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Dix ans de dialogues Orthodoxes-Protestants

 

4 ème Rencontre orthodoxes protestants
du
4 octobre 1984

 

CONCLUSION DES DEUX COLLOQUES de théologiens et de responsables d’Eglises, organisés en 1982 et 1983 par le Comité Inter épiscopal orthodoxe et la Fédération Protestante de France sous la Présidence de leurs deux présidents : Monseigneur Meletios et le Pasteur Jacques Maury.

 

Texte expédié le 29 mars 1985 au Dr. G. Gassmann, Directeur de la Commission Foi et Constitution du C.O.E.

 

N.B . : Ce texte ne doit pas être considéré comme une réponse officielle des Eglises représentées dans ces Colloques. Il doit être regardé comme le témoignage reconnaissant et significatif d’hommes et de femmes qui ont été impliqués dans cette recherche.

 

Non seulement, nous ne rejetons pas le BEM, mais il nous interpelle, et alors même que nous le recevons ensemble, nous reconnaissons le lire parfois différemment.

 

1. Nous sommes interpellés par le BEM

 

1.1 Le texte de Lima marque une étape importante dans une recherche effectuée par les théologiens envoyés, sinon mandatés, par leurs Eglises. Leur travail a consisté à examiner ensemble le Baptême, l’Eucharistie et les Ministères, et à prendre à bras le corps les notions et les termes sur lesquels s’est cristallisé, au cours de l’histoire, un débat inter-confessionel à forte charge polémique. Ce travail, qui veut inviter à aller par delà les impasses conflictuelles et les caricatures des uns et des autres, a été effectué par des hommes et des femmes représentant quelques 300 Eglises, et venant donc d’horizons très divers. Leur interrogation commune de l’histoire de nos interprétations de l’Ecriture et de la Tradition a nécessairement engendré un langage particulier, ou ce qu’on pourrait appeler un « espace théologique » spécifique, expression de la recherche d’une convergence de la part d’un groupe très diversifié. Faute d’entrer dans cet espace théologique, nombreux seront ceux qui seront tentés de rejeter le BEM comme insuffisant du point de vue de leur propre communauté ou comme excessivement teinté de la terminologie de la communauté « adverse ».

 

1.2 Quant à nous, nous nous sommes efforcés d’entrer dans cet espace théologique ouvert par une longue recherche de conciliation et l’établissement d’une large convergence. Sans nier ce qui est encore entre nous en discussion ou à clarifier, « le texte de Lima » propose maintenant aux Eglises qui ont envoyé des représentants à « Foi et Constitution », une « convergence de la foi » qui nous a amenés à nous interroger les uns et les autres sur nous-mêmes. Nous avons été conduits à refuser les caricatures et à évacuer les fantasmes de nos psychologies individuelles et collectives au profit d’une patience bienveillante et d’une ascèse spirituelle nécessaires comme éléments de « metanoia » : celle-ci non seulement conversion personnelle au Seigneur mais repentance ecclésiale en Esprit et en Vérité, ne serait-ce que pour accepter l’image que d’autres chrétiens nous renvoient de nos communautés respectives.

 

1.3 Nous avons aussi constaté que la problématique théologique du BEM - autrement dit la contextualité ecclésiale de « Foi et de Constitution » - ne correspond pas avec certains milieux de nos traditions confessionnelles : chaque Eglise est en effet traversée par des courants multiples : libéraux, sans doctrine fixée ; biblistes sans tradition avouée ; traditionnels sans volonté de réforme, voire doctrinaires sans aptitudes au dialogue.

1.4 Ainsi nous faut-il admettre que le texte de Lima n’est pas nécessairement recevable et utilisable directement par tous. Il exige une préparation, une information et des explications pour ceux dont la connaissance des partenaires œcuméniques demeure limitée pour ne pas dire caricaturale.

 

2. Nous recevons le BEM ensemble

 

2.1 Nous tentons de recevoir le BEM ensemble parce que nous avons été amenés à mesurer l’importance des facteurs non théologiques, ainsi que des facteurs dépendants de la conceptualité dans laquelle la foi est formulée selon la culture dominante et le vocabulaire théologique, et de la sensibilité avec laquelle cette formulation est perçue en fonction de la civilisation ambiante et de ses moyens d’expression : nous avons des lunettes ou des oreilles différemment colorées ou sélectives ; la lecture des mots, la résonance des paroles demandent un lent apprentissage de l’autre.

 

2.2 Ceci dit, nous nous sommes accordés pour reconnaître que, concernant le chapitre du BEM sur l’eucharistie, nous étions bien dans la même direction que les thèses luthéro-réformées françaises de mars 1981 sur « Le repas du Seigneur », notamment :

- le sacrement du frère. BEM § 21, texte du Liebfrauenberg §4 et 5.

- le signe de la présidence de l’eucharistie. BEM § 29 et texte du Liebfrauenberg §7.

- le traitement respectueux des éléments eucharistiques. BEM § 32 et texte du Liebfrauenberg § 6 et recommandations 5.

