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D. Une ecclésiologie de communion

 

73. L’Eglise est faite de la communion des Eglises locales ou particulières. «  Le diocèse, lié à son pasteur et par lui rassemblé dans le Saint-Esprit grâce à l’Evangile et à l’eucharistie, constitue une Eglise particulière, en laquelle est vraiment présente et agissante l’Eglise du Christ, une, sainte, catholique et apostolique  » (décret Christus Dominus 11). Cette Eglise particulière ou locale n’est donc pas la circonscription d’un organisme plus large qui s’appellerait l’Eglise universelle. Cette dernière est réellement présente en chaque Eglise vivant dans la communion de la foi, des sacrements et des ministères. Mais l’Eglise universelle n’est pas non plus un simple regroupement d’Eglises particulières ou locales. Car la communion dont elle vit vient de la communion qu’elle reçoit du Christ. Celle-ci s’exprime par la structure ministérielle qui maintient les Eglises dans l’unité selon une double dimension : la dimension verticale de l’union avec Dieu et la dimension horizontale de la communion entre les fidèles. L’Eglise une et universelle n’est pas le résultat de la communion des Eglises locales, mais elle trouve en elle son expression et sa manifestation.

 

74. La communion entre les Eglises est à la fois visible et invisible : son expression privilégiée est la célébration de l’eucharistie dont l’évêque est prioritairement le ministre. Dans l’articulation entre les Eglises locales et l’Eglise universelle le ministère de l’évêque joue un rôle charnière. Dans la représentation conciliaire que se donne l’Eglise universelle l’évêque est le témoin de la foi de son peuple. Quand l’évêque revient auprès de son peuple, il est alors le témoin de la foi de l’Eglise universelle pour les décisions qui ont été prises. Saint Cyprien le disait dans une formule célèbre : «  L’évêque est dans l’Eglise et l’Eglise est dans l’évêque  »6. Le collège des évêques, même quand il n’est pas rassemblé en concile, a une responsabilité à l’égard de l’Eglise universelle.

 

75. La visibilité de la communion de toute l’Eglise s’exprime et se vit à travers le ministère de communion universelle assumé par l’évêque de Rome. Successeur et vicaire de Pierre, gardien symbolique des tombeaux des apôtres Pierre et Paul, celui-ci préside à la double communion dans la foi et la charité entre toutes les Eglises 7.Ce ministère a revêtu au cours des âges des figures historiques diverses qui peuvent encore évoluer ;. le pape Jean-Paul II a exprimé le désir « de trouver une forme d’exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l’essentiel de sa mission »8..

 

6 S Cyprien, Lettre 55, 24
7 Les expressions de ce paragraphe ont sans doute besoin de quelques explications. Pierre était un apôtre, il ne pouvait donc pas être simplement le premier évêque de Rome. Le premier évêque de la ville fut le premier successeur de Pierre. Rome a été évangélisée par les deux apôtres Pierre et Paul, c’est à dire le Prince des apôtres et l’apôtre des nations, qui ont donné dans cette ville le témoignage du martyre, attesté par la présence de leurs tombeaux. C’est au titre de successeur de Pierre que celui qui siège à sa place sur sa chaire (ce que veut dire l’expression Vicaire de Pierre, titre qui était donné à l’évêque de Rome au cours du premier millénaire) reçoit l’autorité de pasteur universel.
8Jean-Paul II Encyclique Qu’ils soient un, 1995, n° 95.

 

E. La mission et le but dernier de l’Eglise

 

76. L’Eglise a reçu mission d’annoncer l’Evangile à toute créature. Cette mission fait corps avec son être-même, tant et si bien qu’y renoncer serait pour elle une sorte de suicide. Suivant les temps et les lieux cette mission prend des formes différentes, mais elle doit toujours respecter la pleine liberté de ceux auxquels elle s’adresse. L’évangélisation doit renoncer à la pression d’un prosélytisme de mauvais aloi 9. Aujourd’hui la mission passe le plus souvent par la forme du dialogue fraternel.

 

77. L’Eglise terrestre est toujours en pèlerinage vers la rencontre eschatologique de son Seigneur. La fin des temps est déjà arrivée pour elle en raison de la résurrection du Christ. Cette fin des temps correspond aux temps de la fin entre la Résurrection et le retour du Christ. Mais ces temps sont encore marqués par le douloureux travail d’enfantement qui attend la révélation des fils de Dieu (cf. Rm 8). En elle germe et grandit le Royaume de Dieu de manière discrète et parfois secrète. Mais ce qui doit se manifester un jour dans ce Royaume dépasse infiniment ce qui est déjà réalisé en elle. L’Eglise de la terre vit en communion avec ceux et celles qui nous ont déjà quittés pour entrer dans la gloire céleste de ce Royaume. Tel est le mystère de la communion des saints.

