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Déclaration du Conseil de la Fédération Protestante de France, Paris, le 18 septembre 1995

Auteur : FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE

 Au long des derniers mois, dans notre pays comme dans le monde entier, de nombreuses manifestations ont ravivé le souvenir du terrifiant anéantissement des populations d'Hiroshima et de Nagasaki, en août 1945, par les deux premières utilisations de l'arme atomique.

Ces manifestations ont ravivé aussi la prise de conscience des menaces, de plus en plus réelles et surréalistes à la fois, que depuis 50 ans la multiplication des stocks de ces armes et l'accroissement de leur potentialité destructrice font courir à la création.

Dans le contexte de ce temps de mémoire et face à de nombreuses situations internationales et nationales particulièrement préoccupantes, la décision du gouvernement d'une reprise immédiate des essais nucléaires sur l'atoll de Moruroa - interrompus depuis trois ans - nous apparaît déplacée et dangereuse.

Ce qui peut rendre logique une décision - les essais permettant de vérifier la qualification de l'armement - ne la rend pas forcément juste et bonne.

A travers diverses démarches oecuméniques, nos Eglises et Institutions ont fait connaître au Président de la République leur déception et leurs craintes devant cette décision dont malheureusement, la mise en oeuvre vient de commencer. Nous redoutons qu'elle ait pour conséquence de réduire demain les chances d'un réel et décisif engagement collectif et réciproque de confiance de la part de toutes les nations dans la construction de la paix autrement que par la possession de l'arme atomique ou, à défaut, d'autres armes de terreur (bactériologiques, etc...).

Sans entrer dans des débats techniques sur lesquels les experts eux-mêmes sont divisés, la Fédération protestante de France, depuis longtemps et à de nombreuses occasions (en particulier lors des Assemblées générales de La Rochelle en 1983 et de Lille en 1991), a tenu à exprimer sa vigilance en rappelant que la paix et la sécurité ne peuvent pas reposer sur des menaces mettant en jeu les capacités mêmes d'existence de l'humanité. Au nom de l'espérance vivante dans laquelle Dieu porte sa création et notre humanité, nous ne pouvons, nous chrétiens, renoncer à ce rappel.

Nous croyons à la nécessité urgente et aux possibilités de promouvoir chacun et ensemble une autre conception de la paix et de la sécurité inséparables de la justice sociale et économique et du respect dû à tout peuple, toute minorité, toute personne.

Cette conviction nous presse d'entreprendre de la manière la plus réaliste une réflexion théologique, éthique et politique, dans nos Eglises et Institutions, au niveau national comme au niveau européen, sur les conditions et les moyens de la défense et de la sécurité.

Par cette réflexion, nous voulons apporter une contribution à l'initiative et au développement d'un débat public dont nous déplorons l'absence ou les insuffisances.

S'il est des logiques qui conduisent à des impasses, répétant indéfiniment les mêmes rapports de force, nous en portons ensemble la responsabilité dans la diversité légitime de nos opinions. Mais dans cette même diversité, nous portons aussi ensemble la responsabilité d'oser d'autre conduites.

C'est là la contribution nécessaire de notre vigilance spirituelle. C'est là que notre protestation doit devenir proposition.

Source : BIP;1384
Date de parution : 20 septembre 1995