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Dialogues orthodoxes-protestants, 1990-1996 TOME II

 

12 ème rencontre Orthodoxes-Protestants
à Versailles, les 5 et 6 Octobre 1992

 

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« Quel Salut aujourd'hui ? »

puce Intervention du Père Cyrille Argenti - Qu'est-ce que le Salut ?

puce Intervention du Professeur André Dumas
puce Discussion suite aux exposés du Père C. Argenti et du professeur A. Dumas

 

Intervention du Père Cyrille Argenti

Qu'est-ce que le Salut ?

         Le poète anglais Milton a intitulé l’un de ses plus célèbres poèmes : « Le paradis retrouvé ».
Ce titre ne pourrait-il pas nous servir pour définir le Salut, à condition d’approfondir la nature de ce que recouvre le mot « Paradis ».

 

I. Qu’est-ce que le paradis ?

 

            Dans l’anaphore 20 de la liturgie de Saint-Basile, il est dit que Dieu « ayant chassé Adam et Eve du Paradis, les envoya dans ce monde ». Voilà qui implique qu’au « Paradis » ils étaient dans un autre monde, même si le récit de la Genèse situe allégoriquement le Paradis entre le Tigre et l’Euphrate ; prenant ce récit à la lettre, certains en ont fait un paradis « terrestre ». Or, étant donné que le mot « paradis » n’apparaît plus, à ma connaissance, dans la Bible jusqu’au moment où le Christ dira au bon larron : « Aujourd’hui même tu seras avec moi au Paradis » ; il est évident que le Christ fait allusion au Paradis dont Adam et Eve ont été chassés : c’est là que le Christ et le bon larron vont se retrouver. C’est pourquoi dans notre office funèbre nous prions « Accorde-moi la patrie désirée en me faisant de nouveau citoyen du Paradis ». Hors de ce monde, le Paradis ne saurait se situer dans l’espace et le temps. C’est le « Avec Moi » qui le définit : plutôt que d’un lien, ou d’un état, il s’agit d’une relation d’intimité avec Dieu.
            Et en effet, au Paradis, dans cet environnement divin où soufflait « la brise du jour » (Gn 3/8), Adam et Eve conversaient librement avec Dieu, ils entendaient sa Parole, et Lui répondaient. Mieux encore : ils avaient reçu l’ « haleine de vie » du Souffle même du Créateur : si cette haleine de vie est l’haleine même de Dieu, combien plus l’Image et la Ressemblance ne sont pas des choses créées extérieures à Dieu, mais manifestent la présence même de Dieu en l’homme, présence constructive de l’être humain.
            Le Souffle créateur de Dieu, projetant son image en l’homme préfigure déjà la Pentecôte, c’est-à-dire la venue en l’homme de l’Esprit Saint qui fait sa « demeure » en lui. Rappelons donc ici une idée essentielle de Vladimir Lossky lorsqu’il parle de la « Kénose » du Saint-Esprit. Le mot est emprunté à l’Epître aux Philippiens où Saint Paul nous dit que le Fils « ekenosen eauton » - mot-à-mot « s’est vidé lui-même » - c’est-à-dire « s’est anéanti lui-même pour revêtir la forme d’un esclave » (Phm 2/7).
            De même donc que le Fils s’est caché sous la forme du Nouveau-Né de Bethléem, de même l’Esprit Saint se dissimule à la racine même de l’être humain, à la source de sa liberté : nous ne sommes jamais si libres que lorsque nous agissons sous l’impulsion du Saint-Esprit ; agir par amour ce n’est pas être déterminé par une force qui nous serait imposée de l’extérieur : c’est agir en communion avec l’Esprit Saint qui demeure en nous.
            Alain Renaut 21 a donc tort lorsqu’il pense que « la transcendance absolue de Dieu impose à l’homme ses normes de l’extérieur ».
            Non, Dieu est aussi intérieur à l’homme : loin de lui imposer sa volonté de l’extérieur par une contrainte d’obéissance, il est le principe même de sa liberté, car le Saint-Esprit « s’anéantit » à la racine de notre libre volonté. C’est cela le Paradis. Dieu en nous, et nous en Dieu. C’est pourquoi le Christ prie d’être « Moi en eux comme Toi en Moi » (Jn 17,23) : c’est au centre de sa prière sacerdotale la veille de sa mort, le soir du Jeudi Saint.

 

20 Anaphore : « offrande vers le haut », nom que les liturgistes donnent à la grande prière eucharistique qui culmine avec la phrase « tes dons que nous prenons parmi tes dons, nous te les offrons… ».
21 Alain Renaut : conférencier qui s’adressa aux catholiques et protestants réunis à la session œcuménique de Chantilly (23/27 avril 1992) au cours de laquelle fut étudié le thème « Aujourd’hui pour le monde un salut, mais lequel ? ».

