Texte de la Commission du Ministère auprès des malades de la Fédération protestante sur les problèmes de la santé

Auteur(s) : COMMISSION DU MINISTERE AUPRES DES MALADES;FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;

Depuis ces trente dernières années, l'effort tout à fait remarquable de la collectivité nationale, joint au développement prodigieux des techniques d'investigation et des thérapeutiques et à l'existence d'un système exemplaire de protection sociale ont doté la France de structures de soins de haute qualité, à la fois techniques et hôtelières et de structures médico-sociales améliorées.

L'analyse faite depuis trois ans, au sein de la Fédération Protestante de France, du fonctionnement du monde de la santé au cours des dix dernières années nous a conduits à constater que, paradoxalement, l'évolution actuelle de l'organisation des structures médico-sociales risque d'aboutir à un état de crise et de contradictions dont il existe déjà des signes avant-coureurs :

- l'hospitalisation publique et le développement des spécialités ont été privilégiés par rapport aux autres modes d'exercices et de soins médicaux extra-hospitaliers et à la médecine générale,

- la prise en charge des maladies aiguës a été l'objet de plus d'attention que celle des maladies chroniques,

- le médical a été privilégié par rapport au social et les structures d'accueil des handicapés, des marginaux, des vieillards, etc. sont encore insuffisantes,

- la technique efficace et froide tend trop souvent à faire oublier l'importance d'un accueil chaleureux et d'un dialogue. L'accompagnement et l'information des malades et des familles sont parfois insuffisants ou nuls,

- le public est, à juste titre, de plus en plus sensible à ces défauts, mais encore trop souvent, ou passif, ou écarté des instances de réflexion et de décision.

LA FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE RECOMMANDE UNE REELLE CONCERTATION ENTRE SOIGNANTS, PUBLIC ET AUTORITES DE TUTELLE.

Cette crise et ces insuffisances sont aggravées par la récession et la rigueur économiques dans lesquelles nous sommes et qui obligent toutes les autorités de tutelle à envisager des réformes et des choix économiques.
Pour nous, Chrétiens, les problèmes de la qualité de la vie des hommes dans la société sont essentiels.
Parmi les principes fondamentaux de notre foi et de notre éthique qui animent nos vies personnelles et notre action dans notre Société, nous soulignons particulièrement les quatre aspects suivants :

§ l'importance primordiale de l'amour et du respect de la personne,
§ la nécessité d'une justice et d'un soutien pour toutes les pauvretés,
§ l'importance de la responsabilité individuelle et collective,
§ la défense des libertés et des diversités.

Par fidélité et conformité à notre foi et à ces principes, nous estimons juste et nécessaire de faire part des réflexions et suggestions suivantes :

I. AU NOM DU RESPECT DE LA PERSONNE ET DE L'ACCOMPAGNEMENT DES FAIBLES

Les problèmes de la qualité de la vie des hommes nous paraissent essentiels et, particulièrement, lorsqu'il s'agit de ceux qui sont marginalisés, affaiblis, isolés, menacés ou en détresse.

NOUS DISONS DONC QUE DANS TOUTES PERSPECTIVES DE REFORME OU D'AMELIORATION DU SYSTEME DE SANTE, LE RESPECT DE LA DIGNITE DES MALADES ET DES FAMILLES, DOIT, EN TOUTE OCCURENCE, RESTER AU CENTRE DES PREOCCUPATIONS ET DES CHOIX.

Ceci implique concrètement :

a) que l'organisation de l'hôpital et l'activité mieux coordonnée des soignants soient de plus en plus centrées sur la prise en charge globale du malade en tant que personne et non pas seulement sur le traitement de la maladie,
b) que les rigueurs budgétaires n'entament, en aucune façon, la qualité et la sécurité des soins qui sont dues à tous les malades aigus ou chroniques,
c) que l'amélioration de cette qualité des soins doit passer de plus en plus, pas uniquement par le développement technique qui coûte de plus en plus cher, mais aussi par la recherche de tout ce qui peut permettre de mieux accueillir, accompagner, rassurer, informer le malade et sa famille, toutes choses ne nécessitant pas d'investissements lourds.
d) qu'un effort particulier soit fait pour favoriser le retour précoce et les soins à domicile des malades et des vieillards.

NOUS DEMANDONS QUE LES AMELIORATIONS LEGITIMES DES CONDITIONS DE TRAVAIL DES SOIGNANTS (REDUCTIONS D'HORAIRES, CONGES, NOMBRES DE POSTES, ETC.) NE RETENTISSENT EN RIEN SUR LA QUALITE ET LA SECURITE DES SOINS ET LE CONFORT DU MALADE, ET QUE DANS TOUTES REVENDICATIONS, CETTE PREOCCUPATION RESTE PRIORITAIRE.

II. AU NOM DE L'IMPORTANCE DE LA RESPONSABILITE

1. Nous pensons que l'amélioration du système de santé ne passera pas seulement par une simple réorganisation matérielle et administrative des structures, mais par une révolution des mentalités basée sur la conviction d'une responsabilité individuelle et permanente dans l'exercice d'un véritable service et non pas simplement d'un métier.

