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Articuler sans confusion ni division
Enfin les choses sérieuses commencent !


Gill Daudé devant le logo œcuménique

 

La semaine qui vient de s’écouler nous a surtout permis de prendre la mesure de la communauté œcuménique, universelle, « catholique » que nous formons : une diversité à peine imaginable !

Les habits d’abord : du rose bonbon des Malabars indiens au costume esquimau, tout y passe. J’ai rencontré un évêque georgien (croix pectorale, toque noire ecclésiastique, barbe orientale et soutane mauve) pour découvrir après coup qu’il est bien évêque… mais de l’Eglise baptiste de Georgie !

Les liturgies, les langues, les nourritures mais aussi et surtout diversité des modes de pensée et des expressions. Finalement, notre monde de pensée critique héritée du siècle des lumière est bien minoritaire. Mais on ne peut reprocher aux autres d’être ce qu’ils sont, ni leur imposer notre mode d’être. On peut cependant se poser la question de la vocation du COE à coordonner et mettre en dialogue cette formidable diversité. Comment articuler tout cela sans confusion ni division ?

On a pu être agacés par l’idéologie des quotas (jeunes, handicapés, femmes, autochtones, continents, etc…) pour la constitutions des groupes et pour les prises de parole.

Une telle assemblée est aussi le reflet de l’état du monde vu par les Eglises : pauvreté, justice économique, les problèmes de l’eau, discriminations, armes nucléaires, réforme de l’ONU… les questions d’actualité soulèvent bien des projets de décisions, des débats, des tensions, voire des accusations, des culpabilisations… jusqu’aux Eglises des USA demandant pardon pour l’attitude de leur gouvernement.

Les sessions plénières nous ont assommés d’informations, parfois à la limite d’une pensée unique passionnelle et démagogique ; on est loin des analyses dialectiquement mesurées auxquelles nos Eglises françaises et européennes sont habituées… Elles ont au moins eu l’avantage de pointer les problèmes, graves et parfois insoutenables, que vivent les habitants de notre planète et membres des Eglises.

Mais le partage autour des textes bibliques, les entretiens œcuménique préparatoires en groupes restreints, les rencontres par continents et par confessions, les cultes dans les paroisses de Porto Alegre, nous permettent de tisser de vraies relations, de construire un vrai dialogue et de mesurer avec plus de justesse ce qui se cachent derrière telle prise de position, tel document, bref prendre la mesure de ce que signifie « marcher avec les autres ».

Il nous reste maintenant quelques jours pour donner des priorités au travail du COE ;

Ici, tel salutiste prévient : si c’est pour faire de la politique, voir de l’idéologie, pour nous, c’est non.
Les orthodoxes et d’autres Eglises européennes (mais pas seulement) appuient un recentrage théologique. Comme le dit un théologien indien : pour faire ensemble, il faut être ensemble. Et pour être ensemble, il faut que nos Eglises prient et travaillent la théologie.
Voir le texte stimulant proposé par Foi et Constitution aujourd’hui : « Appelés à être l’Eglise une », un appel à faire le point sur ce qui nous engage les uns vis-à-vis des autres, et les conversion qui s’ensuivent. Nos Eglises pourraient-elle le recevoir dans leurs synodes, congrès, AG ?

Mais tous ne sont pas d’accord. Une jeune universitaire assyrienne questionne : l’Eglise est ma patrie. Je n’en ai pas d’autres. Je ne veux pas en changer. Alors, faisons des choses ensemble mais ne parlons pas de ce qui fâche…

Le consensus n’est pas atteint ! Mais nous n’avons pas d’autre choix que d’avancer ensemble dans le dialogue et l’écoute mutuelle, au pas de tous, des plus lents, des plus faibles, des plus blessés. Sans perdre de vue la mission de l’Eglise et le service du monde.

Porto Alegre n’est pas un port joyeux. Il est plutôt une porte ouverte sur un long chemin. Voyant tout cela, on se dit qu’on touche du doigts la grâce de Dieu qui a déjà mis en route nos pauvretés humaines facilement tentées de se replier sur leur pré carré.

Dernier mot à Desmond TUTU : Dieu n’a pas d’ennemis, même pas Bush ni Ben Laden… nous ne pouvons être humains qu’ensemble !

Gill DAUDE

 

 

 

Porto Alegre, Brésil
9 ème Assemblée du Conseil Œcuménique des Eglises
du 14-23 février 2006

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