 

II. Le Paradis Perdu

 

            Que le récit de la chute soit le symbole récapitulatif de tous les péchés de tous les hommes, ou qu’il évoque un événement tragique et réel « meta-historique », c’est-à-dire se situant au-delà de l’histoire temporelle (ce qui me paraît plus conforme à la tradition patristique), il nous décrit dans les deux cas l’homme succombant à la tentation d’être « comme Dieu », c’est-à-dire s’érigeant en absolu, en être radicalement autonome : or de même qu’un bras coupé du corps ne s’articulant plus sur un corps n’est plus vraiment un bras, ou qu’une branche coupée de l’arbre n’est plus vraiment une branche, mais du bois mort, de même l’homme coupé de Dieu n’est plus vraiment homme. Le péché déshumanise l’homme et le plonge dans la misère.
Le pasteur Gounelle 22 a fort bien analysé les cinq aspects de cette misère humaine : sentiment de culpabilité, mort inéluctable, oppression et servitude, absurdité d’une vie sans sens, isolement. Mais il omet de les attribuer à une cause commune : l’emprise du Mal. Certes ce n’est pas à la mode, chez les théologiens, de parler de Satan. Cependant, lorsque l’Ecriture Sainte nous décrit les tentations du Christ dans le désert, ou les démons chassés du Gadarénien et se réfugiant dans les troupeaux de pourceaux qu’ils précipitent dans l’abîme, il apparaît bien que « l’antique Serpent » dont parle Saint Jean, ou « Celui qui a pouvoir de mort » de l’épître aux Hébreux est une individualité réelle, et non une simple personnification du mal. Toute la tradition patristique, toute l’espérance des grands spirituels l’attestent. Dès 1942, le pasteur Boegner disait du parti nazi qu’il était « d’essence satanique », et lorsqu’on sait qu’on formait les SS en les habituant à torturer des animaux pour les endurcir au mal, on entrevoit la vérité de cette affirmation.
            Par le péché, l’homme coupé de Dieu devient la proie et l’esclave du Malin qui le manipule, il devient prisonnier de « l’homme fort » évoqué par le Seigneur Jésus en Lc 11,21-22 : « Si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, alors le règne de Dieu vient de vous atteindre. Quand l’homme fort avec ses armes garde son palais, ce qui lui appartient est en sécurité. Mais que survienne un plus fort qui triomphe de lui, il lui prend tout l’armement en quoi il mettait sa confiance, et il distribue ses dépouilles. »

 

22 Le pasteur Gounelle était  le conférencier protestant à la session de Chantilly ci-dessus mentionnée (voir note 21, page 71).

 

III. Le Paradis retrouvé

 

            C’est justement lorsque le Christ nous libère de l’emprise de Satan et que le « Royaume de Dieu nous atteint » que le Paradis est retrouvé, et que le salut commence. Comment donc a-t-il été retrouvé ? Comment donc le salut nous a-t-il été donné ?

1. Il convient de souligner qu’avant de nous être donné par le Christ, l’œuvre du salut de l’homme s’est accomplie en Lui : lorsque le Verbe se fait chair, lorsque Dieu le Fils – l’Un de la Sainte Trinité 23 - devient homme, le Divin et l’humain sont unis à nouveau, sont ré-unis : c’est ce rétablissement de l’intime communion entre le Divin et l’homme, qui constitue le Salut.

 

Ce rétablissement ne s’est cependant pas réalisé d’un seul coup, en quelque sorte magiquement, par la seule descente du Verbe Divin dans le sein de la Vierge : pour guérir la nature humaine, il fallait que le Fils de Dieu l’assume malade, mortelle, déchue – car Il ne sauve que ce qu’il assume 24. Lui « en qui il n’y a pas de péché » (1 Jn 3,5). Lui qui « n’avait pas connu le péché », il fallait qu’il soit « identifié au péché » (2 Co 5,21), qu’il « porte » le péché du monde pour l’enlever, pour le faire mourir sur sa croix, en subissant, lui l’Innocent, toutes les conséquences jusqu’à la mort de nos péchés, afin que notre nature humaine mortelle, Il la ressuscite, qu’Il la fasse monter au ciel (c’est en effet avec sa nature humaine que le Christ remonte auprès de son Père), pour l’asseoir à la droite de Dieu, et faire ainsi entrer l’homme dans le Royaume de Dieu 25. C’est ce qui est résumé dans cette phrase de la liturgie de Saint Jean Chrysostome : « Tu nous a relevés nous qui étions tombés, et tu n’as cessé d’agir jusqu’à ce que tu nous aies élevés au Ciel et que tu nous aies fait don de ton Royaume à venir ». Par l’incarnation du Verbe divin, par toute sa vie terrestre, par sa Croix, par sa Résurrection, par son Ascension, par son Siège à la Droite de Dieu, le Salut de l’homme est déjà intégralement réalisé en Christ ; il devra ensuite être personnellement approprié par chaque disciple du Christ.

