logo Protestants.orgFédération protestante de France
Service Oecuménique
Accueil > Services > Service oecuménique

Diversité en communion
 puce « L’œcuménisme à la FPF» 
 puce Revue Unité des Chrétiens
 puce La charte oecuménique européenne

Témoignages de contemporains de Vatican II

 

Vatican II : le décret sur l’œcuménisme « Unitatis Redintegratio »

 

Regard d’un observateur protestant :
Le pasteur Hébert Roux de l’Eglise réformée de France

 

Aspects positifs et réserves

 

 

Prendre au sérieux les Eglises et communauté ecclésiales

 

L'intention dominante du Décret n'est pas de donner une définition dogmatique et a priori de l'œcuménisme du point de vue catholique, mais de situer l'Église catholique elle-même par rapport à l'existence du Mouvement œcuménique reconnu de facto comme un « signe des temps ».

 

Il ne s'agit plus pour Rome de considérer les chrétiens séparés en tant qu'individus, mais de prendre au sérieux l'existence des Eglises et communautés séparées, au sein desquelles l'Evangile est annoncé, dans lesquelles des chrétiens «justifiés par la foi au Christ » vivent de cette foi, « invoquent le Dieu Trinité et confessent Jésus comme Sauveur et Seigneur ».

 

Bien plus, c'est dans ces Églises et communautés qu'a pris naissance le Mouvement œcuménique.

 

Tenir ensemble dialogue et convictions ecclésiologiques

 

Il s'agit donc pour l'Église romaine, qui « salue ce mouvement (œcuménique) avec joie », de dire comment elle entend participer à ce mouvement, sans rien renier ni atténuer de sa conviction d'être la « seule Église catholique par laquelle peut s'obtenir toute la plénitude des moyens de salut ».

 

A partir de là elle énonce les principes et les conditions pratiques selon lesquels ses fidèles peuvent et doivent s'y engager (…).

a) Non seulement les membres de ces communautés ont droit à la charité et au respect des catholiques, mais encore ils doivent être « reconnus et aimés comme des frères dans le Seigneur ». Bien plus, les Eglises et communautés issues des schismes, bien que « victimes de déficiences »... « ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L'Esprit du Christ en effet ne refuse pas de se servir d'elles comme de moyens de salut »...

 

b) Tout en affirmant que la plénitude de catholicité et d'unité ne peut être réalisée que dans l'Église catholique romaine, le Décret précise d'une part « qu'il est nécessaire que les catholiques reconnaissent... les valeurs réellement chrétiennes qui ont leur source au commun patrimoine et qui se trouvent chez nos frères séparés », et d'autre part que « les divisions entre chrétiens empêchent l'Église (catholique) de réaliser la plénitude de catholicité qui lui est propre. Bien plus, même pour l'Église il est plus difficile dans ces conditions d'exprimer, sous tous ses aspects, la plénitude de catholicité dans la réalité même de sa vie ».

Ces quelques citations suffisent à souligner, quelles que soient les réserves qu'appelle leur contexte, l'effort évident tenté par ce Décret pour présenter la doctrine catholique de l'unité dans des termes qui non seulement n'offensent pas les non-catholiques, mais encore dépassent les positions antérieures tenues à l'égard du « retour au bercail » auquel se trouve substituée la perspective de la « restauration » ou de la recomposition de l'unité du Corps du Christ en plénitude par « une pénétration toujours plus parfaite du mystère du Christ et de l'Eglise ».

 

II faut comparer ce texte de 1964, avec les documents qui, au cours des dernières décennies, avaient défini la position catholique, depuis l'Encyclique « Mortalium animos » jusqu'au Monitum de 1949, pour mesurer le chemin parcouru aussi bien dans le domaine de la réflexion théologique que dans celui des comportements pratiques à l'égard des confessions chrétiennes non-romaines considérées sous leur aspect positif, leur caractère spécifiquement chrétien, et non plus de façon négative. Il y a là, dans l'histoire de l'Eglise catholique elle-même, un événement que les Églises de la Réforme en particulier doivent bien considérer elles aussi comme un « signe des temps ».

 

Des réserves

 

Mais le discernement nécessaire à l'interprétation de ce « signe » ne doit pas en dissimuler le caractère relatif, ni perdre de vue l’ambigüité inévitable qu'il ne cesse de porter en lui — comme tous les signes — du fait même qu'il s'inscrit au cœur même d'une réflexion et d'une démarche qui est celle de la catholicité romaine elle-même.

 

Se voulant délibérément ouverte à un dialogue, l'Église catholique ne cesse pas pour autant d'être « romaine ». II serait naïf de penser qu'il peut en être autrement !

 

Aussi n'est-il pas surprenant que le Décret sur l'œcuménisme, qu'il faut lire et interpréter en relation avec la Constitution « De l'Eglise », laisse apparaître la perspective « romano-centrique » que Rome ne saurait abandonner sans se renier elle-même.

 

Dès lors, à partir du moment où l'Eglise de Rome revendique pour elle et elle seule le privilège d'être en droit et en fait, dans sa constitution historique et dans l'exercice même de son institution sacramentelle et juridique, l'unique et authentique héritière de la sainte Église apostolique et catholique, il est inévitable que toute sa conception de l'œcuménisme, y compris la mise en œuvre du dialogue, la pratique spirituelle de la charité et du respect des autres « églises », aille dans le sens d'une restauration ou d'une recomposition de l'unité autour du centre prédestiné de Rome.

 

C'est précisément cette perspective qui fait problème pour toutes les autres confessions chrétiennes et les amène à poser à propos du Décret les questions suivantes :

- N'est-ce pas confondre « catholicité » et « romanité » que d'évaluer les Églises et communautés séparées en fonction de ce qu'elles ont « gardé » ou « conservé » de valeurs catholiques romaines, et donc par comparaison avec elles, au lieu de les considérer à partir de leur participation à l'unique mystère du dessein de Dieu révélé et accompli en Jésus-Christ ?

 

- La conception catholique du « dialogue » est-elle vraiment respectueuse de toutes les exigences de celui-ci qui, à son stade le plus critique, doit nécessairement conduire les interlocuteurs à une mise en question réciproque ? Comment et jusqu'à quel point l'Église de Rome est-elle prête à admettre cette réciprocité ? Mettant en question des « déficiences » des autres Églises par rapport à sa propre « plénitude de catholicité » est-elle prête à se laisser mettre en cause quant à la nature et au contenu de cette plénitude ?

 

- Cette dernière question amène enfin celle-ci : Selon quels critères et quelle norme l'Eglise romaine entend-elle sa propre « rénovation interne », la mise en état de « réforme permanente » dont elle fait la condition première de l'entreprise œcuménique ? En particulier la réforme des « énoncés doctrinaux » est-elle séparable d'une révision de la doctrine elle-même saisie dans ces énoncés antérieurs ?

Des réponses à ces questions qui restent ouvertes dépendent le progrès et en même temps la vérité du dialogue engagé.

 

Ce Décret marque moins un point d'arrivée qu'un point de départ. C'est par la manière dont il sera, dans les années à venir, compris et appliqué qu'il pourra être apprécié pour ce qu'il veut être, en définitive, dans l'intention de ses rédacteurs : une pierre d'attente sur laquelle il s'agit de construire.