 

9Commission internationale baptiste-catholique Rendre témoignage au Christ, n° 29-44.

 

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IV - Bilan de notre recherche

 

A. Convergences et divergences, à partir des attributs ou notes de l’Eglise

 

78. Pour conclure notre document, il nous a paru bon de récapituler ce qui fait nos convergences et nos divergences en ce qui concerne l’Eglise. Pour ce faire nous nous référons aux quatre notes de l’Eglise mentionnées dans le Credo, une, sainte, catholique et apostolique. Nous confessons ensemble ces quatre notes, et pourtant c’est dans la manière de les comprendre et de les mettre en œuvre que nous divergeons. Voici le bilan auquel nous sommes parvenus, qui n’oublie pas que les deux premières notes se trouvent clairement dans l’Ecriture et que les deux dernières sont le fruit de la réflexion de la tradition la plus ancienne.

79. L’Eglise est une, dans la multiplicité et la diversité de ses communautés, de même que Dieu est un dans la Trinité de ses personnes. Elle est une de par la volonté de son fondateur et fondement, le Christ Jésus, seul et unique Médiateur entre Dieu et les hommes. Elle est une de par la présence en elle et en chaque chrétien de l’unique Esprit. « Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit. Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous » (Ep 4, 4-6).

 

80. Pour les catholiques, cette unité est à la fois invisible, en tant qu’elle est un don proprement divin, et visible, c’est-à-dire qu’elle s’exprime dans la communion de tous les croyants et leur charité mutuelle « qui est le lien de la perfection » (Col 3, 14) et dans la communion collégiale des évêques entre eux et avec le successeur de Pierre. Cette unité visible comporte la profession d’une seule et même foi, la célébration commune des mêmes sacrements, et le respect obéissant à la même hiérarchie des ministres ordonnés.

 

81. Pour les baptistes, cette unité de l’Eglise dépasse largement la communion des Eglises baptistes et englobe tous les vrais chrétiens dont Dieu seul connaît le nombre. Elle se manifeste par la communion des chrétiens et des communautés à travers le monde. L’Eglise dans la diversité de ses expressions locales est appelée à être une. Ainsi chaque Eglise locale se doit de rechercher la communion avec les Eglises qui l’entourent, afin de manifester cette unité fondamentale. Le cœur de cette unité, qui est la communion de foi, peut être exprimé à travers des théologies ou des cultures différentes. Cette unité est à la fois invisible et visible, invisible à cause du Christ et de l’œuvre de l’Esprit, visible, de manière imparfaite et partielle, dans la mesure de la présence de Dieu en elle.

82. L’Eglise est sainte, parce qu’elle est fondée sur la sainteté de celui qui l’appelle, le Christ qui s’est livré pour elle et « a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole ; il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; il a voulu son Eglise sainte et irréprochable » (Ep 5, 25-27). Elle est donc sainte, parce qu’elle a reçu l’Esprit de sainteté et qu’en elle vit et agit le don de Dieu qui est « le seul Saint » : elle est le « Peuple saint de Dieu » et ses membres sont appelés les « saints » (Ac 9, 13 ; 1 Co 6, 1). Le « Soyez saints, car je suis Saint » (Lv 11, 44) qui retentit à travers la révélation concerne chaque chrétien comme chaque communauté. L’Eglise est aussi celle dans laquelle de siècle en siècle vient à maturité une singulière moisson de saints. Elle est mise à part pour être dans le monde un signe de la présence de Dieu et une communauté annonciatrice du Royaume.

 

83. Pour les catholiques, l’Eglise, radicalement sanctifiée, devient à son tour sanctifiante, car son ministère est le service de la mission de l’annonce de l’Evangile, de la justification et de la sanctification qu’elle a reçue de Jésus Christ. Elle est sainte, parce qu’en elle le ministère hiérarchique conduit de manière indéfectible au salut le peuple de Dieu en chemin vers Dieu. Mais l’Eglise sait aussi qu’elle demeure pécheresse en ses membres dont la conversion est toujours en devenir et qui sont souvent loin de donner l’exemple de la perfection morale. C’est pourquoi elle doit toujours chercher à se réformer et à se purifier aussi bien par le témoignage de ses membres que dans son fonctionnement institutionnel.

 

84. Pour les baptistes, l’Eglise est aussi pécheresse du fait même que les chrétiens restent des pécheurs.

85. L’Eglise est catholique. « Là où est le Christ Jésus, là est l’Eglise catholique », écrit Ignace d’Antioche10, créant un néologisme du langage chrétien. Ce terme est à prendre non pas en son sens confessionnel moderne, mais en son sens originel, qui exprime la manière originale dont l’Eglise est universelle. L’Eglise est catholique dès le jour de la Pentecôte, parce qu’elle est envoyée à tous les hommes à travers l’espace et le temps. L’Eglise est catholique, parce qu’elle s’adresse à tous les hommes et à tout l’homme.