23 Citation d’un cantique de notre liturgie, attribué à Justinien (« Fils Unique et Verbe de Dieu… »).
24 Cette nature mortelle et déchue, sa Sainte Mère n’aurait pas pu la lui transmettre pour qu’Il la guérisse si elle avait été elle-même conçue sans péché, comme le soutient la doctrine Romaine de l’Immaculée Conception.

25 D’où la consternation des anges qui s’écrient : « Portes, levez vos linteaux, exhaussez-vous portails antiques, et qu’Il entre le Roi de Gloire. » (Ps 24,7-11).

2. L’approbation du Salut
Nous ne devons pas confondre le don du salut préparé et réalisé en Christ et offert par Lui à tous les hommes de tous les temps, avec sa réception, son appropriation par chacun.

a/ C’est tout d’abord par la foi que le don du Salut est reçu.
Un catéchiste qui voulait illustrer ce fait à un groupe de jeunes garçons, sortit de sa poche un billet de 500 F et leur dit : « Je vous donne ce billet ». Les garçons jouèrent du coude en rigolant. Le catéchiste insista : « Je vous donne ce billet ». L’un des garçons se leva, prit le billet et le mit dans sa poche. Le catéchiste dit alors : « Ce billet, je vous l’avais offert à tous ; mais vous ne m’avez pas cru, sauf l’un d’entre vous : celui qui m’a cru a reçu le don. De même, pour recevoir du Christ le don du Salut, il faut croire le Christ, qui nous offre la vie éternelle : la foi est la voie du Salut. »

 

b/ La foi s’exprime concrètement en demandant le Baptême. Le baptême n’est pas seulement, n’est pas principalement un « signe » qui représente et décrit notre salut, il est essentiellement un événement où Dieu intervient par son Saint-Esprit pour nous faire naître à une vie autre que celle reçue de nos parents : la vie dont vit Dieu, la vie éternelle. C’est ce que le Seigneur Jésus expliquait au vieillard Nicodème : « à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu… nul s’il ne naît d’eau et d’Esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3,3-6). Le salut c’est cette vie nouvelle, cette nouvelle création, cette re-création de l’homme qui commence au Baptême. C’est l’accès à l’Arbre de vie, planté au Paradis, qu’Adam et Eve en pouvaient plus approcher après leur faute – pour que le Mal ne soit pas éternel – arbre représenté sur la célèbre icône de Roublev par le chêne de Mambré… plongeant ses racines sous l’autel eucharistique : c’est le Bois de la Croix, par lequel nous devenons une même plante (sunfutoi) avec le Christ. Le Baptême est le début du Paradis, le début du salut : « Accorde à celui qui va être baptisé », pries-tu dans l’office du Baptême « d’être transformé jusqu’à déposer le vieil homme corrompu par les appâts de la concupiscence, et à se revêtir de l’homme nouveau, renouvelé selon l’image de Celui qui l’a créé, afin que, devenu par le Baptême une même plante avec toi par la conformité à ta mort, il devienne aussi participant à ta résurrection et, qu’ayant conservé le don de ton Saint-Esprit, et fait fructifier le dépôt de ta Grâce, il reçoive le prix de l’appel céleste et soit compté parmi les premiers-nés inscrits dans les cieux ».
Quelle meilleure description peut-on concevoir de la transformation que réalise le baptême en vue du Salut ?

 

c/ L’étape suivante dans l’itinéraire du salut – intimement liée à la précédente – est atteinte avec la Chrismation. La Chrismation est l’actualisation de la Pentecôte : elle est à la Pentecôte ce que le Baptême est au Tombeau et à la Résurrection. Elle s’articule au Baptême comme la Pentecôte à la Résurrection. De même que le Christ ressuscité a donné à ses apôtres et disciples le Saint-Esprit, de même il donne aujourd’hui à celui « qui remonte de l’eau » le « sceau du don du Saint-Esprit »26. C’est ce que les catholiques romains appellent la confirmation. Le mot « chrismation », en grec « chrisma », signifie « onction ». C’est parce que l’onction du Saint-Esprit repose sur le Fils, qu’il est manifesté comme « oint » de Dieu, en grec « Christos », en hébreu « Meshia » ou Messie. Lorsque le Seigneur Jésus, le jour de son baptême dans le Jourdain, « remonta de l’eau », « l’Esprit en forme de Colombe se reposa sur Lui » : c’est cette onction du Saint-Esprit que le Christ transmet aux baptisés d’aujourd’hui lorsqu’ils remontent de la piscine baptismale, et reçoivent l’onction charismale ; ils deviennent alors à leur tour des « oints », des Christs, ou plutôt des Christiens, en français moderne des chrétiens. C’est le début de ce que Nicolas Cabasilas au XIVème siècle et Saint Jean de Cronstadt au XXème siècle appellent la « Vie en Christ ». Saint-Paul déjà disait dans sa 2ème épître aux Corinthiens : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature » (2 Co 5,17). Etre en Christ, c’est cela le salut. Il ne s’agit pas seulement d’une obéissance à la Loi, ni même d’une imitation de Jésus-Christ « mais d’une communion » : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Lui qui vit en moi » écrit l’Apôtre aux Galates (2,20). Etre sauvé, c’est vivre en Christ, nous en Lui, et Lui en nous. « Votre vie est cachée en Christ » dit encore Saint-Paul aux Colossiens (3,3).

