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22 février

Priorité aux jeunes...
Prendre la parole : le parcours du combattant

 

Aujourd’hui, le comité d’orientation présente son rapport. Il propose des lignes directrices pour le travail du COE dans les années qui viennent. Certaines formulations me paraissent contestables. J’aurais bien envie de m’exprimer. Mais oserais-je prendre la parole devant cette assemblée impressionnante ? Plus de mille personnes sont là, dans cette salle immense. J’hésite. Il faudra commencer par dire en anglais qui l’on est et dans quelle langue l’on souhaite s’exprimer. Heureusement, le français est une des langues du COE. J’hésite encore. La modératrice vient de donner la parole à l’assemblée. Allez, j’y vais.

Et là commence un véritable parcours du combattant. Il faut se précipiter sans tarder derrière un des quatre micros. Le temps que je me décide, quatre délégués ont déjà pris place ! Je suis donc en cinquième position. Oui, mais, comme il y a quatre micros, et que la modératrice donne alternativement la parole à l’une des quatre files d’attente, faites le compte : il y aura au minimum quinze prises de parole avant la mienne ! A raison de deux à trois minutes par intervention, me voilà condamné à attendre debout entre 30 et 45 minutes… Et le temps consacré au débat de cette séance plénière n’excède pas quarante minutes. Qu’est-ce que je fais ? Je risque d’attendre pour rien… Et puis en plus, comme le COE veut faire de la place aux jeunes et aux femmes, la modératrice leur donne la parole en priorité, même s’ils se trouvent en dixième position dans la file d’attente. Et ça ne loupe pas ! Deux jeunes et une femme passe sous le nez et la barbe de respectables popes orthodoxes qui faisaient dignement la queue, et devant moi par la même occasion.

L’heure tourne. J’attends donc stoïquement que mon tour vienne, répétant dans ma tête chacune de mes paroles pour être bref. Plus que trois personnes avant moi. Me voilà enfin en première ligne devant le micro que je lorgne depuis près de quarante minutes. Je me prépare, ça va être à moi. Et tout à coup, la modératrice interrompt la valse des micros : « Nous avons donné la parole à des jeunes et à des femmes. Y aurait-il maintenant un jeune homme de moins de trente ans qui voudrait prendre la parole (au COE, on est « jeune » jusqu’à cet âge) ? Le sort s’acharne donc sur moi. Je lève timidement la main, espérant qu’avec la distance la modératrice ne verra pas ma barbe qui blanchit. Mais les orateurs sont filmés pour que chacun puisse les voir sur grand écran. C’est donc raté, et je dois céder ma place encore une fois. La fin de la séance approche. Mon cœur s’accélère, je suis sur le fil du rasoir. Et tout à coup retentit le sésame : « Micro numéro 4 ». C’est à moi de parler. Le projecteur m’éblouit, j’égrène mes arguments, je parle vite pour ne pas me faire interrompre (on a déjà vu un orateur se faire couper le son de son micro….). J’ai parlé moins de deux minutes. Je retourne à ma place, épuisé. Un orateur après moi, la modératrice clôt le débat. Tous ceux qui attendaient encore sont renvoyés fermement vers leur siège. Moi, j’y suis arrivé ! J’ai parlé devant (presque) toute la chrétienté rassemblée (!) Une occasion pareille, ça n’est offert que tous les huit ans. Ca vaut bien quelques sacrifices, non ?!

Didier Crouzet

Post scirptum :
Mon intervention concernait la formulation d'un texte sur la justice économique qui ne prenait pas assez en compte, à mon avis, la situation européenne. Mes remarques ont même été intégrées dans le texte final !

 

 

 

 

 

Porto Alegre, Brésil
9 ème Assemblée du Conseil Œcuménique des Eglises
du 14-23 février 2006

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