Soins, solidarité, souffrances psychiques

Auteur(s) : FEDERATION DE L'ENTRAIDE PROTESTANTE;ENTRAIDE PROTESTANTE

Les membres de la Fédération de l'Entraide Protestante, réunis en assemblée générale, les 7, 8 et 9 avril 2000, à Saint-Etienne, sont préoccupés par les violences qui affectent la société et qui s'alimentent d'injustices économiques et sociales, qu'ils dénoncent au nom de leur double adhésion à la Déclaration universelle des Droits de l'Homme et à l'Evangile de Jésus-Christ.

Ils s'alarment plus précisément de la multiplication des agressions verbales et/ou physiques que subissent des personnels salariés et des bénévoles dans les milieux où ils pratiquent l'accueil de personnes en souffrance et dans leurs services d'accompagnement et de soins.

Ils s'étonnent des incohérences observées de plus en plus fréquemment dès lors qu'il s'agit de l'admission de personnes particulièrement perturbées, déstructurées, voire malades mentales, qui nécessitent à l'évidence un accompagnement global et coordonné, à la fois sanitaire et social. Les institutions ont une fâcheuse tendance à renvoyer ces personnes d'une structure à une autre, sans véritable concertation, ni passerelle.

Ils s'indignent de constater que pour des raisons d'ordre économique, certaines populations dangereuses pour elles-mêmes et pour les autres soient adressées, en dernier recours, à des structures sociales faiblement dotées et ne disposant pas du personnel suffisant.

Ils n'admettent pas que ces personnes qui souffrent de handicaps, et souvent de troubles psychiques ou somatiques, ne puissent pas faire l'objet de prises en charge lourdes et appropriées et que l'on puisse se contenter de ne plus vouloir pour elles autre chose que de les soustraire à la rue.

Ils se demandent si, ce faisant, on manifeste vraiment le souci de la personne elle-même ou si ces orientations ne procèdent pas d'une volonté de protéger le corps social d'éléments jugés insupportables.

Les membres de la Fédération de l'Entraide Protestante exigent que toute personne obtienne les soins et l'attention que requièrent son état et sa situation, et que les services et établissements sanitaires, médico-sociaux et sociaux appelés à les recevoir soient équipés humainement et financièrement en conséquence des missions qui leur sont dévolues et qui répondent à de vrais besoins.

Ils protestent avec véhémence contre la faiblesse chronique et de plus en plus criante des moyens alloués par les pouvoirs publics pour le fonctionnent - dans les règles et avec les qualifications exigées par ces mêmes pouvoirs publics - de structures animées et gérées par les adhérents de la fédération.

Ils mettent en garde les pouvoirs publics et l'ensemble de la société civile contre les découragements qui se font jour parmi les salariés et les bénévoles, contre la tentation grandissante de sélectionner les publics accueillis, contre les tensions qui vont en s'amplifiant du fait de l'inadéquation ou de l'insuffisance de beaucoup de réponses institutionnelles aux problèmes de l'exclusion et de l'installation durable de beaucoup de personnes dans la marginalité et dans la détresse.

Les membres de la Fédération de l'Entraide Protestante veulent, avec les autres acteurs associatifs, continuer à joindre leurs efforts à ceux des acteurs publics engagés dans le combat de la solidarité et dans la construction de la paix sociale, mais à condition d'être reconnus comme des partenaires exigeants ouverts à la négociation et à l'expérimentation de nouvelles structures plus adaptées, et non comme des prestataires de services dans lesquels il ne retrouvent guère les éléments constructifs de la dignité dont tout être humain est dépositaire.

Saint-Etienne, le 8 avril 2000

Source(s) : FOE FLASH-INFO
Date de parution : 8 avril 2000