26 De même qu’il convient de distinguer l’opération du Saint-Esprit « qui a ressuscité Jésus d’entre les morts » (Rm 8,11) du don du Saint-Esprit lui-même aux disciples à la Pentecôte, de même il convient de distinguer l’opération du Saint-Esprit qui, par le baptême, greffe le croyant sur le Christ, du don de la personne même du Saint-Esprit qu’est la chrismation.

d/ Le baptême – et la chrismation qui le parachève – introduisent le fidèle dans l’assemblée eucharistique. C’est là que notre vie en Christ va s’approfondir et s’épanouir et que le salut revêt une dimension nouvelle : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6,56). Recevant alors le corps du Christ, nous sommes incorporés à lui, nous devenons ce « corps de chair » du Fils de Dieu, qu’est l’Eglise ( 1Co 1,22 et 18)27.
C’est ce qu’exprime la prière que nous récitons avant de communier : « O homme, tremble en voyant ce sang divinisant, car c’est un charbon ardent qui consume les indignes. Le corps de Dieu me divinise et me nourrit. Il divinise et nourrit mon âme d’une manière incompréhensible. O Christ, tu m’as attiré par le désir, et tu m’as transformé par ton divin amour. Brûle mes péchés d’un feu immatériel, et daigne me remplir de ta douceur afin que, plein de joie, je glorifie tes deux événements. Comment pourrais-je entrer, indigne que je suis, dans les splendeurs de tes saints ? Si j’ose pénétrer dans la salle de noces, mon habit m’accuse, car ce n’est pas la robe nuptiale. Et les anges me chasseront après m’avoir enchaîné. Lave donc, Seigneur, les souillures de mon âme et sauve-moi, toi qui aimes les hommes ». La communion eucharistique nous conduit vers le salut, dont le sens est bien décrit dans la prière de la liturgie de Saint Jean Chrysostome qui suit l’épiclèse 28  : … « afin qu’ils (le Pain et le Vin sanctifiés) deviennent pour ceux qui les reçoivent, sobriété de l’âme, rémission des péchés, communion du Saint-Esprit, plénitude du Royaume des Cieux ».

27 C’est pourquoi les orthodoxes interprètent l’expression de Saint Paul : « L’Eglise corps du Christ » au sens le plus littéral ; c’est tout le mystère de ce corps ressuscité en qui Dieu « fait habiter toute sa plénitude » (Col 1,19).

28 Epiclèse : nom donné à la prière par laquelle le célébrant, au nom de tous les fidèles, demande à Dieu le Père d’envoyer son Saint-Esprit « sur nous et sur ces dons afin de faire de ce Pain le corps du Christ et de ce qui est dans ce calice le sang de ton Christ en les changeant par ton Saint-Esprit ».

e/ N’allons pas pour autant imaginer que les sacrements auraient une sorte d’effet magique, avec le pouvoir de transformer l’homme automatiquement : Dieu respecte trop la liberté humaine pour sauver l’homme malgré lui ; l’homme n’est vraiment transformé – et par conséquent sauvé – que dans la mesure où il adhère librement au don de Dieu. C’est sans doute le sens de l’expression de Paul : « vous êtes des collaborateurs (« synergoi ») de Dieu. C’est aussi ce qu’il dit avec d’autres mots dans l’Epître aux Galates (5,6) : « Pour celui qui est en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l’incirconcision ne sont efficaces, mais la foi agissant par l’amour ».

