A propos du dimanche

Auteur(s) : PFEIFFER Antoine

"Je ne veux pas travailler le dimanche, mais je veux faire mes courses".

Dans nos sociétés occidentales du rendement et de la consommation, le dimanche devient de plus en plus un jour comme un autre.

Que pouvons-nous dire ? Qu'avons-nous à défendre ? Quelle peut être notre conception de ce jour "qui n'est pas à vendre", comme nos Églises l'ont affirmé, il y a quelques années ?

"Souviens-toi du jour du sabbat..." (Ex. 20): se souvenir, dans la pensée juive, signifie toujours rendre présent, rendre actuel, vivre un événement dans l'aujourd'hui. "Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, pas plus que ton serviteur, tes bêtes ou l'étranger qui habite chez toi". Et la tradition juive fonde ce commandement sur la vision de la création: vivre le rythme du travail et du repos, de la peine et de la fête, c'est se souvenir du rythme de la création et l'actualiser.

La mention du serviteur ou de l'esclave qui bénéficie lui aussi de ce rythme souligne, je crois, la dimension sociale de la sanctification ou de la mise à part de ce jour.

"Je ne veux pas travailler le dimanche, mais je veux faire mes courses".

Porter notre attention à ceux qui sont obligés de travailler le dimanche nous conduit automatiquement sur le plan social. Sur ce plan, nous rejoignons le combat syndical pour la préservation du repos: le dimanche est le cadeau que Dieu offre à toute la société et non seulement à l'église.

On s'est toujours demandé: comment traduire le commandement du sabbat dans la société ? Jusqu'où peut-on aller dans l'interdit ou le permis ?

Quand Jésus affirme que "Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat", il souligne la dimension de la liberté par rapport à la loi devenue carcan. Le jour du repos est fête de la liberté: Jésus nous invite à en faire usage avec liberté.

L'empereur Constantin a bien compris cela quand il affirme dans son Édit de l'année 312 qui introduit pour la première fois un jour de repos légal: "les paysans toutefois pourront librement cultiver leurs terres ... afin de ne pas manquer une occasion favorable de mettre la semence dans le sillon ou de planter le pied de vigne...".

L'aspect de liberté par rapport au commandement de la sanctification du jour du repos a été particulièrement repris par le protestantisme: il ne s'agit pas d'une prescription à suivre de manière intégriste ou légaliste, mais d'appliquer raisonnablement un commandement riche de bénédiction pour l'homme.

Nous sommes aujourd'hui sur le terrain de ce défi. Les exceptions à la règle sont des évidences. Mais la question des limites demeure. La parole de Jésus sur le sabbat peut alors éclairer le débat: la question du jour du repos est à considérer à partir de ce qui rend service à l'être humain.

Luther disait à propos du commandement du sabbat: «Nous devons craindre et aimer Dieu, afin de ne pas mépriser la prédication et sa Parole, mais de la sanctifier et d'aimer à l'écouter et à nous laisser instruire».

Il serait étonnant que les chrétiens ne tiennent pas au dimanche à cause du culte, le lieu de l'écoute communautaire de la Parole libératrice. Mais je n'aimerais pas me battre pour le maintien du jour du repos uniquement pour cette raison là.

La fête chrétienne du dimanche est devenue la conjugaison de deux dimensions: celle du sabbat comme jour de repos après six jours de travail, et celle du dimanche, premier jour de la semaine, jour où nous recevons des paroles qui nous portent tout au long des jours suivants. <§P>

Même si nous faisons la distinction entre le dimanche dont le centre est le culte, et le dimanche comme jour de repos, nous ne saurons séparer ces deux aspects.

Le culte est la contribution de l'Église au dimanche, mais le dimanche est plus que le culte. Inversement: l'invitation à écouter la parole de Dieu et la vivre ne s'applique pas seulement au dimanche.

Source(s) :COURRIER
Date de parution : mars 2000