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Bulletin d'Information Protestant - mars 2006
Le miracle de l’unité dans la diversité !
Des orthodoxes fustigeant le laxisme moral des occidentaux, des pentecôtistes engagés auprès des pauvres, des baptistes épiscopaliens ou non, des méthodistes très « théologie de libération », des Eglises émergentes africaines plutôt spiritualistes, des presbytériens américains culpabilisés, des Océaniens angoissés par le réchauffement de la planète, des handicapés qui revendiquent leur place, des autochtones qui luttent pour ne pas disparaître, des éthiopiens qui chantent et dansent au tambour, des alertes de personne luttant contre le SIDA, des femmes luttant contre les violences de part le monde, des Dalits (d’Inde) qui crient leur marginalisation, des jeunes qui manifestent, de « sages » luthéro-réformés français, des Malabars d’Asie, des indonésiens persécutés, des anglo-saxons politiquement correct, des catholiques qui réclament de la théologie, des représentants de toutes les religions manifestant pour la paix, des invités de l’ONU pointant des populations maltraitées dans l’indifférence de tous… une véritable foire aux cultures, aux spiritualités, aux modes de pensée et d’engagements devant la réalité du monde, concentrés ici à Porto Alegre pendant 10 jours !
Impossible de rendre compte de cette extrême diversité qui, à certain moment, devient une épreuve pour le participant.
On se demande comment tout cela tient ensemble ! Aucun discours, fut-il idéologique (on en a entendu) ou sagement analytique (on en a peu entendu) ne semble les unifier. Quel est donc le secret de ce rassemblement ? Par quel mystère y a-t-il consensus ?
Nous prions, nous méditons les Ecritures, nous luttons et nous nous réjouissons ensemble, dans notre unité et notre diversité, et nous cherchons à nous écouter attentivement les uns les autres dans un esprit de consensus, dit le message final.
Voilà sans doute une part du secret, accompagné de cette Grâce si souvent invoquée : Dieu, dans ta grâce, transforme le monde… transforme nous !
Les cris de l’humanité
Une telle assemblée est aussi un point focal où convergent bien de préoccupations : les persécutions de certaines Eglises membres du COE, le droit des personnes et des langues autochtones, la réunification de la péninsule coréenne, la traite des femmes pour la prostitution lors des prochains jeux olympiques, la décennie contre la violence qui est à mi-parcours et devrait se conclure par une réunion œcuménique internationale pour la paix.
La pauvreté et l’injustice économique croissantes, effets d’une mondialisation économique dérégulée, ont suscité bien des débats, accusations, prises de positions ; nos Eglises locales peuvent aussi reprendre ces réflexions en utilisant le document suisse, celui de la KEK ou le libre blanc des assises chrétiennes de la mondialisation, finalement mieux adaptés à notre analyse que le document Agape sur lequel l’Assemblée n’a pas trouvé de consensus.
De plus longues déclarations, plus étayées au plan de l’analyse des situations, ont fait consensus :
Le message final résume ainsi :
Nous prenons conscience, à l’écoute des participants à l’Assemblée, des plaintes qui s’élèvent quotidiennement dans leurs pays et dans leurs régions à la suite de catastrophes naturelles, de conflits violents et de situations d’oppression et de souffrance. Pourtant, nous avons aussi reçu de Dieu le mandat de témoigner de la transformation qui survient dans nos vies personnelles, dans nos Eglises, dans nos sociétés et dans l’ensemble du monde.
Relancer la réflexion théologique sur l’unité
Nous nous considérons comme une communauté de chrétiens unis par la foi et la prière qui se vouent à témoigner au monde ensemble et qui sont liés les uns aux autres par la grâce de Dieu. La quête de l’unité visible de l’Eglise demeure au cœur du COE 1.
Voilà qui recentre la vocation théologique du COE. L’assemblée propose des pas concrets d’ici la prochaine assemblée : par exemple, une même date de pâques, la reconnaissance mutuelle d’un seul baptême, la convocation d’une assemblée œcuménique de toutes les Eglises.
Un texte ecclésiologique « Appelés à être l’Eglise une » appelle à renouveler notre engagement et pose 10 questions aux Eglises pour avancer. Sur certaine de ces questions, nos comités mixtes français travaillent déjà !