 

C’est donc par toute notre existence que nous développons et épanouissons la vie en Christ reçue dans le baptême, la chrismation, l’eucharistie… Jour après jour, au cours d’un dialogue permanent entre la liberté de Dieu et la liberté de l’homme, au cours d’une vie entière, la Parole de Dieu imprègne notre comportement, et l’Esprit Saint aimante notre volonté et notre caractère. C’est ce que Saint Paul décrit dans son Epître aux Philippiens (3,12-15) : « Il s’agit de le connaître, lui et la puissance de sa Résurrection et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts. Non que j’aie obtenu tout cela, ou que je sois devenu parfait, mais je m’élance pour tâcher de le savoir, parce que j’ai été saisi moi-même par Jésus-Christ. Frères, je n’estime pas l’avoir déjà saisi. Mon seul souci, oubliant le chemin parcouru, et tout tendu en avant, je m’élance vers le but, en vue du prix attaché à l’appel d’en haut, que Dieu nous adresse en Jésus-Christ. Nous tous, les « parfaits », comportons-nous ainsi… ».

 

C’est ce désir brûlant « d’atteindre Dieu » qui, quelque cinquante ans plus tard, animera Saint Ignace d’Antioche : « Mon désir terrestre a été crucifié, et il n’y a plus en moi de feu pour aimer la matière, mais en moi une eau vive qui murmure et qui dit en dedans de moi : viens vers le Père. Je ne me plais plus à une nourriture de corruption, ni aux plaisirs de cette vie ; c’est le pain de Dieu que je veux, qui est la chair de Jésus-Christ, de la race de David, et pour boisson je veux son sang, qui est l’amour incorruptible » (lettre aux Romains).

 

Foi, baptême, chrismation, communion, amour des frères et soif ardente de Dieu, autant d’aspects du « Bon combat » qu’est cette vie en Christ qui mène au salut. Mais rien n’est joué avant la fin. « Celui qui persévère jusqu’au bout sera sauvé ». C’est pourquoi en Semaine Sainte nous chantons : « Je vois la salle de noces toute parée, mais je n’est pas le vêtement pour y pénétrer ; illumine donc le vêtement de mon âme, Maître qui donne la Lumière, et sauve-moi. Ne laissons donc pas, comme les vierges sages, chérissons la petite lumière du Saint-Esprit au fond de notre cœur ». « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni l’heure – où le Fils de l’homme va venir » (Mt 25,13 et Lc 12,40).

 

f/ Le salut ne sera donc parachevé, la vie en Christ – qui avait commencé au baptême – n’atteindra son but, et le bon combat ne sera couronné qu’au bout de la course, dans le Royaume de Dieu, lorsque l’Epoux reviendra et que nous verrons « la douceur de sa face et la lumière de son visage »29, c’est alors seulement que nous participerons pleinement à la nature divine (2 P 1,4), que l’Incarnation du Fils aura pleinement atteint son but, la déification de l’homme : le charbon que nous sommes sera alors embrasé par le Feu Divin, ce sera la phase ultime du Salut.

29 Office des funérailles

 

Intervention du Professeur André Dumas

            Jean DELUMEAU, dans son nouveau volume Une histoire du paradis, tome 1, « Le jardin des délices », développe l’idée que la pastorale du salut s’est faite longtemps par la peur. Aujourd’hui, elle ne se fait plus par la peur, mais par l’épanouissement.
Pour essayer de cerner ce que le mot « salut » peut signifier pour le monde aujourd’hui, je développerai ici 5 parties.

 

1) La Bible est sous le signe de la promesse d’un salut
            Certainement, la Bible, c’est l’attente, la salutation d’un salut. La Bible est sous le signe de la promesse d’un salut, et non le lieu d’une origine perdue ou d’une immortalité retrouvée. Le mot salut ne signifie pas évasion, mais attente, sur la terre, d’un salut qui viendra de Dieu. La Bible est un exercice de ce que c’est que de garder la foi, maintenir cette créance tout au long de l’histoire.

  1. Tout commence par une promesse. Le récit de la chute est tout à fait entremêlé avec celui de la promesse. Le temps des Patriarches est le temps des promesses.
    Cette promesse a reçu une première glorieuse manifestation : c’est David. L’étoile de David est le signe du peuple. Avec l’Arche, le peuple est installé dans le pays de Canaan.
  2. Le royaume de David n’a pas duré. Il n’est pas restauré aujourd’hui.
  3. Alors est venu le deuxième exil. Dieu avait délivré du premier exil : l’Egypte. Dieu conduit au deuxième exil : Babylone. Et Babylone est beaucoup plus amer que l’Egypte.
  4. Le salut est réalisé en Jésus-Christ, d’une manière à la fois plénière et équivoque. En effet, il n’est pas apparu comme le messie attendu, un nouveau David. Les Juifs et les Chrétiens vont se séparer autour de cette équivoque.
  5. La communauté des croyants, c’est la communauté des rescapés, des rescapés itinérants.

Donc Bible et salut sont bien tout à fait liés.