 

3. Nous lisons le BEM différemment

 

3.1 - Nous risquons de lire et d’interpréter différemment le BEM parce que chacune de nos traditions a des réflexes propres, même si nous avons en commun une réaction constante contre tout excès de catégorisation et de dogmatisme tendant à expliquer le mystère, et contre tout juridisme théologique.

 

3.2 - Nous avons pu constater concrètement à quel point l’absence séculaire d’un dialogue digne de ce nom entre le catholicisme romain, l’orthodoxie et le protestantisme avait privé les uns et les autres d’interlocuteurs essentiels.

 

3.3 - Aussi, nos lectures différentes sont-elles à clarifier et peut-être à dépasser, par exemple sur des thèmes qui nous ont retenus en permanence :

 

3.4 - La relation entre l’Ecriture et la Tradition : la Tradition normée par l’Ecriture et l’Ecriture située dans la Tradition ;

 

3.5 - La notion de « sacrifice » dans l’eucharistie, offrande réellement spirituelle et non propitiation de type juridique ;

 

3.6 - La conception du charisme de discernement de la vérité, l’action de l’Esprit saint étant attestée par la communauté ecclésiale ou/et par la conscience individuelle.1

1 Références bibliques à préciser

 

3.7 -  Note : A ce sujet, il a été plusieurs fois souligné dans le groupe que la théologie protestante depuis le XVIème siècle a traversé en Occident toutes sortes de problématiques philosophiques et culturelles qui l’ont passablement modifiée, alors que la théologie orthodoxe semble être restée plus stable dans des bouleversements qui furent parfois autrement importants.

 

4. Nous mesurons les difficultés

 

4.1 - De la mise en pratique, car nous reconnaissons que si nous avons sur certains points, les uns et les autres, des positions fermes, la pratique de nos communautés et de leurs fidèles et ministres est marquée de faiblesses et de défaillances.

Chacun penche toujours de son côté préféré.

Cependant, l’interpellation de « Foi et Constitution » nous pousse à dépasser ce constat et à chercher les uns et les autres quelles sont « les conséquences que notre Eglise peut tirer du BEM pour ses relations avec d’autres Eglises … et quelles sont les indications que notre Eglise peut en recevoir en ce qui concerne sa vie et son témoignage au plan du culte, del’éducation, de l’éthique et de la spiritualité » (BEM, p. 10 édition française).

 

4.2 - De part et d’autre nous est demandé un effort permanent de réflexion théologique, de catéchèse ecclésiale et de formation œcuménique. Mais nous n’avons garde d’oublier qu’une vie spirituelle œcuménique intense peut seule nous faire croître « dans la vérité et la charité » : la prière pour l’unité ne serait alors ni la responsabilité d’une minorité, ni la fièvre d’une semaine, mais un élément communautaire et permanent de la vie chrétienne.

 

4.3 - Pour le moment, il nous est apparu en conclusion que nous aurions en l’état actuel de nos travaux à transmettre :

 

4.4 - ce que nous avons appris les uns des autres ;

 

4.5 - ce qui demande une continuation de la recherche.

 

5. Ce que nous avons appris

 

5.1 - Les orthodoxes des protestants : à revaloriser la prédication de la Parole dans le cadre de la célébration liturgique,

Les protestants des orthodoxes : à revaloriser la célébration de la Cène lors de l’assemblée cultuelle

Sur ce thème, qui est un lieu théologique classique de distinction sinon d’opposition entre « Parole et Sacrement », nous voudrions moins souligner les alternatives que reconnaître les complémentarités, même si - ou d’autant plus que - les expressions du BEM laissent la question ouverte comme on le voit en comparant les § 1 (dernière ligne), 3 (première phrase) et 12 (dernière phrase).

 

5.2 - Les protestants des orthodoxes : une contestation de la « subjectivité » de la foi si elle devait tendre à un individualisme exacerbé,

Les orthodoxes des protestants : une certaine critique du « dogmatisme » théologique comme fixation fermée de la vérité.

 

5.3 - Tout cela est beaucoup trop schématique et antithétique. Dans la riche diversité des aspects de l’eucharistie proposés par le BEM, il est difficile de trouver pour chacun d’entre eux une juste place dans sa relation avec les autres.

 

6. Ce que nous avons à rechercher

 

6.1 -  A long terme : un accord sur : « l’expression commune de la foi apostolique aujourd’hui ».

 

6.2 -  A moyen terme : une clarification de la notion de signe en rapport avec les sacrements comme annonciateurs de la présence mystérieuse de Dieu.

 

6.3 -  A court terme : la mise en œuvre de ce que nous pouvons faire ensemble pour la mission et l’évangélisation comme pour la recherche de la justice et de la paix.

 

6.4 - Le rôle de notre groupe n’est-il pas de faire prendre conscience du fait que nos communautés doivent comprendre qu’elles sont concernées par la recherche convergente que représente le BEM ? Oui ou non sont-elles parties prenantes ?

 

7. Ce que nous confessons ensemble

 

« Le fait que les chrétiens ne puissent se réunir en une pleine communion à la même table, pour manger le même pain et boire à la même coupe, constitue un affaiblissement de leur témoignage missionnaire individuel et commun » (BEM/Euch. Fin §26).

 

Quand pourrons-nous vraiment affirmer la foi apostolique commune et participer à la même table ?