17 février
Une contribution orthodoxe
Identité chrétienne et pluralité religieuse
Il est sûr et certain que des syntagmes comme « environnement pluraliste » ou « pluralité religieuse » ne sont pas aujourd’hui que des expressions à la mode. Il s’agit de réalités concrètes de la vie de tous les jours, dans un monde de plus en plus globalisé.
« Aborder la pluralité religieuse dans une perspective chrétienne est toujours une démarche qui s’apparente au jugement » (Aram 1er, doc. A 01, ch.19,c). Une attitude qui n’est pas l'effet d’un regard de supériorité, mais qui provient de la conscience que, comme le disait le 17 février Mgr Rowan Williams (archevêque de Canterbury, Eglise d’Angleterre), l’identité chrétienne n’est pas liée à une autorité humaine ou idéologique ; le christianisme n’est pas une religion parmi les autres et les chrétiens ne sont pas le groupe de ceux qui suivent la doctrine d’un homme décédé il y a deux milles ans.
L ’identité chrétienne est, avant tout, liée à la relation porteuse-de-vie avec Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, « Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu » (Credo de Nicée), qui pour nous et notre salut a accepté la mort et est ressuscité le troisième jour, puis, par le baptême s’est installé au plus profond de notre cœur et agit dans notre vie. Ainsi, notre foi est aussi un don, et « celui qui a reçu un don mais ne compatit pas avec celui qui ne l’a pas, perd son don » (Marc le Moine). Si le chrétien ne sait pas compatir (non pas dans le sens de « pitié », mais dans le sens fort du mot : « souffrir avec » l’autre, « porter la faiblesse » de l’autre, « s’identifier à » l’autre) avec un non-chrétien, il perd quelque chose de sa foi, il altère l’authenticité de sa foi.
La rencontre avec l’autre, avec les autres religions ou bien avec les autres confessions, ne se passe pas dans la concurrence d’un certain marché publique des religions, où l'on vendrait notre produit (Rowan Williams, 17 février), mais sur le terrain de la rencontre avec l’image de Dieu dans l’autre, car « selon la pneumatologie chrétienne, l’œuvre du Saint Esprit est cosmique ; par des voies mystérieuses, elle rejoint des personnes de toutes les religions. C’est pourquoi l’Eglise est appelée à discerner les signes de Christ ‘caché’ et la présence du Saint Esprit dans les autres religions et dans le monde, et à témoigner du salut de Dieu en Jésus Christ. » (Aram 1er, doc. A 01, ch.19,c).
La mise en pratique de cette affirmation théologique ne sera pas facile. Car l’expression Extra ecclesia nulla salus (Saint Cyprien) n’a pas été jetée à la poubelle et les théologiens débattent depuis des siècles de son interprétation. La plupart de théologiens orthodoxes se sont mis d’accord sur le fait que cette expression n’exclut pas la possibilité de l’action de l’Esprit Saint en dehors de l’Eglise (car on ne peut pas, nous, mettre des limites à la grâce de Dieu).
Mais confirmer ou reconnaître une action expresse du Saint Esprit dans telle ou telle communauté religieuse en dehors de l’Eglise semble aussi risqué ! N’empêche que parmi les nouvelles conditions (théologiques) d’adhésion au COE il est dit expressément : « The church [candidate church, n.n.] recognizes the presence and the activity of Christ and Holy Spirit outside its own boundaries and pray for the gift of God’s wisdom to all in the awareness that other member churches also believe in the Holy Trinity and the saving grace of God” (Rule I, 3, a, 4).
Dans son discours inaugural du 15 février (le rapport du président = Doc. No. A 01) Sa Sainteté Aram 1er, catolicos de Cilicie (Eglise arménienne), modérateur sortant du COE, annonçait que les dirigeants du COE accorderaient un intérêt particulier à une plus grande implication de cet organisme dans le dialogue interreligieux.
Une telle piste sera-telle une intuition prophétique ou bien seulement une voie de dispersion pour le Conseil Œcuménique des Églises ? - Le temps en jugera.
Iulian Nistea
Eglise orthodoxe roumaine