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Questions pratiques : Mariage

 

Vade-mecum catholique Ile de France pour les préparations mariages, baptêmes et autres pratiques oecuméniques

 

REGION APOSTOLIQUE ILE-DE-FRANCE

 

Les Délégués diocésains aux relations œcuméniques...
...à tous les prêtres et diacres de la Région

Janvier 2000

 

MARIAGES, BAPTEMES et OECUMENISME

 

Les Délégués diocésains aux relations œcuméniques d'Ile-de-France avaient adressé à tous les prêtres de la Région deux fiches concernant le thème ci-dessus : la première (verte) en 1986, la seconde (orange) en 1993.
Ils ont aujourd'hui procédé à une refonte de ces deux brochures en une seule qu'ils ont aussi mise à jour et complétée, dans le but de fournir une aide aux prêtres et diacres qui ont à accompagner des couples de fiancés ou de parents, dont l'un des deux est un chrétien baptisé dans une Eglise distincte de l'Eglise catholique.

 

1) D'abord, quelques précisions de vocabulaire

 

L'œcuménisme s'applique à l'ensemble des efforts entrepris et à entreprendre, grâce à l'Esprit Saint, pour parvenir à la pleine communion entre les différentes Eglises et communautés chrétiennes.
Actuellement, ce mot est de plus en plus employé pour qualifier des situations ou des actions dans lesquelles se trouvent engagés des partenaires d'horizons différents, sinon opposés (ainsi, par exemple, l'œcuménisme entre partis politiques). Un tel glissement de sens ne doit pas cependant empêcher les chrétiens de conserver à ce mot la spécificité de son sens premier. On pourra aussi utiliser l'expression « unité des chrétiens », sujette à moins d'ambiguïtés.
Le mot « unité » est d'ailleurs un peu piégé. Il ne s'agit pas d'une unité perdue à restaurer dans l'uniformité, mais d'une unité à rechercher dans une certaine pluralité. Connaissant et respectant mieux aujourd'hui les diversités des Eglises, nous parlons volontiers de communion (retrouvant l'antique Koinonia) des Eglises et des communautés chrétiennes qui confessent la foi commune au Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.
Nous pouvons dire que nous vivons déjà une communion réelle même si elle n'est pas encore pleine et entière. En 1995, dans son encyclique « Ut unum sint » (la première à avoir jamais été consacrée à l'œcuménisme), le pape Jean-Paul II disait : « L'œcuménisme vise précisément à faire progresser la communion partielle existant entre les chrétiens, pour arriver à la pleine communion dans la vérité et la charité » (n°14). Il avait d'ailleurs dit, dès son introduction : « Au Concile Vatican II, l'Eglise catholique s'est engagée de manière irréversible à prendre la voie de la recherche œcuménique, se mettant ainsi à l'écoute de l'Esprit du Seigneur qui apprend à lire attentivement les 'signes des temps' » (n°3).
Enfin, l'adjectif interconfessionnel qualifie simplement la situation de fait dans laquelle se trouvent placés, côte à côte, deux ou plusieurs baptisés dans des Eglises différentes, sans qu'il existe forcément pour eux le désir de rechercher l'unité de leurs Eglises.

 

De ces rapides explications, on peut déduire :
1) qu'un chrétien seul ou un ensemble de croyants peut être dit « œcuménique » si son action, sa réflexion, son intérêt, sa prière... visent à la recomposition de la pleine communion entre chrétiens. S'il en était autrement, de nombreuses paroisses de France, géographiquement éloignées de communautés orthodoxes, protestantes ou anglicanes, ne pourraient jamais travailler dans un esprit œcuménique !
2) que plusieurs baptisés, membres d'Eglises différentes, peuvent vivre, œuvrer ensemble sans pour autant travailler explicitement pour l'unité des chrétiens. Ainsi, malheureusement, pour de nombreux couples de chrétiens où l'un des deux conjoints n'est pas catholique et qui se retrouvent ainsi être seulement des « couples interconfessionnels » !
Ces distinctions sont fort utiles, mais il ne faut pas trop les « forcer ». En effet, une situation interconfessionnelle peut aider un ou des chrétien(s) à découvrir l'urgence de l'œcuménisme. L'Association des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture (ACAT) en est un bon exemple : bien qu'elle n'ait pas été fondée directement pour cela, il est clair que, par son action et sa prière, elle aide ses membres à s'engager dans l'œcuménisme.

 

2) Mariages interconfessionnels

 

L'Eglise catholique reconnaît pleinement la liceité et la validité du mariage d'un(e) catholique avec un(e) baptisé(e) d'une autre Eglise, à condition toutefois que le dossier administratif soit constitué comme précisé ci-dessous (cf. §b). Dans les Eglises protestantes, où n'existe pas de sacrement de mariage, c'est le mariage civil qui fait loi. Attention aussi à certains pays (voir au cas par cas) où la célébration religieuse peut également tenir lieu de mariage civil.

