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Témoignages de contemporains de Vatican II

 

Vatican II : le décret sur l’œcuménisme « Unitatis Redintegratio »

 

Regard d’un observateur protestant :
Le pasteur Hébert Roux de l’Eglise réformée de France

 

Tensions internes à l’élaboration du décret sur l’oecuménisme

 

 

Sans rien renier de ses propres convictions ecclésiologiques

 

Etant donné que la nature de l'unité est comprise de façon différente selon les confessions en étroite relation avec leur propre ecclésiologie, le problème de l'unité chrétienne fait lui-même partie des points de doctrine à aborder dans le dialogue.

Sans rien renier de leur propre doctrine à ce sujet, les diverses Églises doivent pouvoir s'aider mutuellement et se témoigner réciproquement leur foi sur ce point comme sur les autres, sans qu'une conception particulière de l'unité soit posée comme condition préalable au dialogue.

 

Ce point est d'importance, car il est conforme à l'un des principes nettement admis au Conseil œcuménique des Églises, selon lequel chaque Église membre demeure libre de professer sa propre ecclésiologie et donc sa propre conception de l'unité.

 

Et d'autre part du point de vue catholique, la participation au dialogue n'implique pas que l'on renonce à considérer l'Église de Rome comme la seule et véritable Église !

 

Le dilemme des rédacteurs catholiques

 

Ce sera l'une des tâches des rédacteurs du schéma d'arriver à maintenir la conception traditionnelle de l'unité de l'Église qui existe en plénitude dans l'institution visible de Rome, tout en introduisant dans cette ecclésiologie l'élément dynamique d'une Église en marche vers l'unité en dialogue avec les autres Églises.

 

Or l'Église romaine peut-elle concevoir cette marche vers l'unité autrement que comme un « retour » des autres branches de la chrétienté dans son sein ?...

 

Le chapitre I du Décret s'efforce de résoudre ce qui ne peut apparaître que comme une contradiction logique, en développant une théorie de la « plénitude de    catholicité » discutable appliquée à « l'appartenance » et à la possession des « moyens de grâce ».

 

Il établira aussi une distinction entre l'essence et l'existence de l'Église qui ressemble fort à la distinction entre l'invisibilité et la visibilité de l'Église 1.

 

1 Pour une étude plus approfondie du texte voir H. Roux, « Le décret sur l'Œcuménisme » dans Commentaires protestants des documents conciliaires, Le Cerf, coll. Unam Sanctam

 

Les tension internes

 

Au cours des multiples entretiens avec les experts du Secrétariat, alors que se poursuivait la rédaction définitive du Décret, il apparaissait clairement que l'introduction de l'œcuménisme au sens moderne du terme dans la réflexion doctrinale sur l'Église provoquait nécessairement des réactions et des tensions internes.

 

Celles-ci ne pouvaient d'ailleurs être totalement surmontées et, tout en s'appuyant au maximum sur les interventions et amendements des évêques favorables à un œcuménisme d'ouverture et de dialogue, le Secrétariat fut obligé de tenir compte aussi des partisans d'un œcuménisme accentué dans le sens romano-centrique.

 

C'est pourquoi le Décret apparut finalement comme un texte de compromis plus que de synthèse. On y retrouva finalement plus juxtaposées que vraiment conjointes les deux lignes selon lesquelles l'Église catholique se définit elle-même, tantôt en termes statiques de société instituée avec tous les éléments qui constituent et garantissent son unité, tantôt en termes dynamiques d'Église « en marche » sinon en devenir, toute tendue vers l'accomplissement de l'unité parfaite en convergence et en émulation spirituelle avec les autres confessions chrétienne dont la qualité et parfois la substance ecclésiale se trouvent reconnues.

 

Mais ces difficultés mêmes contribuèrent à donner une valeur et une portée d'autant plus grandes à tout ce que le schéma réussit à contenir au sujet de « l'exercice pratique de l'œcuménisme » (ch. II).

 

C'est certainement, une fois de plus, par le biais de ses préoccupations pastorales que le Concile a réussi à pénétrer le plus profondément au cœur des problèmes nouveaux soulevés par l'étude des grands thèmes qu'il avait entrepris d'approfondir et alors même qu'il n'arrivait pas toujours à les maîtriser quant à leur formulation doctrinale.