Foi et Constitution a par ailleurs édité le texte « Nature et but de l’Eglise » qui est aussi un chantier offert aux Eglises pour avancer.
Il faut compter aussi avec les documents du groupe mixte COE/Eglise catholique, notamment sur le baptême et le sens du dialogue.
Enfin, l’assemblée a poussé le COE à intensifier les dialogues avec le monde pentecôtiste : elle reconnaît la contribution manifeste des Eglises pentecôtistes dans le paysage chrétien en mutation et l’importance pour le mouvement œcuménique de s’engager dans un processus d’apprentissage mutuel et de dialogue suivi avec ces Eglises.
Il reste que faire de la théologie en contexte mondial décale et dérange. Notre manière occidentale (rationnelle, critique, dialectique) perd son hégémonie et se heurte à d’autres formes de pensée théologique plus « holistiques », incantatoires, englobantes. La tentation est au repli autosuffisant. Comment transformer cette différence en richesse ? Le débat ne fait que commencer, mais quoi qu’il arrive, nous sommes déterminés à demeurer ensemble.
Recentrage institutionnel
Reste les questions institutionnelles. Si le COE a dépassé sa crise financière, l’assemblée lui a laissé ce mot d'ordre : en faire moins, mais le faire bien.
Toutes sortes de conseils pratique lui ont été prodigué pour économiser et mieux travailler : meilleure synergie avec les conseils nationaux, les communions mondiales et les organisations continentales (éviter les doublons) ; meilleure planification et évaluation des programmes.
Un texte a été remis en valeur, Vers une conception et une vision commune du COE, qui recentre la vocation du COE. Il est à faire connaître.
Il s’agira enfin de resserrer l'activité du COE autour de quatre axes : la recherche de l'unité (qui intègre la spiritualité et la mission), la formation œcuménique notamment des jeunes, un travail de fond sur une conception globale de la justice, et enfin son rôle de porte parole « prophétique » dans le monde (et pour cela clarifier sa communication).
Trop de tâches ?
Il faudrait encore parler du dialogue interreligieux, des collaborations avec diverses agences internationales, du souci des jeunes, des handicapés, des populations autochtones, des interventions du président Lula, des représentants de l’ONU, et de bien d’autres programmes. Le COE est une machine tentaculaire, aux multiples réseaux, et sur laquelle reposent un nombre infini d’attentes. Il suffisait, pour s’en rendre compte, de visiter le Mutirao, ce forum des associations et organisations en « off » de l’assemblée officielle.
Comment faire communauté avec tout cela sans se diluer à l’infini ? La commission spéciale avec les orthodoxes a proposé de préciser les statuts, notamment les conditions pour être membres sur la base plus resserrée du symbole de Nicée-Constantinople et d’un engagement vers la reconnaissance mutuelle du baptême. Une manière de se recentrer théologiquement pour mieux s’ouvrir au dialogue avec tous.
Comme le dit Rowan Williams, archevêque de Canterbury (la meilleure des contributions à mon humble avis), notre identité de chrétien concerne notre relation à Dieu, une relation qui s’exprime en paroles et en actes. En ce sens, l’identité chrétienne est « liturgique ».Il s’agit d’être « en Christ », or la place du Christ est ouverte à tous…
Au final…
Le COE est peut-être avant tout cette communauté « en Christ », une communauté d’écoute au sens fort : permettre à chacun d’habiter la spiritualité de l’autre, sa théologie, ses plaintes et ses dilemmes, et découvrir que le Christ est aussi là. Se mettre en chemin avec lui malgré tout ce qui nous sépare. Cette écoute et cette marche sont une épreuve, elles nous provoquent à des deuils, mais on en ressort transformé… par grâce ! il n’y a pas d’autre chemin pour être l’Eglise du Christ ensemble.
Bon courage au nouveau président-modérateur, le luthérien brésilien Walter Altman, à nos représentants français au comité central, le père Job pour l’Eglise orthodoxe (Doyen de l’institut St Serge) et Marie-Christine Michau pour les Eglises luthéro-réformées.
(GD)
1 Rapport du comité d’examen des directives § 3. Tous les documents cités, ainsi que le messages final aux Eglises sont sur les pages Internet de l’assemblée (http://www.wcc-assembly.info/fr/themes-et-questions/documents-de-lassemblee.html) ou du service œcuménique (protestants.org, aux pages sur Porto Alegre).