 

2) Les trois manières dont l’histoire de l’Eglise a eu d’envisager le salut
            J’emprunte cette idée à Paul TILLICH. Voici, selon Tillich, les trois manières dont l’histoire de l’Eglise a envisagé le salut.

  1. Toute la patristique a vu le salut comme étant la victoire sur la mort. Nous sommes dans le cortège du Christ vainqueur : il a vaincu le dernier ennemi, la mort.
  2. La deuxième époque recouvre le Moyen-Age et la Réforme.
    Ce qui est dominant pour cette époque, c’est l’angoisse du salut. C’est l’époque qu’étudie Delumeau dans ses ouvrages. Le mot salut n’est pas lié à une victoire, il délivre d’une captivité (des commandements de l’Eglise, de ce carcan de scrupules et de peurs). Le salut serait, en un certain sens, la croix.
  3. 3ème époque : la Modernité.
    Notre époque n’est plus dominée par la peur de la mort ; nous vivons dans un monde sans paradis, et nous n’en sommes pas angoissés. Ce que l’homme moderne connaît, par contre, c’est l’absurdité de la vie : plus nous faisons de progrès, plus cela va mal. Les gens sont à la recherche de sens.

3) Pourquoi le mot « salut » serait-il inadéquat ?
            D’après la Christologie de Cullmann, nous pouvons relever cinq obstacles au mot salut.

  1. Le mot « salut » aurait une connotation piétiste et individualiste.
  2. On a fait peur à l’homme pour l’obliger à se retourner vers Dieu (Nietzsche).
  3. 3ème opposition (cf. René Girard) : il n’est pas pensable que Jésus ait payé par sa mort pour obtenir notre salut.
  4. Que représente le mot « salut » pour l’homme de la rue ?
  5. Si vous n’aimez pas le mot « salut », par quoi peut-on le remplacer ?
    Avenir ? Guérison (cf. Drewermann) ? Bonheur ? ...

4) Quelques images porteuses

  1. Briser les barrières nationales, ethniques, tribales… (si Serbes et Croates se réunissaient parce que tous les deux sont chrétiens, le monde serait stupéfait).
  2. La communauté : l’isolement est une maladie si grave !
  3. Comment peut-on passer de la stérilité à la fécondité (dans « fécond », il y a « nourrir les autres pour se nourrir soi-même ») ?
  4. On est toujours sauvé par quelqu’un d’autre, personne ne se sauve soi-même. Le mot salut ne peut jamais venir de nous-mêmes, mais c’est quand quelqu’un sent une catastrophe qu’il peut le dire.

5) Comment peut-on cesser par moments de se mépriser soi-même ?
            L’homme moderne est menacé par la mésestime qu’il a de lui-même.

 

Conclusion : Il n’est pas évident que le mot salut soit le meilleur choix… Mais en fait, le monde attend quoi ? Les gens attendent la vérité. Si Dieu est vrai, il parle. L’absurde, c’est que rien n’est vrai : Montaigne, dont on rappelle le quatrième centenaire de la mort en ce moment, est l’homme pour lequel il n’y a pas de vérité…, sauf à lier salut et vérité.

 

 

Discussions suite aux exposés
du Père C. Argenti et du professeur A. Dumas

1) Réactions à propos de l’exposé du Père Cyrille ARGENTI
            Cet exposé sur la notion de « paradis », paradis perdu par l’épisode de la chute et paradis retrouvé par le salut en Jésus-Christ, se conclut par la notion du salut parachevé dans le Royaume où l’homme sera pleinement participant à la nature divine : le charbon que nous sommes finalement embrasé par le feu divin. C’est à ce moment-là que l’incarnation sera pleinement réalisée et que le salut divin sera couronné dans le Royaume.
            Des précisions sont apportées :

  • il ne faut pas forcer la distinction signe-événement dans le baptême à propos de la sensibilité protestante et celle de l’orthodoxie.
  • Le Père Boris rappelle que la sacramentalité de l’Eglise est à la fois signe et événement. Tout sacrement est tel une flèche qui tend vers le mystère indicible. Dieu nous est donné et nous aussi nous le rejoignons, nous le devenons.
    Si la notion de paradis est peu présente dans la Bible, celle du Royaume constitue la trame fondamentale des synoptiques. Plus que le paradis, c’est « l’être en Dieu » vers lequel nous tendons et la succession des sacrements baptême-chrismation-eucharistie est bien là pour montrer cette « déification » progressive et, déjà dans le baptême le don de l’Esprit est présent.
  • Dans cette « incorporation » progressive au Christ par les sacrements, beaucoup insistent sur la nécessité de la démarche personnelle, de l’expression du repentir, de la pénitence et de la confession comme deuxième baptême. (Père Methodios)