 

a) Préparation :

Il est souhaitable que la préparation d'un tel mariage soit réalisée dans un esprit œcuménique, c'est-à-dire avec l'aide des ministres respectifs des deux Eglises ; le prêtre catholique, en tout cas, poussera toujours le futur foyer à rencontrer, si ce n'est déjà fait, le pasteur protestant, le prêtre anglican ou le prêtre orthodoxe et il cherchera aussi à se mettre lui-même en contact avec ce ministre et à s'informer des pratiques pastorales de son Eglise.
Il aidera aussi les futurs conjoints à déterminer dans quelle Eglise - et donc, dans quelle paroisse - ils désirent célébrer leur mariage religieux. Les critères de choix sont nombreux, et souvent très relatifs à chacun des couples. Le dialogue sur ce sujet permettra d'aider un couple à dépasser, si possible, des motivations trop extérieures (« Nous voulons nous marier à l'église parce qu'elle est plus jolie que le temple ») pour en venir à des motifs de foi.
Quoi qu'il en soit, dans tout le temps de la préparation au mariage, il ne faut pas oublier qu'un mariage, interconfessionnel ou non, est d'abord l'union d'un homme et d'une femme qui fondent une communauté d'amour. De ce fait, la préparation d'un mariage interconfessionnel est pour une grande part semblable à la préparation de tout mariage.

 

La déclaration d'intention est donc de même nature que dans tout mariage catholique. S'y ajoute toutefois une difficulté qui tient au fait que l'Eglise catholique demande à la partie catholique de « faire tout ce qui dépend d'elle », dans le respect de l'unité du foyer, pour que les enfants soient baptisés et élevés chrétiennement dans l'Eglise catholique.
Mais il convient de tenir compte de ce que cette même obligation morale existe pour la partie non catholique vis à vis de sa propre Eglise. Il importe donc que l'expression « faire tout ce qui dépend d'elle » soit présentée par le prêtre dans l'optique première et fondamentale de l'unité du futur foyer : ainsi la communauté d'accueil pour le baptême et l'éducation chrétienne des enfants devra finalement être choisie par le foyer et non par un époux contre l'autre.
En plus des formules habituelles de déclaration d'intention pour mariages mixtes, les évêques d'Ile-de-France ont accepté en 1986 la formule proposée par leurs Délégués diocésains (cf. Annexe n°1), qui explicite de manière particulièrement respectueuse pour chacun des conjoints le souci d'éducation chrétienne des enfants. La formule « faire tout ce qui dépend d'elle » n'y figure plus en tant que telle. L'essentiel est quand même bien que, avant tout, les enfants soient élevés chrétiennement. De toute manière, nous invitons vivement le ministre catholique à avoir un dialogue approfondi avec le futur couple sur le sujet.
Rappelons là aussi que les formules proposées de déclaration d'intention ne sont que des guides pour les futurs époux : une déclaration personnalisée est toujours préférable.

 

b) Dossier administratif :

Le prêtre qui prépare le mariage (qu'il soit en lien ou non avec le ministre de l'autre confession et que le mariage ait lieu ou non selon le rite catholique) doit établir un dossier comme pour un mariage habituel : extraits d'acte de naissance, certificats de baptême, déclaration(s) d'intention, et certificat de mariage civil si ce dernier a déjà eu lieu.
Le ministre catholique doit vérifier la liberté du futur conjoint : si l'un des deux a déjà été marié, fût-ce seulement civilement, la première démarche consiste à vérifier dans quelle mesure il peut être considéré comme libre au regard du droit de l'Eglise catholique : vu la complexité des situations pastorales et des pratiques ecclésiales sur ce point, le ministre aura intérêt à consulter le Bureau des Mariages ou le Délégué diocésain à l'œcuménisme.

 

Si le mariage a lieu selon le rite catholique, il convient d'obtenir l'autorisation pour mariage mixte (formulaire M10 à joindre au dossier de mariage).
Cas particuliers : Pour un mariage avec un(e) orthodoxe ou un(e) arménien(ne) apostolique, il faut l'autorisation de l'Eglise concernée sous peine de nullité à ses yeux. Par ailleurs, la situation peut être complexe dans le cas d'Eglises évangéliques. Dans ces divers cas, il est toujours préférable, avant toute démarche, d'en référer au Délégué diocésain.