 

86. Pour les catholiques, l’Eglise, qui a reçu la « plénitude de grâce et de vérité » (décret Unitatis Redintegratio n°3), est catholique en chaque Eglise particulière ou locale, parce toutes « sont formées à l’image de l’Eglise universelle ; c’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Eglise catholique une et unique » (Lumen Gentium n°23). Chacune vit de tous ses dons en communion visible et institutionnelle avec les autres.

 

87. Pour les baptistes, l’Eglise est catholique, car elle demeure à travers le temps, l’histoire et la diversité des cultures dans lesquelles elle vit comme autant de formes particulières qu’elle peut prendre. Si nos communautés sont locales, enracinées dans leur propre culture, l’Eglise du Christ est universelle. Cette catholicité relativise les expressions particulières des Eglises d’un lieu et rappelle à chaque Eglise qu’elle appartient à un corps infiniment plus vaste dans le temps et dans l’espace. La catholicité de l’Eglise s’exprime par la plénitude de la foi et de l’enseignement chrétien au-delà de ses formes particulières.

 

10 Lettre aux chrétiens de Smyrne VIII,1.

88. L’Eglise est apostolique, parce qu’elle est bâtie sur « le fondement des apôtres » (Ep 2, 20 ; Ap 21, 14) et de leur témoignage : elle est en continuité avec l’Eglise des apôtres et vit toute entière dans la « succession apostolique ». Elle garde fidèlement et transmet la foi et des apôtres concernant le Christ, Seigneur et Sauveur. Elle est envoyée pour proclamer dans le monde l’Evangile qui fut celui des apôtres. Son apostolicité concerne donc sa mission : en elle chaque chrétien est un missionnaire.

 

89. Pour les catholiques, l’Eglise est marquée du signe de la succession apostolique par le ministère des évêques, des prêtres et des diacres.

 

90. Pour les baptistes, tous les membres de l’Eglise sont envoyés au même titre dans le monde pour proclamer la parole apostolique.

 

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B - Difficultés majeures

 

91. Il ne s’agit pas ici de refaire un exposé systématique sur les conceptions baptistes et catholiques de l’Eglise, mais simplement de souligner quelques divergences entre nous qui appellent une poursuite du dialogue.

92. Baptistes et catholiques répondent à cette question de façon différente. Pour les catholiques, c’est le baptême reçu dans le foi qui constitue l’entrée dans la vie chrétienne en tant que communion au Christ lui-même (Ac 2.38)11. Pour les baptistes, l’entrée dans la vie chrétienne s’opère par la seule foi comprise comme démarche d’adhésion et de confiance, foi naissant de la Parole qui est le moyen de grâce par excellence (Rm 10.17), indépendamment du baptême. La tradition catholique fait bien sûr place à la foi personnelle (Mc 16.16), mais la lie étroitement à la foi de l’Eglise que les membres sont appelés à professer de façon toujours plus consciente et réfléchie. De son côté, la tradition baptiste fait évidemment place au baptême mais comme signe (donc aussi Parole visible) et non cause de la communication de la grâce.

 

93. Cette différence d’approche a des conséquences sur la définition du membre de l’Eglise.Pour les catholiques, elle est étendue à tous les baptisés, y compris à ceux qui, à une époque de leur vie, ou de manière plus durable, cessent la pratique religieuse, boudent le rassemblement communautaire ou ne savent plus dire exactement leur degré d’appartenance. Pour les baptistes, elle s’étend à ceux qui ont mis leur foi en Jésus-Christ et l’ont confessé en passant par les eaux du baptême12. A ce titre, les enfants des croyants ne sont pas comme tels membres de l’Eglise, mais confiés à ses soins. Quant aux baptisés qui cessent de confesser la foi, ils ne sont plus membres de l’Eglise. Leur statut spirituel est incertain au regard des hommes.

 

11 Ceci est un paradoxe au regard de la pratique la plus courante du baptême des petits enfants dans l’Eglise catholique. Le modèle de référence du sacrement du baptême est celui où le baptisé est en âge de confesser personnellement sa foi. Ce fut le cas dans l’Eglise ancienne et le redevient pour une part dans les baptêmes actuels des enfants en âge scolaire et des adultes. Ce baptême des petits enfants a besoin d’être justifiée ; car leur incapacité à professer leur foi constitue une situation limite. Cette justification vient de l’attitude de Jésus avec les enfants (Mc 10.14) et de la confiance en la foi de l’Eglise qui porte cet enfant, à cet enfant de vivre à son tour la conversion à la foi.
12 Précisons que, pour les baptistes, quand on parle de membre d’Eglise on fait référence à l’Eglise locale.