2) Réactions à propos de l’exposé du professeur André DUMAS
            S’inspirant de Paul Tillich, le professeur Dumas relève les trois manières dont l’Eglise, dans son histoire, a envisagé le salut, puis il indique qu’à ses yeux la notion même de salut devient inadéquate pour l’homme moderne et il recherche quelques images « porteuses » qui pourraient aujourd’hui rendre mieux compte de notre foi au Dieu sauveur.
            Voici quelques réactions à cet exposé :

  • Le Père Boris, plutôt que de parler d’inadéquation de la notion de salut dans le monde moderne, veut relever que nous sommes aujourd’hui plutôt dans une ère post-chrétienne où les réalités de la foi ne sont plus évidentes pour tous et où il y a insensibilisation croissante par rapport au salut en Christ.
  • André Dumas n’aime pas trop cette idée d’un complexe post-chrétien : la foi joue souvent à saute-mouton (parents militants – enfants indifférents et réciproquement). Les chemins de la foi sont toujours surprenants et il n’y a pas de continuité automatique.
  • Louis Schweitzer craint qu’en typant trois manières de décrire le salut : la victoire sur la mort, la délivrance de la captivité ou la réaction contre l’absurdité de la vie, on perde de vue le lien qui existe entre toutes ces descriptions. De plus, les images « porteuses » proposées par André Dumas sont plus à comprendre comme des conséquences de l’affirmation du salut et non pas comme le noyau dur de cette réalité. Pourquoi ne pas proposer, comme le fait le Père Sesboué, la notion de « réconciliation » qui est comprise par l’homme d’aujourd’hui comme le moyen de se retrouver avec soi-même, avec les autres…, avec Dieu ?

3) Débat à propos des deux exposés

  • Mgr Jérémie introduit la discussion en rappelant que nous avons tous à réfléchir encore ensemble sur la notion de salut. Il fait, quant à lui, remarquer que la conscience orthodoxe n’a pas uniquement une conception céleste du salut, mais aussi la conscience du salut sur terre. La réactualisation des notions est donc un effort constant comme l’a fait André Dumas dans son exposé.
  • Le Père Roberti réagit tout d’abord à l’exposé d’André Dumas qui s’appuie entre autres sur les travaux de Jean Delumeau, lesquels concernent essentiellement l’Eglise d’Occident, et non pas l’Eglise d’Orient qui a évolué différemment. Ainsi, la vision du salut en trois périodes est une vision très occidentale : en Orient, l’époque patristique va jusqu’au XIVème siècle et l’Eglise n’a pas connu les coupures du Moyen Age et de la Renaissance. Il y a donc eu un développement spirituel et historique qui, en Orient, n’entre pas dans le cadre décrit par André Dumas.
    A propos de l’exposé du Père Cyrille, la notion de paradis est à comprendre en se fondant sur notre liturgie. Comme les termes de règne et de royaume, cette notion n’est pas restrictive, chosifiée, mais exprime une réalité, celle de la vie éternelle et de la connaissance pleine de Dieu.
  • André Dumas reconnaît que la question des découpes historiques est toujours un exercice artificiel et que les destins historiques entre l’Orient et l’Occident sont différents. Les protestants, par leur destin plus fractionné, seraient-ils tentés par le constant renouvellement de leur langage, et les orthodoxes forts de la durée de leur Tradition, seraient-ils enclins à ne se soucier que de pérennité dans le langage ? Il faut savoir interroger sa propre histoire.
  • E. Behr-Sigel : mais nous sommes aussi des Occidentaux, et nous n’avons pas tous connus, en tant qu’orthodoxes, cette continuité qui nous caractériserait.
  • Comme le signale André Dumas, la discontinuité dans l’histoire est aussi salutaire. Mais la permanence de la vie en Christ est une source rafraîchissante pour tous. Notre grande tâche à nous orthodoxes est de boire à la source antique et de savoir le dire, en témoigner en termes nouveaux.
  • Le Père Cyrille tient à repréciser la notion même de Royaume : il est à la fois déjà parmi nous et encore attendu. La liturgie est cet avant-goût du Royaume, cette anticipation de l’unité de l’humain et du divin pleinement réalisée dans le Christ.
  • Père Boris : S’il est bon d’insister sur la continuité à propos de l’orthodoxie, et de dire qu’elle n’a pas connu d’oubli dans la grande tradition patristique, il faut néanmoins rappeler qu’elle a aussi été contaminée par la scolastique occidentale. C’est cela qui explique le renouveau actuel et la redécouverte de la « Philocalie » dès le XIXème siècle.
    Ainsi, dans la suite de l’exposé d’André Dumas, on pourrait développer tout un enseignement scolastique sur le salut en le dépassant : la peur du châtiment, mais aussi la peur de blesser le Bien-aimé (chemin indispensable pour le passage à l’Amour,… le thème du péché, mais aussi celui de la guérison (le Christ médecin du corps et de l’âme). Nous sommes appelés à réapprendre à vivre sous le regard de Dieu, et l’Eglise est la communauté priante reflétant le Royaume. Elle est la communauté humaine dans le plan de Dieu. Un chrétien seul n’est pas un chrétien.

