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3e rassemblement oecuménique européen « La lumière du Christ brille pour tous. |
Bulletin d’Information Protestante
01.10.2007
Sibiu, reflet d’un temps…
Une expérience d’un autre type,
Une expérience intense
Une expérience questionnante
Quelque chose de miraculeux !
D’un autre type...
Parce que Sibiu, c’est loin. Nous avons traversé cette Roumanie faite de contrastes entre des constructions dernier cri et d’autres aspects relevant d’un autre siècle. Nous mesurions déjà que le RO3 n’aurait rien à voir avec Bâle et Graz. Un autre temps, un autre monde.
Parce que cette assemblée nous plonge dans un univers chrétien éclaté ici réuni dans une si grande diversité de culture, de spiritualité et de réactions, qu’on y perd ses repères… et son latin !
Sibiu confirme au plan Européen ce que l’on constatait à Porto Alegre au plan mondial : le christianisme a tellement muté, s’est tellement diversifié, que la question de son unité (interne à chaque famille comme entre les familles) se pose de manière nouvelle. Qu’est-ce qui fait tenir tout cela ensemble ? Seulement une volonté de dialogue « malgré tout » mue par une conviction spirituelle. C’est comme si la KEK (et le CCEE) retrouvait sa vocation première (mais l’avait-elle perdue ?) : maintenir en dialogue coûte que coûte trois blocs (catholique, orthodoxe, protestant-anglican) aux références culturelles, historiques, théologiques et sociopolitiques assez éloignées. Le document final en porte les traces.
Intense…
Je ne parle pas de la saturation des discours convenus en langue de bois (équité confessionnelle oblige), à laquelle il faut ajouter les salutations des officiels. Peu de place donc dans les rencontres, pour un processus conciliaire où chacun aurait voix au chapitre. C’est le jeu dans ce genre d’assemblée : chercher les perles enfouies dans des discours ennuyeux, et se laisser surprendre par les messages stimulants, émouvants… que le blog des français a relevés.
La plus grande richesse vient de l’intensité des échanges au cours des repas, des rencontres dans la rue, des témoignages dans les forums, ou le soir au bar. Il faut dire que les participants sont tous ou presque des militants soucieux de la dynamique d’unité de l’Eglise, soit par leur action soit par leur prière. Un souci qui sonnait moins juste dans les discours officiels de certains hiérarques venus marquer les positions parfois tranchées de leur Eglise. Sont-ils le reflet de l’autre versant des Eglises, non représenté à Sibiu, versant soucieux de préserver « sa » vérité (sur l’Evangile, la morale, les valeurs européennes) dans un monde qui se perd, plus que de construire une communion dans l’écoute des frères et sœurs d’autres confessions, et en dialogue avec le monde ?
La richesse aussi de partager la prière les uns et des autres. Voilà que les protestants, à la quasi unanimité, ont été emportés par la beauté des liturgies orthodoxes, ou la convivialité de la célébration baptiste… alors même que la sécheresse des liturgies réformées et luthériennes hyper-orthodoxes, les ont laissés de marbre. Décidément, nous avons à recevoir les uns des autres.
Bref, une expérience intense pour le délégué, renforcée par l’intense fraternité tissée entre délégués français dans notre voyage.
Questionnant enfin.
On a réaffirmé qu’il fallait dialoguer entre confessions, avec les autres religions, qu’il était nécessaire de structurer le dialogue avec les instances européennes, qu’il fallait se rassembler autour de valeurs communes…
Mais le Pape faisait son « Sibiu » tout seul à Mariazell avec un discours sur l’Europe qui damait en partie le pion médiatique à notre assemblée ; les orthodoxes russes dénonçaient haut et fort la « dictature démocratique de l’Occident » et le dévoiement des Eglises occidentales à la morale laxiste ; quant au monde évangélique, principale composante chrétienne en croissance, il était quasi absent.
Nous ne mesurons pas, en France, la grâce que nous avons de vivre en un tel contexte œcuménique. A (presque) toutes les propositions pour avancer dans la communion, les français pouvaient dire : nous le faisons déjà ! C’est dire que le mot « dialogue » répété de manière incantatoire à toutes les sauces, est plus que jamais une urgence œcuménique à mettre en pratique à côté d’un faire-ensemble face à certaines urgences sociales et politiques.
Miracle !
Sans doute, les grands rassemblements œcuméniques ne sont pas les meilleurs lieux pour dialoguer en profondeur, sortir des caricatures les uns des autres. Mais tout de même, le miracle, c’est aussi le message final ! Parti de loin, une équipe est arrivée à transformer l’essai, même si toutes les Eglises ne se retrouveraient pas à chaque phrase du texte !
Ce que nous pouvons faire ensemble est consigné dans quelques recommandations. Reste à le faire vivre. Dans un contexte de sécularisation, d’éclatement et de concurrence des identités, le miracle est de pouvoir s’engager dans une parole et une action communes. Parce que la crédibilité des chrétiens en dépend. Cela ne révolutionne pas la face de la terre. Cela pose pragmatiquement des balises pour faire quelques pas ensemble. Dans la lumière du Christ. Le reste ne nous appartient pas. (GD)