 

Si le mariage a lieu selon un autre rite chrétien, la mention « et de forme canonique » figurera aussi sur la demande d'autorisation (formulaire M11).
Cas particulier : S'il s'agit d'une célébration dans une Eglise protestante, le prêtre veillera à ce que le dossier soit envoyé à temps avant le mariage civil, de manière à ce que la dispense puisse être accordée ; sinon, elle ne pourra l'être et il sera alors nécessaire de procéder à une sanatio in radice. De plus, dans un tel cas, le ministre catholique qui prépare le couple est responsable de la notification du mariage, une fois ce dernier célébré.

 

Envoi des dossiers administratifs : Pour les diocèses de la Région Ile-de-France, l'habitude se prend de plus en plus d'envoyer tous les dossiers de mariages mixtes complets (avec, donc, le formulaire M10 ou M11) au Délégué diocésain qui se charge de les vérifier avant de les transmettre au Bureau des mariages. Cela lui permet de « redresser » d'éventuelles anomalies qui ne seraient pas acceptées par le Bureau. [1]

 

c) La célébration du mariage :

Il n'y a pas, à proprement parler, de « célébration œcuménique » du mariage. La forme liturgique est celle choisie par les futurs époux : catholique, luthérienne, réformée, orthodoxe... et correspond en général au lieu où est célébré le mariage.
Toutefois, surtout pour des raisons pratiques (taille ou localisation du bâtiment), une Eglise peut tout à fait « prêter » un de ses locaux, à condition que cela apparaisse bien clairement à tous ceux qui assistent au mariage.

 

Si le mariage se déroule selon le rite catholique, c'est le prêtre qui reçoit les consentements ; un ministre de confession différente peut être présent et participer à la liturgie, par exemple par des lectures ou la remise d'une Bible. Mais il doit être clair pour tous que sa présence, si elle paraît souhaitable d'un point de vue fraternel et pastoral, n'est pas nécessaire pour la validité du sacrement.

 

Si le mariage est célébré selon un autre rite chrétien, c'est le même esprit qui est requis : la présence d'un prêtre n'est pas non plus nécessaire. Toutefois, dans le même souci que ci-dessus, elle apparaît souvent souhaitable.

Le problème de la communion eucharistique (et de l'hospitalité eucharistique qui est souvent souhaitée par les fiancés ou leurs familles) se pose pour plus d'un mariage où un des conjoints est protestant.
Dans la situation de communion imparfaite où nous sommes encore, la célébration de l'Eucharistie au cours d'un mariage soulève des questions délicates ; il n'est donc pas évident qu'elle doive être envisagée.
Si les futurs époux désirent que soit célébrée une messe de mariage, le prêtre devra leur montrer clairement la difficulté à accueillir à la table eucharistique le conjoint et sa famille non catholique, suivant la position de l'Eglise catholique sur le sujet, telle qu'on peut la trouver dans le récent Directoire œcuménique du Conseil Pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens (1994) et une note de la Commission épiscopale française pour l'unité des chrétiens de 1983 (cf. ci-dessous et Annexe n°2). Si, dans des circonstances particulières, après réflexion, le prêtre pense néanmoins souhaitable la célébration de l'eucharistie, il devra dans tous les cas demander l'autorisation à l'Ordinaire du lieu qui, seul, peut prendre la décision.
Dans la pratique, la question ne se pose que dans le cas où le mariage a lieu selon le rite catholique : en effet, les Eglises orthodoxes n'admettent pas à la communion eucharistique les non-orthodoxes et les Eglises issues de la Réforme n'ont pas l'habitude en France de célébrer la Sainte Cène à l'occasion d'un mariage.

 

3) Le baptême d'enfants de couples interconfessionnels

 

a) Un seul baptême :

Le baptême plonge chacun en Jésus-Christ et est ordonné à la construction de l'Eglise. Comme le dit le Décret sur l'œcuménisme Unitatis redintegratio du Concile Vatican II, « par le sacrement de baptême,... l'homme est incorporé vraiment au Christ crucifié et glorifié, il est régénéré pour participer à la vie divine » (§22). Ce baptême comporte nécessairement le rite de l'effusion d'eau ou de l'immersion accompagné de la formule trinitaire : ..., Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui le valide et le fait reconnaître comme tel par l'ensemble des Eglises chrétiennes. Cependant, quelques Eglises ne reconnaissent pas comme valide le baptême donné aux petits enfants (en particulier, les Eglises baptistes).
Le baptême apparaît comme le fondement sacramentel de la recherche de la pleine communion. La reconnaissance mutuelle du baptême est donc la base minimale de tout rapprochement œcuménique entre deux ou plusieurs Eglises. Pour sa part, dans le Code de droit canonique de 1983, l'Eglise catholique affirme : « Les personnes baptisées dans une communauté ecclésiale non catholique ne doivent pas être baptisées sous condition, à moins qu'il n'y ait un motif sérieux de douter de la validité du baptême, eu égard aussi bien à la matière et à la formule utilisées pour son administration, qu'à l'intention du baptisé adulte et du ministre qui a baptisé » (canon 869.2).