            Après ces quelques réactions sur les deux exposés, le débat porte sur la question des termes appropriés pour exprimer la foi :

  •  A. Dumas rappelle qu’à ses yeux le mot « salut » a vieilli et que les gens aujourd’hui sont plus aptes à parler de sens, de recherche de sens et de vérité.
  • Plusieurs (R. Salm, S. Jacquemus…) admettent cette usure du langage, mais en même temps font remarquer que toute nouveauté doit s’inscrire dans la continuité de la Tradition. Ce que nous avons à proclamer pour l’homme contemporain, c’est bien évidemment une réponse à sa quête de sens, mais c’est d’abord la proclamation du salut en Jésus-Christ.
  • J. Galtier s’interroge aussi sur la recherche « d’images porteuses » pour exprimer la foi, et J. Maury relève que les images, les idées deviennent parfois aussi des idéologies. Il faut plutôt parler de valeur, non pas de valeur abstraite mais de celles qui sont incarnées par Celui qui dit : « Je suis… le chemin, la vérité, la vie ».
  • L. Schweitzer : nos amis orthodoxes apportent une réflexion « sur quel salut ? », le même qu’il y a deux mille ans ? A. Dumas est plus porté sur l’ « aujourd’hui du salut », sa traduction pour l’homme contemporain. Il est important de relier ces deux aspects de la continuité orthodoxe et de la préoccupation contextuelle protestante pour une théologie fondamentale qui puisse se traduire en termes concrets. Nous devrions nous expliquer plus à fond sur cette différence et y voir une riche complémentarité.
  • Le Père Bobrinskoy retient cette distinction mais ne voudrait pas qu’on la pousse trop loin car, même du côté orthodoxe, demeure cette préoccupation de faire passer le message en termes audibles pour tous.

Suit une discussion qui porte sur le manque de connaissance entre nos paroisses orthodoxes et protestantes : notre groupe de dialogue est un lieu privilégié qui n’a pas grande répercussion dans la vie de nos paroisses.

  • S. Aklé pose même la question des échanges de chaire entre nos paroisses, et M. Chambron souligne qu’une étude devrait être faite pour suggérer en quelles occasions et quels lieux il pourrait y avoir des contacts entre nos communautés.
  • Les Pères Cyrille et Boris font naturellement remarquer qu’à propos de l’échange de chaire, la difficulté pour les Eglises orthodoxes réside dans le fait qu’on ne peut dissocier liturgie de la parole et liturgie eucharistique. La liturgie est un tout conduit par le même officiant, mais il y a lieu de faire la différence entre l’ « acribie » (la règle stricte) et ce qui est de l’ordre de l’ « économie » (exceptions pour telle ou telle personne bien connue et en des circonstances précises).
  • Plusieurs souhaitent que l’on approfondisse cette situation et surtout que l’on imagine des occasions de rencontres entre nos communautés par des offices de prière ou d’autres circonstances.
  • C. Seytre fait remarquer que nous vivons des réalités diverses et parfois même contradictoires dans la vie de nos Eglises, mais que nous rendons tous compte de la même vérité en Christ et c’est bien cela l’essentiel.

En conclusion de ce débat et pour ce qui est de nos rencontres à venir, plusieurs suggèrent que l’on continue à creuser la question de la proclamation du salut. Pourquoi ne pas imaginer que l’année prochaine les protestants mènent une réflexion sur la tradition et la continuité dans la proclamation du salut et que les orthodoxes tentent de traduire dans un langage actuel ce qui est au cœur de leur Tradition ? Ce serait un exercice croisé par rapport à l’état actuel de notre réflexion. Mgr Jérémie et le pasteur J. Stewart concluent la discussion en relevant l’importance du thème du salut dans la vie de nos Eglises et retiennent cette suggestion de poursuivre l’échange sur le thème, mais l’un et l’autre attirent l’attention sur les conséquences pratiques de notre réflexion : ne pas oublier non seulement nos situations locales, mais aussi le fait que nos Eglises font partie de la KEK et du COE. Dans ces rencontres annuelles, nous devrions avoir toujours un moment consacré à cet engagement plus large qui est le nôtre, et à cette commune appartenance.
De plus, parler du salut aujourd’hui est un thème passionnant si nous savons le traduire aussi dans une pratique de justice, de paix, de libération et de réconciliation. En parler localement ou dans le cadre de notre appartenance à l’Eglise universelle n’est pas seulement un exercice théologique mais conduit à une pratique exigeante.