En moins de 24 heures, tout a disparu, tout a été rangé. Le site de la 9ème Assemblée paraît être une Terra incognita : même l'immense chapiteau de cirque qui a servi de lieu pour les célébrations matin et soir pendant 10 jours a été replié. Le public aussi a changé de "visages". Les badges d'identification au couleurs de l'Assemblée que tous ont porté pendant cette rencontre, et qui faisaient de nous - visiblement - une seule famille ont été remplacé, dès aujourd'hui, par les cartes magnétiques des étudiants de la "PUCRS" (Université pontificale catholique du Rio Grande do Sul). Les cours reprennent dans deux semaines à peine et il est temps de compléter les inscriptions pour le semestre. A dire vrai, il reste quelques équipes de l'Assemblée, sur place, qui tentent de boucler ce qu'il y a encore à faire avant que les "clefs" ne soient définitivement rendues au doyen du lieu. La "communication" - pour laquelle j'ai travaillé pendant cette Assemblée - est encore là : il faut encore envoyer les dernières dépêches avant de décoller. Les dernières décisions ont été prises tard la veille par le Comité central nouvellement élu. Seule l'équipe "informatique" restera plus longtemps encore : nous les empêchons de remballer les quelques derniers ordinateurs qu'ils n'ont pas encore débranchés !
Sur place, rien. Ah, si ! il reste l'Ipê Amarelo (arbre typique du Rio Grande) que Samuel Kobia, le secrétaire général du COE, a planté jeudi après-midi. Trois de ses prédécesseurs étaient avec lui pour cet instant symbolique. Moment historique s'il en est : tous les secrétaires généraux du COE encore vivants étaient là. Du plus "récent" au plus "ancien" : Konrad Raiser, Emilio Castro et, surtout, Philip Potter. A 85 ans, il a été présent aux neuf Assemblées du COE, depuis la première à Amsterdam en 1948. Il y était un jeune délégué !
Et pour moi, que reste-t-il ?
Surtout des rencontres et des amitiés. Au sein de la "communion luthérienne" à travers le monde, au sein de la délégation française, au sein des équipes du COE, au sein de la fraternité de toutes ces Eglises rassemblée pendant près de deux semaines.
Mais aussi un sentiment de frustration et d'urgence.
La présentation des contributions pendant les plénières a toujours été très professionnelle, mais la place du débat a souvent été réduite. Comme si tout s'était passé ailleurs : dans les couloirs, sur les stands du mutirao, dans les petits groupes des discussions oecuméniques. Partout, mais pas dans la salle des plénières ! Reflet de notre société, cette Assemblée a privilégié les petits groupes "cocooning" pour favoriser l'échange… Comme si l'important était désormais du côté de la rencontre interpersonnelle et plus dans la discussion institutionnelle. Or, il me semble que l'unité de l'Eglise ne se fera qu'en marchant sur ces deux "pieds" là : la rencontre personnelle d'une part, mais le dialogue entre Eglises, sur le plan théologique et ecclésiologique, d'autre part. Le COE est ce lieu unique de rencontre entre Eglises de toutes les traditions chrétiennes et toutes les cultures. Une rencontre approfondie par le débat théologique et la communion spirituelle. Si le COE ne remplissait plus ce rôle, ferions-nous vraiment avancer l'unité de l'Eglise du Christ ?
Sans doute, nous, protestants français, sommes porteurs d'une part de responsabilité dans cette évolution : le COE et son travail ne sont plus vraiment nos priorités… Il y a urgence à construire l'unité visible de l'Eglise invisible du Christ, il y a urgence pour nous à réinvestir nos forces, nos intelligences et nos prières dans l'oeuvre du COE !
Nous avons 7 ou 8 ans avant la prochaine Assemblée que nous pouvons mettre à profit, alors, allons-y !