 

b) La célébration du baptême :

Le baptême est célébré selon le rite et par le seul ministre de l'Eglise choisie par les parents ou le baptisé adulte. Le Directoire œcuménique dit en effet : « Bien que par le baptême la personne soit incorporée au Christ et à son Eglise, cela se réalise concrètement dans une Eglise ou une communauté ecclésiale déterminée. Un baptême ne doit donc pas être conféré conjointement par deux ministres appartenant à des Eglises ou à des communautés ecclésiales différentes » (§97).
Cependant, là aussi dans un souci œcuménique et pastoral, il est souvent souhaitable (et il faut le proposer aux parents) que l'autre ministre (celui qui ne baptise pas) puisse assister au baptême et signifier ainsi concrètement à tous la reconnaissance mutuelle du sacrement du baptême. Les deux ministres du culte pourront alors se répartir entre eux prières et lectures.
On sera attentif, dans la préparation du sacrement, à la qualité de la foi du parrain et de la marraine. Sur ce point, on pourra se référer au §98 du Directoire œcuménique (cf. Annexe n°3).

 

c) « Double inscription » ?

Parfois, les parents demandent une « double inscription » du baptême sur les registres baptismaux des deux paroisses. Pour la clarté du devenir de l'enfant (cf. ci-dessous), il faut toujours préciser qu'il y a inscription de l'acte de baptême dans le seul registre de l'Eglise où a eu lieu la célébration, et qu'il y a notification (ou transcription) de cet acte dans le registre de la paroisse de l'autre Eglise. Si cette dernière est catholique, cette notification peut avoir lieu à la fin des deux registres des baptêmes de l'année en cours. Une telle distinction est importante et nécessaire pour lever toute ambiguïté quant à une éventuelle « double appartenance » ecclésiale qui peut être parfois revendiquée mais qui est, de fait, absolument impossible.

 

4) Et la vie continue...

 

a) Après leur mariage, il est important que les deux conjoints d'un couple interconfessionnel se sentent bien accueillis l'un et l'autre dans chacune des deux Eglises d'appartenance, tout en sachant (c'est là une question d'identité importante...) qu'on ne peut être membre que d'une seule Eglise à la fois. Le responsable de la paroisse catholique favorisera l'accueil de ce frère (ou de cette sœur) en Jésus-Christ, et son insertion dans les activités paroissiales, seul ou en couple. De plus, ce couple pourra être un aiguillon fort utile pour contribuer à susciter ou entretenir une vie œcuménique sur la paroisse.

 

b) En matière d'hospitalité eucharistique, il est bon de connaître la discipline de chaque Eglise. Les Eglises orthodoxes n'admettent jamais à la communion eucharistique un non orthodoxe. Dans les Eglises protestantes historiques (luthériennes et réformées), où la théologie de l'Eucharistie est différente de la nôtre, l'invitation à communier est largement faite aux baptisés présents. Dans la liturgie de l'Eglise Réformée de France, par exemple, le pasteur ne dit-il pas la phrase suivante : « Que celles et ceux qui reconnaissent en Jésus-Christ le Seigneur partagent maintenant son repas » ? Pour l'Eglise catholique, la Note française de 1983 mentionnée plus haut (cf. Annexe n°2) intitulée « L'hospitalité eucharistique avec les chrétiens des Eglises issues de la Réforme en France » reste toujours valable. Elle dit en particulier : « Dans le cas où des prêtres et des fidèles catholiques accueillent des frères protestants à la table eucharistique, une hospitalité authentique suppose de la part de ces derniers un 'réel besoin' ou un désir spirituel éprouvé, des liens de communion fraternelle profonds et continus avec des catholiques (tels qu'ils sont vécus dans certains foyers mixtes et dans quelques groupes œcuméniques durables), une foi sans ambiguïté quant à la dimension sacrificielle du mémorial, quant à la présence réelle et à la relation entre communion eucharistique et communion ecclésiale, enfin un engagement actif au service de l'unité que Dieu veut ». Un certain nombre des conjoints protestants de couples inter-confessionnels, estimant remplies les quatre conditions ci-dessus, jugent alors possible, souvent après un dialogue avec un prêtre, de communier régulièrement lors d'une messe catholique.

 

c) Signalons aussi qu'il peut être bon d'inviter un tel couple à se joindre à un groupe de foyers interconfessionnels. Il en existe dans un certain nombre de localités de nos diocèses. Un prêtre peut aussi être moteur pour créer un tel groupe, là où il n'en existe pas encore. Ces groupes sont des lieux vivants de partage et d'approfondissement de la vie spirituelle et ecclésiale. On entend souvent dire à tel ou tel conjoint qu'il n'aurait jamais 'creusé' autant sa foi s'il n'avait pas épousé un membre d'une autre Eglise. Appartenir à un groupe de foyers interconfessionnels permet ainsi, dans une recherche commune, de partager les richesses et aussi les difficultés particulières à ce type de couples.

