Décès de France Quéré

 

TÉMOIGNAGE DE BRUNO CHENU (La Croix)

Paris, le 19 avril 1995 - "Etre auprès de Dieu, ça veut dire quoi ?", demandait un jour un groupe d'enfants à France Quéré. Elle répondit : "C'est être tout aimés et tout aimants, dans le coeur de Dieu ". Pour avoir si bien parlé et si bien écrit de l'amour, nous ne doutons pas que France Quéré, décédée ce Vendredi saint après plusieurs jours de coma, ait été accueillie par son Seigneur. Pour les journalistes et les lecteurs de La Croix, elle n'était pas une signature extérieure. Elle était une amie, toujours prête à donner un conseil ou à participer à un débat. Elle faisait partie de la famille de La Croix, et de Panorama.

"Originaire de Montpellier où son père était professeur à la faculté de pharmacie, mariée à un scientifique, physicien et catholique, mère de trois enfants et grand-mère de trois fillettes, France Quéré n'aurait pas apprécié que l'on s'attardât à son itinéraire et à son talent. Mais comment ne pas rappeler quelques-uns des domaines où sa ferveur, servie par une plume d'une rare noblesse, a nourri la réflexion de beaucoup ?

"L'écriture d'abord. En bonne théologienne protestante, France s'est toujours mise à l'écoute de la Parole de Dieu. Et nous l'entendons encore présenter, lors de la dernière réunion du groupe des Dombes, son étude sur "Marie dans les Evangiles de l'enfance". A ce groupe d'homme, elle fit sentir un léger frémissement dans le discours de l'Ange, lors de l'Annonciation. Et aux célibataires, elle inculqua la différence entre enfantement et mise au monde...

"On sait un peu moins que sa facilité pour le grec et le latin avait ouvert très tôt les portes des Pères de l'Eglise. Sa traduction des "Pères apostoliques" fait toujours autorité. "Elle avait d'ailleurs entamé sa carrière éditoriale par une sélection de textes des Pères sur la femme. Tout au long de sa vie, elle a voulu sortir la société et les Eglises de leur regard condescendant à l'égard des femmes. Récemment encore, elle déclarait : "J'aime que le mot Eglise soit féminin, car la mission de l'Eglise est féminine. Les femmes ont vraiment des choses à dire et elles ne sont qu'au tout commencement de leur parole à elles. Parole qui sera parfois, qui est déjà, rude à entendre ".

"Cette parole de femme protestante, elle la faisait retentir au Comité national d'éthique depuis sa création en 1983. Elle a écrit parmi les plus belles pages contemporaines sur la famille. Tous les lecteurs qui ont participé à la croisière La Croix d'octobre 1993 se souviennent encore de sa conférence sur c le sujet. Une heure, debout, sans une note...

"A travers livres et conférences, France Quéré n'a cessé de répéter que la morale évangélique est une morale d'amour. "Dieu est l'Amour et il nous donne vocation d'aimer... L'amour n'est ni une corvée ni un devoir. C'est une immense faveur qui nous fait découvrir que l'on n'existe que par les autres ". Mais elle n'appréciait pas trop que l'Eglise catholique se mêle de l'intimité du couple. Son dernier éditorial dans l'hebdomadaire Réforme témoigne encore de son exigence à l'égard de toute parole officielle, de son souci de prendre en compte la détresse des personnes. "Dès son origine, écrivait-elle, le christianisme poursuit quelque chose de plus grand que la vie biologique, une vie écrite en majuscules ".

"C'est bien en lettres majuscules que France Quéré a gravé en nos coeurs l'amour de Dieu et du frère. N'avait-elle pas intitulé sa prédication du Carême protestant 1994 : "Si je n'ai pas la charité..."

 

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 19 avril 1995