94. Depuis le Concile de Vatican II, les points de vue baptiste et catholique se sont rapprochés sur le plan théologique. Tous affirment désormais et une unité profonde entre le Christ et l’Eglise (cf. Rm 12,5 et 1 Co 12,12) et, en même temps, un face à face, une différence (cf. Ep 1, 22ss ; 4, 15ss) qui empêche d’identifier strictement l’Eglise au Christ.

 

95. Le souci des baptistes est que la « différence », le « face à face », ne soient pas oblitérés mais effectivement respectés. Les catholiques eux insistent pour que le corps des croyants ne soit pas privé de sa dimension institutionnelle.

96. Sur ce sujet, baptistes et catholiques se distinguent nettement. Pour ces derniers, l’Eglise est celle qui reçoit et qui communique le salut de Dieu accompli par le Christ. Elle est à la fois le lieu où se réalise le salut et l’instrument dans la communication du salut. Pour les baptistes, l’Eglise est d’abord le fruit de l’œuvre de la Parole et de l’Esprit, même si elle reçoit pour mission, une fois constituée par la Parole, la communication du salut par l’annonce de la Parole.

 

97. Cette divergence de vue quant au rôle de l’Eglise dans le salut conduit à deux façons distinctes d’envisager la relation entre la Bible et l’Eglise. Pour les catholiques, cette dernière est le lieu et le moyen par lequel les fidèles accèdent à la Bible. Elle leur permet une lecture commune inscrite dans la Tradition et leur garantit l’apostolicité et la justesse de leur interprétation. Les baptistes, s’ils recommandent et pratiquent la lecture communautaire de l’Ecriture, n’y voient pas forcément une garantie de l’apostolicité et de la justesse de l’interprétation. En effet, l’Ecriture reste juge (cf. He 4, 12) pour eux des pensées et des pratiques de l’Eglise qui doit sans cesse se réformer.

98. Le Concile de Vatican II a là encore rapproché les perspectives entre baptistes et catholiques dans la mesure où il rappelle : « Il n’y a donc aucun membre qui n’ait sa part dans la mission du corps tout entier ; chacun d’eux doit sanctifier Jésus dans son cœur (cf. 1 P 2.5 et 9) et rendre témoignage à Jésus par l’esprit de prophétie (cf. Ap 19.10) » (décret Presbyterorum ordinis n° 2, 1).

 

99. Il reste néanmoins des divergences réelles quant au ministère pastoral. L’Eglise catholique estime que la communauté des croyants est structurée par un ministère sacramentellement ordonné et situé dans une hiérarchie pour la triple mission de l’annonce de la Parole, de la célébration des sacrements de la conduite de la communauté dans l’unité. Les baptistes partent de l’autorité de la communauté rassemblée (appelée parfois congrégation) au sein de laquelle s’exercent les ministères. Même si chaque Eglise est indépendante, elle est insérée dans un réseau de communion plus vaste, régional, national et mondial. A tous ses niveaux, des ministères et des structures collégiales jouent un rôle de communion, de proposition et de stimulation.

 

100. Dans la pratique, le ministre ordonné de l’Eglise catholique tend à se situer face à la communauté dans l’exercice de son ministère, ministère dont il est responsable devant ses pairs et ses supérieurs. Le pasteur de l’Eglise baptiste est un membre de la communauté distingué par sa fonction ; la communauté reconnaît ses dons et confirme son appel au moyen d’un vote et c’est devant elle qu’il est responsable de l’exercice de son ministère. Dans le cadre fédératif, les instances nationales représentant les autres communautés participent à la reconnaissance du ministère.

 

101. On a vu plus haut – cf n° 56 – comment l’autorité doctrinale s’exerce dans l’Eglise catholique. Les Baptistes pensent que l’interprétation de l’Ecriture Sainte doit être régulée par une confession de foi reçue par les Eglises, mais ils ne reconnaissent ni magistère infaillible ni propositions irréformables.

 

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5) sacrements

 

102. Les positions baptistes et catholiques restent en ce domaine irréconciliées. Pour l’Eglise catholique, l’initiative et le don de Dieu sont premiers dans les sacrements qui accomplissent par les rites institués le don de la grâce de Dieu aux hommes. Cette initiative et ce don ne suppriment pas la libre réception du croyant, mais la suscite. Pour les Eglises baptistes, l’initiative et le don de Dieu sont premiers pour le salut, mais pas dans les sacrements. Quand ces Eglises utilisent le terme de sacrement, elles le limitent au baptême et à la Cène. Ces sacrements sont une œuvre humaine accomplie en obéissance aux commandements du Seigneur. Leur célébration présuppose la confession de la foi en réponse à l’œuvre de Dieu. Elle n’exclut pas la libre communication de grâces par Dieu, mais les sacrements n’ont pas été institués à cette fin.