 

d) Quand l'enfant grandit... :

L'enfant d'un couple interconfessionnel est appelé à être élevé dans la connaissance de la tradition de chacune des Eglises de ses parents, et ce, quelle que soit celle où il a été baptisé et où il est catéchisé (pour des raisons pratiques évidentes, il est souvent difficile pour les parents de lui faire suivre les deux catéchèses). Si un tel enfant est catéchisé dans une paroisse catholique, il importe fort que son (ou sa) catéchiste, ouvert(e) à la dimension œcuménique, en soit informé(e) et puisse en tenir compte. Parfois, au-delà d'un simple cas individuel, il sera possible qu'un effort de catéchèse commune entre deux paroisses de confessions différentes soit envisagé. Ceci est toujours souhaitable, même quand cela se borne à, par exemple, une rencontre annuelle entre enfants de ces deux communautés ecclésiales. Enfin, on pourra veiller à ce que, quand la Bible est lue aux enfants, ce soit la TOB qui soit choisie. Bien sûr, de telles initiatives sont également à encourager en catéchèse même quand il n'y a pas d'enfants de couples interconfessionnels !

Le baptême ne figeant évidemment pas les choses, il importe que, un jour, le jeune, assez grand pour en décider, puisse choisir en connaissance de cause l'Eglise à laquelle il souhaite appartenir, tout en gardant une grande proximité envers l'autre. Là aussi (et ce, pour des raisons ecclésiologiques autant qu'anthropologiques et psychologiques), on ne peut pas être membre de deux Eglises à la fois, ce serait vouloir créer de fait une mythique « tierce Eglise » qui n'existe pas. Il convient que les prêtres concernés vérifient, et ce, en particulier à chaque moment-clef de la croissance chrétienne du jeune (première communion, profession de foi, confirmation), que l'on ne fasse jamais planer sur lui le risque d'une telle confusion.

Au sujet de la confirmation, il y a souvent ambiguïté. En effet, sous le même mot, il y a des réalités bien différentes, suivant que l'on se trouve dans l'Eglise catholique ou dans les Eglises issues de la Réforme. Dans ces dernières, la confirmation qui n'est pas sacramentelle (le jeune protestant n'est pas confirmé mais confirme son baptême) correspond plutôt, en fait, à ce que l'on appelle « profession de foi » dans l'Eglise catholique. Le prêtre, responsable de jeunes (école catholique, aumônerie, scoutisme...), veillera bien à éviter la confusion et à rappeler que recevoir le sacrement de la confirmation dans l'Eglise catholique agrège de fait à cette Eglise.

 

Pour les Délégués diocésains,
Jean Mariot, Délégué régional

N.B. : Ce document a été approuvé par les Evêques de la Région Ile-de-France

 

Annexe n°1

Proposition de déclaration d'intention commune

de Monsieur (prénom et nom) ....................................................................

et de Mademoiselle (prénom et nom) ..........................................................

en vue de leur mariage,

1) En présence de Dieu et dans l'Eglise de Jésus-Christ à laquelle nous appartenons par le baptême, reçu dans nos deux communautés de foi,
moi ................................................ et moi ............................................, nous voulons librement constituer, par notre mariage, une communauté de vie et d'amour. Nous l'acceptons, dans le Christ, une, indissoluble, féconde avec la volonté d'être totalement fidèles l'un à l'autre et de nous soutenir mutuellement.

2) Nous acceptons les enfants qui pourront naître de notre union. Nous les éduquerons humainement et chrétiennement avec le meilleur de nous-mêmes ; nous leur ferons connaître et aimer Jésus-Christ ; nous les formerons au respect de nos deux Eglises et leur en donnerons la connaissance.

3) Dans cette perspective, nous avons conscience que nous sommes appelés l'un et l'autre à approfondir notre foi et à respecter la foi et la pratique religieuse de notre conjoint, sachant que notre dialogue mutuel et notre attitude de vie nous mettront à même de répondre aux questions que nos enfants nous poseront.

4) L'exigence, pour chacun de nous, de la foi de son Eglise nous pousse à désirer que nos enfants y participent par le baptême et l'éducation. C'est dans les circonstances concrètes où nous nous trouverons que notre foyer devra répondre à cette exigence ; nous serons guidés par la responsabilité que nous avons d'affermir toujours l'unité de notre communauté conjugale.
(Actuellement, dans le respect des raisons et des convictions religieuses de chacun de nous, nous sommes prêts à prendre ensemble une décision que nous pourrons tous les deux approuver en conscience).
Nous éduquerons nos enfants dans le respect de la foi et de la pratique religieuse de chacun de nous, afin qu'ils sachent prendre part peu à peu, devant notre commun Seigneur, leur pleine responsabilité spirituelle.

