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Dix ans de dialogues Orthodoxes-Protestants
Postface
Notes sur quelques ponts abordés au cours des rencontres entre Eglises orthodoxes et Fédération protestante
L'ECRITURE
On constate de part et d'autre une référence essentielle à l'Ecriture, Ancien et Nouveau Testament. Celle-ci pour les orthodoxes est éclairée par l'interprétation des Pères, et elle nourrit toute la tradition liturgique. Chez les protestants, elle est appuyée par les écrits des réformateurs et chez certains actuellement par le recours aux sciences humaines.
SYNERGIE ET GRACE
Le terme de synergie "Collaboration de l'homme avec Dieu" auquel les orthodoxes tiennent fermement, est traditionnellement rejeté par les protestants qui confessent le salut par la grâce seule et assimilent la synergie à la notion catholique de mérites. Il y a opposition.
Mais le mot "synergie" désigne en fait la réalité de la grâce et de la foi : tout est grâce, mais il faut, dans l'homme une réponse à cette grâce. La réponse de la foi (qui est elle-même une grâce, et qui est une goutte d'eau dans l'océan de la grâce divine). Il faut ce "oui" dans l'homme. C'est le "Fiat" de Marie. Dieu opère tout à l'annonce par l'ange ; et dans l'accomplissement il y a aussi la réponse : "qu'il me soit fait selon ta parole". L'apôtre Paul écrit : "C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi… c'est le don de Dieu… ayant été crées en Christ Jésus pour des œuvres bonnes que Dieu a préparé d'avance pour que nous y marchions (Ephésiens 2/ 8-10). Il n'y a plus d'opposition, il y a accord.
SANCTIFICATION ET DEÏFICATION (OU DIVINISATION)
Les orthodoxes se référent à II Pierre 1-4 : "Les plus précieuses promesses nous ont été données afin que par elles vous deveniez participants à la nature divine en jugeant la corruption…". Objections des protestants : le but de l'homme n'est pas de devenir Dieu, mais d'être vraie créature de Dieu, vrai homme ; et puis l'opposition entre la sanctification et la nature de Dieu qui serait statique.
Nicolas Lossky répond : la notion de nature de Dieu est éminemment active. C'est pourquoi il n'y a pas, à mes yeux, de différence entre déification et sanctification. Chaque mot comporte des risques ; l'important est de nous comprendre par delà les mots. Aussi, s'il faut abandonner le mot (déification), je suis prêt à le faire.
Et Olivier Clément préfère les termes d'adoption, filiation, sanctification – "Le terme déification rappelle trop le culte à l'empereur !".
Ainsi sont apparues des convergences, ou même une équivalence entre des mots différents, comme déification et sanctification, qui, croyait-on, désignaient deux réalités antinomiques. Pour les uns comme pour les autres, il s'agit d'une progression, d'une croissance, d'une réalité dynamique.
INCARNATION
Quand nous parlons de l'incarnation, nous y attachons une portée différente. D’abord, il faudrait préciser : qui s’incarne ? Est-ce le Fils de Dieu ? Ou bien Jésus est-il un simple homme ? Les protestants considèrent que le Christ, en s'incarnant, est venu sauver les hommes, au milieu desquels et avec lesquels il a vécu, il est mort, il est ressuscité. Les Orthodoxes croient que l'incarnation concerne aussi la création dans laquelle le Christ est venu habiter, le monde que Dieu a tant aimé – "La création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement" (Romains 8/22). Jésus apaise la tempête… Les protestants ont peut-être à s'interroger à ce sujet.
CONVERSION
Les orthodoxes ne comprennent pas ce que les protestants veulent dire quand ils parlent de repentance, de conversion, de nouvelle naissance. Ils considèrent qu'à partir de son baptême, un homme, un enfant va grandir dans la foi, à travers tous les aléas de la vie. Il s'agit d'une croissance dans la vie en Christ, d'une purification progressive par l'œuvre de Christ en nous, et ce jusque par delà la mort.
Pasteur Georges Lemonier Père Michel Evdokimov