2. Cette responsabilité et cette conscience professionnelle impliquent à tous les niveaux :

a) un respect et une attention portés, en toute circonstance, à la dignité du malade,
b) le plus haut degré de compétence et de rigueur dans l'exercice des soins, aussi bien infirmiers que médicaux,
c) l'obligation et l'organisation d'une meilleure formation permanente.

NOUS DEMANDONS QU'AUCUN LAXISME NE SOIT ACCEPTE AU NIVEAU DE L'ENSEIGNEMENT ET DE LA PRATIQUE QUANT AU RESPECT DE LA DIGNITE DE LA PERSONNE, QUANT A LA RIGUEUR DANS L'EXERCICE DES SOINS.

3. Les responsabilités devraient être mieux partagées :

Une meilleure éducation pour la santé, le développement d'une politique de prévention, de soins primaires, une meilleure information sur les nuisances, devraient conduire à la prise de conscience accrue du public de sa responsabilité dans la lutte contre la surconsommation des soins.

Collectivement, il nous paraît hautement recommandable que des représentants du public ou d'associations de malades soient de plus en plus partie prenante dans les structures médico-administratives allant de l'hôpital aux Ministères.

Nous savons que la plupart des doléances des malades, des familles public sont dues à un défaut de communication et de dialogue entre soignants et soignés. I1 nous paraît fortement souhaitable que soit réétudié et organisé le projet d'un médiateur ou d'une commission de médiation, non juridique, entre public et soignants, au sein de structures hospitalières.

NOUS DEMANDONS QUE DANS TOUTES STRUCTURES DE SOINS, LES MALADES AIENT UN ROLE EFFECTIF PAR LA VOIX DES REPRESENTANTS DE LEURS ASSOCIATIONS.

III. AU NOM DES LIBERTES ET DU RESPECT DES PLURALISMES

Les malades et le public devraient, de plus en plus, non seulement avoir droit à l'information, mais encore possibilité et liberté de participer aux décisions parfois vitales qui les concernent.

Ceci implique que des comités d'éthique soient développés et comportent, à côté des Soignants, des Administrateurs, des Juristes, des non-Soignants, anciens Malades ou non et des Théologiens ou des Aumôniers.

Les structures de santé ne peuvent se borner uniquement à soigner le corps et ses maladies. La nécessité d'une médecine globale incite à favoriser l'accompagnement du malade, non seulement par les soignants mais par la communauté familiale ou par des tiers non-soignants. A ce titre, la présence dans l'hôpital de bénévoles sélectionnés, formés et reconnus, nous paraît devoir être encouragée et développée. Ces bénévoles sont appelés, non pas à se substituer au personnel des soins, mais à suppléer des déficiences familiales auprès des plus isolés et des plus démunis et à leur apporter une présence, un réconfort et une chaleur humaine.

Les Aumôniers de toutes convictions nous paraissent pouvoir jouer aussi un rôle important d'accompagnement. Tout malade, aussi incroyant soit-il, peut, devant la maladie ou la menace de la mort, avoir besoin d'être accompagné et soutenu dans son angoisse.

A ce titre, il importe que, sous une forme simple et claire, la question de l'appartenance confessionnelle soit inscrite dans le dossier d'entrée, en application scrupuleuse de l'actuelle "loi Informatique et Liberté", et posée à chaque patient hospitalisé en respectant sa réponse.

Les questions juridiques ayant été résolues, des solutions ont été trouvées localement qui pourraient être généralisées.

Il en va de l'exercice réel de la liberté et de la pluralité religieuse et du respect bien compris du droit fondamental de chacun à la pratique de son culte, droit reconnu dans la charte du malade et dans la présence d'Aumôniers agréés dans les hôpitaux.

LA FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE DEMANDE DONC QUE SOIT INSCRITE DANS LE DOSSIER D'ADMISSION (INFORMATISE OU NON) DES MALADES, LA QUESTION RELATIVE A LA RELIGION DU MALADE (1)

NOUS DEMANDONS ENFIN QUE SOIT RECONNUE ET PRESERVEE LA PLURALITE DES MODES ET DES LIEUX DE SOINS ET D'ENSEIGNEMENT INFIRMIER, ENTRE AUTRES PROTESTANTS.

Nous sommes convaincus que le pluralisme des institutions et cette liberté sont source de créativité et d'expérience bénéfiques pour l'ensemble des structures de soins et donc pour les malades.

En conclusion : l'hôpital et les structures de soins ne doivent pas devenir uniquement des "usines à soins" mais des lieux où des hommes et des femmes menacés et affaiblis puissent se restructurer pour une meilleure qualité de vie, grâce à un supplément d'âme et d'amour que tout soignant, digne de ce nom et quelle que soit sa fonction, doit mettre dans l'exercice de son métier.

1) Exemple :
§ "Voulez-vous déclarer une religion ?" oui ---- non ----

§ "Si oui, laquelle ?"

Source(s) : BIP;
Date de parution : 21 septembre 1983