5) Guidés par cet esprit d'unité, nous sommes appelés à prier ensemble, et plus spécialement pour l'unité des Eglises.

6) C'est un foyer chrétien que nous voulons bâtir. Nous croyons que notre amour nous appelle à dépasser notre égoïsme et à nous mettre au service des autres. Eclairés par l'Evangile et soutenus par nos Eglises, nous travaillerons avec tous pour plus d'amour, de justice et de paix.

A ..............................., le .................................................

(Signatures)

 

 

Annexe n°2

L'Hospitalité eucharistique avec les chrétiens des Eglises issues de la Réforme en France

 

Note de la Commission épiscopale pour l'Unité des chrétiens
aux prêtres et aux fidèles catholiques, 14 mars 1983

Depuis quelques années, les cas d'hospitalité eucharistique entre catholiques et chrétiens des Eglises issues de la Réforme en France tendent à devenir plus nombreux. Le désir légitime de l'avancée œcuménique ne peut cependant faire oublier qu'ils posent à la conviction de l'Eglise catholique des problèmes non seulement disciplinaires, mais encore de l'ordre de la foi. C'est pourquoi la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens estime important de répondre à des questions souvent posées à leur sujet par les réflexions suivantes.

 

Pourquoi l'hospitalité eucharistique ne peut-elle pas être habituelle ?

1- Parce que l'eucharistie est le repas du Seigneur, et qu'elle ne nous appartient pas. Le Nouveau Testament nous montre qu'elle est partagée par ceux qui ont reçu le même baptême et vivent dans la communion visible de la même foi (Ac 2,42-47). De même, Paul rappelle vigoureusement aux Corinthiens (1Co 11,17-34) le lien nécessaire entre la communion vécue dans l'assemblée ecclésiale et la fraction du pain. Le 'discernement du corps du Seigneur' concerne à la fois son corps eucharistique et son corps ecclésial. Pour sa part, la tradition de l'Eglise indivise a toujours fait de la communion à la même foi ecclésiale la condition de la participation à la même eucharistie.

2- Parce que la communion eucharistique et la communion ecclésiale sont indissociables : l'Eglise fait l'eucharistie et l'eucharistie fait l'Eglise. Le corps eucharistique du Christ est ordonné à la construction de son corps ecclésial. La communion à la même eucharistie engage donc la communion à la même Eglise, de même qu'elle suppose le partage de la même foi.
La question de l'hospitalité eucharistique ne peut donc être abordée dans la seule perspective des besoins spirituels individuels ou des liens de fraternité existant dans des groupes limités. Seule la réconciliation entre les Eglises aujourd'hui divisées peut rendre normal l'accueil mutuel à la table de l'eucharistie qu'elles célèbrent.

3- Parce que ce n'est pas seulement la foi en l'eucharistie qui est engagée à ce propos, mais l'ensemble de la foi. Or, malgré les substantielles avancées doctrinales actuelles, dont nous nous réjouissons, des points sérieux de contentieux dans la foi demeurent ; en particulier, certains points de la doctrine eucharistique (présidence par un ministre ordonné ; permanence de la présence sacramentelle) et des ministères (leur rôle propre dans la structure de l'Eglise ; l'ordination), la place et le sens de la sacramentalité dans la vie chrétienne, et, plus globalement, la compréhension du mystère de l'Eglise, signe du salut et don de Dieu aux hommes. Concrètement, nous ne pouvons pas ne pas constater aussi que certaines décisions et pratiques récentes de l'Eglise réformée de France contredisent l'orientation actuelle des documents œcuméniques sur la doctrine des ministères. Des questions pressantes avaient été posées dans ces domaines par Mgr Le Bourgeois lors de son intervention à l'Assemblée du protestantisme français. Elles n'ont pas reçu jusqu'à ce jour de réponse autorisée [2].

4- Parce que la multiplication des hospitalités eucharistiques donnerait à penser que les problèmes posés pour l'unité de l'Eglise sont déjà résolus et que le statu quo confessionnel actuel est une forme valable de l'unité telle que le Seigneur la désire. Une telle multiplication relâcherait les liens de foi et de solidarité de chaque fidèle avec sa propre Eglise. Elle constituerait une solution de facilité qui ne ferait pas progresser la marche vers l'unité.

 

A quelles conditions cependant certains cas exceptionnels d'hospitalité eucharistique peuvent-ils être envisagés ?

