A propos de la corruption : déclaration du Conseil de la Fédération Protestante de France

 

Communiqué de Presse accompagnant un texte

La multiplication et l'ampleur des révélations concernant des affaires de corruption ont profondément terni l'image de la classe politique et des milieux économiques. Les comportements ainsi dévoilés et mis en cause recouvrent aussi bien des pratiques liées au financement de la vie politique, notamment en matière de marchés publics, que d'abus de biens sociaux de la part de responsables d'entreprise, accompagnés souvent d'enrichissement personnel.

Le phénomène ne touche pas que la France : il est européen et mondial. Toutes sortes de raisons font que son ampleur s'est considérablement accrue en quelques années : l'augmentation du coût de la vie politique, la perte des repères éthiques et le culte de "l'argent facile", la mondialisation des marchés de capitaux qui permet une sophistication inégalée dans le déroulement des opérations occultes, le trafic mondial des stupéfiants et des armes, le développement des structures mafieuses en constituent quelques-unes.

Devant une telle situation, une double évolution s'est produite dans notre société :

1. d'une part, un sentiment profond de défiance s'est installé chez nos concitoyens vis-à-vis des élites politiques ou économiques. Ce sentiment du "tous pourris" est porteur de graves périls pour la démocratie: s'il perdure, il ne peut que faire le jeu des extrémismes qui y trouvent un terrain fertile pour propager leurs thèses.
2. d'autre part, le comportement des juges et de la justice a changé. Toute une nouvelle génération de juges s'est dressée pour opposer une attitude de fermeté devant des comportements contraires aux lois. Faisant preuve d'un courage personnel certain, ils ont instruit les dossiers sans discrimination ni égard vis-à-vis de la position sociale, riche ou puissante des justiciables.
Confortée par l'opinion publique, cette évolution paraît maintenant irréversible : elle n'est freinée que par les moyens réduits voire archaïques dont dispose la justice face à des réseaux qui utilisent à fond les technologies les plus perfectionnées. Cette évolution a des côtés très positifs ; elle n'en pose pas moins la question du contrôle démocratique de la justice, certains étant prompts à dénoncer les risques qu'elle comporte d'un "gouvernement de juges".

  • La Fédération protestante de France prend acte de la proposition gouvernementale de réforme de la Justice visant notamment à mettre fin à la suspicion qui pèse sur son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, à renforcer et à moderniser ses moyens.
  • Elle note également avec satisfaction que des mesures nouvelles sont envisagées pour limiter le cumul des mandats.
  • Elle encourage tout ce qui va dans le sens d'une plus grande transparence dans le fonctionnement de l'Etat, des collectivités locales, des associations et des entreprises.
  • Elle souhaite qu'un débat serein et approfondi aboutisse aux changements nécessaires, et contribue à restaurer la confiance des citoyens dans la classe politique, qui lui paraît un élément fondamental du bon fonctionnement de la démocratie.
  • Elle fait siennes les réflexions de sa Commission Sociale, Economique, Internationale (CSEI) dont les principales conclusions lui paraissent mériter d'être versées au débat.

C'est la dignité des élus en démocratie que de veiller au bon fonctionnement de la vie communautaire. Or la corruption porte en germe la mort du vivre ensemble. C'est pourquoi la Fédération protestante de France lance un appel à la vigilance de tous face aux excès provoqués par l'idolâtrie du pouvoir et de l'argent.

Source(s) : FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;FPF;
Date de parution : 12 janvier 1998

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