1- Etant donné ce qui vient d'être dit, seuls des cas exceptionnels d'hospitalité eucharistique peuvent être envisagés dans la situation actuelle de division avec les Eglises de la Réforme. Pour qu'ils soient vécus dans la vérité comme des 'moyens de grâce' (Unitatis redintegratio §8) et pour qu'ils contribuent à faire l'Eglise une, plusieurs conditions sont à respecter, selon le discernement exercé par le Directoire des questions œcuméniques et les autres documents qui font autorité dans toute l'Eglise catholique.

2- Dans le cas où des prêtres ou des fidèles catholiques accueillent des frères protestants à la table eucharistique, une hospitalité authentique suppose de la part de ces derniers un 'réel besoin' ou un désir spirituel éprouvé des liens de communion fraternelle profonds et continus avec des catholiques (tels qu'ils sont vécus dans certains foyers mixtes et dans quelques groupes œcuméniques durables), une foi sans ambiguïté quant à la dimension sacrificielle du mémorial, quant à la présence réelle et à la relation entre communion eucharistique et communion ecclésiale, enfin un engagement actif au service de l'unité que Dieu veut [3].

3- La décision qui sera prise en conscience doit avoir été soumise au discernement de l'évêque, responsable du ministère de l'unité (ou des prêtres délégués par lui pour les relations œcuméniques et à qui il aura confié ce discernement en collaboration avec lui). Elle doit veiller à ne pas provoquer le scandale ni même l'étonnement chez ceux qui en seront normalement les témoins.

4- Au nom de la dynamique œcuménique de réciprocité, la communion des fidèles catholiques à la Sainte Cène protestante est aujourd'hui l'objet de demandes pressantes, en particulier chez les foyers mixtes. Une telle démarche, redisons-le, ne correspond pas, pour les catholiques, au lien qu'ils confessent entre eucharistie et confession ecclésiale. Elle préjuge aussi de la compréhension commune du ministère ordonné. De plus, pour l'Eglise catholique, la forme plénière du ministère ecclésial fait défaut au ministre protestant qui préside.

5- Nous constatons cependant qu'un certain nombre de catholiques estiment pouvoir communier à la Sainte Cène protestante, que ces cas ont tendance à se multiplier et que l'opinion se fait jour de les considérer comme normaux. Nous ne pouvons pas ne pas rappeler que cette évolution est objectivement contraire aux dispositions actuellement en vigueur dans l'Eglise catholique, dont le fondement est d'ordre doctrinal. La multiplication de ces cas fait également grandir le risque qu'ils soient interprétés par les communautés protestantes non comme le désir de participer à une réalité de grâce qui est le secret de Dieu, mais comme la reconnaissance de fait de la pleine sacramentalité de leur célébration.

6- Aux catholiques qui estimeraient toujours en conscience pouvoir communier à la Sainte Cène, nous disons donc ce que les évêques allemands ont dit à leurs fidèles sur ce même point : 'Le Synode ne peut pas actuellement approuver la participation d'un catholique à la Sainte Cène. Il ne peut être exclu qu'un catholique - suivant sa propre conscience - puisse trouver, dans la situation particulière qui est la sienne, des raisons qui lui font apparaître sa participation à la Sainte Cène comme spirituellement nécessaire. Il devrait alors penser qu'une telle participation ne correspond pas au lien entre Eucharistie et communion ecclésiale, particulièrement pour ce qui concerne la compréhension du ministère. S'agissant de la décision qu'il sera amené à prendre, il ne devra pas mettre en péril son appartenance à sa propre Eglise et sa décision ne devra pas non plus équivaloir à un reniement de sa propre foi et de sa propre Eglise, pas plus qu'elle ne devra apparaître ainsi aux yeux d'autrui.' [4]

7- Nous sommes conscients que ces orientations pourront blesser ou choquer. Nous partageons nous-mêmes la souffrance de ne pouvoir communier ensemble à l'eucharistie. Mais nous demandons à tous ceux que cette note concerne de s'interroger eux-mêmes. Ces orientations prennent en compte les problèmes de fond tels qu'ils se posent aujourd'hui : elles n'entendent pas être définitives. Mais l'évolution que nous espérons de ces positions dépendra pour une part de la manière dont les Eglises issues de la Réforme recevront les questions que nous avons rappelées ici. Nous avons à vivre en ce domaine crucial une émulation spirituelle qui nous permette de nous ouvrir les uns et les autres, et les uns par les autres, à toutes les exigences de l'Evangile.

 

 

Annexe n°3

Article 98 du Directoire œcuménique

 (concernant les parrains et marraines de baptême)

La conception catholique est que les parrains et marraines, au sens liturgique et canonique, doivent être eux-mêmes membres de l'Eglise ou de la communauté ecclésiale en laquelle le baptême est célébré. Ils ne se chargent pas seulement de la responsabilité de l'éducation chrétienne de la personne baptisée (ou confirmée) en tant que parent ou ami, ils sont là également comme représentants d'une communauté de foi, garants de la foi et du désir de communion ecclésiale du candidat.
a. Cependant, se basant sur le baptême commun, et à cause des liens de famille et d'amitié, un baptisé qui appartient à une autre communauté ecclésiale peut être admis comme témoin du baptême, mais seulement ensemble avec un parrain catholique. Un catholique peut tenir le même rôle pour une personne devant être baptisée dans une autre communauté ecclésiale.
b. En raison de l'étroite communion existante entre l'Eglise catholique et les Eglises orientales orthodoxes, il est permis pour une juste raison d'admettre un fidèle oriental au rôle de parrain en même temps qu'un parrain catholique (ou une marraine catholique) au baptême d'un enfant ou d'un adulte catholique, à condition qu'on ait suffisamment pourvu à l'éducation du baptisé et que l'identité du parrain soit reconnue.
Le rôle de parrain à un baptême conféré dans une Eglise orientale orthodoxe n'est pas interdit à un catholique s'il y est invité. Dans ce cas, l'obligation de veiller à l'éducation chrétienne appartient en premier lieu au parrain (ou à la marraine) qui est fidèle à l'Eglise dans laquelle l'enfant est baptisé.

 

 

Annexe n°4

Brefs éléments bibliographiques

 

- Guide pour la pastorale des foyers mixtes, revue 'Foyers mixtes', 1986, 124 pages. Ce guide répertorie tous les documents d'Eglise parus sur le sujet parus jusqu'à sa parution ; il peut être commandé à : Foyers mixtes, 2 place Gailleton, 69002 Lyon, tél 04.78.38.05.07

- Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens, Directoire œcuménique. Paris, Cerf, 1994, 194 pages.

- Jean-Paul II, encyclique Ut unum sint. Paris, Cerf / Flammarion, 1995, 110 pages.

 

 

Délégués diocésains à l'œcuménisme (Région Ile-de-France) :

 

PARIS

P.Richard ESCUDIER
52, bd Lefebvre, 75015 Paris
tél 01.53.68.06.20, fax 01.53.68.06.29, richard.escudier@caramail.com

CRETEIL

M.Michel VERGNAUD
Résidence du Clos d'Orléans
29 bd Henri Ruel, 94120 Fontenay-sous-Bois
tél 01.48.73.68.50

EVRY - CORBEIL-ESSONNES

M.André GERAUD
1, rue Rabelais, 91370 Verrières-le-Buisson
tél 01.69.20.08.99, a.geraud@wanadoo.fr

MEAUX

P.Olivier VATAR
16, avenue Aristide Briand, 77410 Claye-Souilly
tél 01.60.26.00.56, paroisseclaye@wanadoo.fr

NANTERRE

P.David ROURE (délégué régional)
35, rue Séverine, 92130 Issy-les-Moulineaux
tél 01.40.93.54.41, fax 01.40.93.42.22, david.roure@club-internet.fr

PONTOISE

P.René QUENIART
15, rue de la République, 95120 Ermont
tél 01.34.15.97.75, fax 01.34.14.41.94

SAINT-DENIS

P.Pierre SALMON
8, rue Etienne Dolet, 93140 Bondy
tél 01.48.02.87.70, pierre.salmon2@free.fr

VERSAILLES

Mme Anne JAN (déléguée régionale adjointe)
16, rue Mgr Gibier, 78000 Versailles
tél 01.30.97.67.60, fax 01.39.50.33.82, unitechretiens@catholique-yvelines.cef.fr

Diocèse aux Armées

Mme Edith-Noëlle CARBONNEAUX
20 bis, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
tél 01.53.63.06.29, fax 01.42.22.36.20, diocese-aux-armees@wanadoo.fr

Secrétariat

Mme Marie-Pierre COUSTILLIERE
52, bd Lefebvre, 75015 Paris (le jeudi et le vendredi)
tél 01.45.31.47.94, secretariatparis-unitechretiens@wanadoo.fr

 

 

[1] Nota : En ce qui concerne les catholiques de rites orientaux, s'adresser au Vicaire général des Orientaux, 24, rue de Babylone, 75007 Paris, tél 01.45.49.10.90.

[2] ndlr : Cette intervention a eu lieu en 1975, la présente note a été écrite en 1983. Plus récemment, le texte, daté du 22 février 1994, de la Commission épiscopale présentant le Directoire œcuménique, fait allusion aux progrès en ce domaine accomplis depuis lors.

[3] ndlr : C'est nous qui soulignons !

[4] Synode des diocèses allemands de Würtzbourg, 1976, n°5.5 du texte sur le culte.