Crise de la santé ?

Auteur(s) : COMMISSION DU MINISTERE AUPRES DES MALADES;FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;

document rédigé par la « Commission du ministère auprès des malades» de la Fédération Protestante de France

SOMMAIRE

1. CONSTATS

1 - Le bilan des progrès en médecine
2 - Les conséquences du progrès

A. Augmentation insoutenable des dépenses
B. Les modifications des modes d'exercice dans les professions de santé
C. Conséquences sur les relations entre les soignants, les malades et le public
D. Conséquences sur l'enseignement
E. L'Eglise et le monde de la santé.

II. UN BUT POUR LA MÉDECINE: L'HOMME

1 - Considérations historiques et bibliques
2 - Un regard nouveau sur la santé : l'Evangile

III. PROJET, PROPOSITIONS ET RECOMMANDATIONS

1 - D'une « médecine du corps » à une « médecine de la personne»
2 - Du cloisonnement à la solidarité et à la convivialité
3 - Favoriser l'accompagnement des malades par la communauté ecclésiale

CONCLUSION

Annexe : « Les Problèmes de la Santé

Document remis le 6 septembre 1983 au Secrétaire d'Etat à la Santé.


1. CONSTATS

1 - LE BILAN DES PROGRÈS EN MÉDECINE

Il peut paraître paradoxal de parler d'une crise de la santé à une époque où beaucoup de malades peuvent bénéficier des progrès de la médecine et être protégés ou guéris de maladies qui étaient, il y a encore à peine 30 ans, hors de toute ressource thérapeutique médicale ou chirurgicale efficace. Il est en effet évident que le bilan de l'évolution de la médecine au cours des 50 dernières années est très positif.

Nous en rappelons quelques aspects essentiels. Les progrès et les découvertes en biochimie, en biologie cellulaire, en physique, en électronique, etc... ont permis :

- de préciser les mécanismes physio-pathologiques d'un grand nombre de maladies,

- de mettre au point des investigations biologiques de plus en plus affinées,

d'inventer des méthodes physiques d'exploration de plus en plus précises, et de moins en moins agressives,

de découvrir et de créer de très nombreux nouveaux médicaments de plus en plus actifs et spécifiques.

En même temps les progrès de méthodes de réanimation, de l'ingénierie médicale, de la chirurgie expérimentale permettent maintenant des actes chirurgicaux complexes, efficaces et irréalisables il y a encore peu d'années. On sait aussi qu'il reste des progrès à faire dans beaucoup de domaines, mais que les recherches très actives en immunologie, en biologie cellulaire fine, en génie génétique, en électronique, etc... permettront vraisemblablement d'arriver à mieux lutter contre les maladies aussi redoutables que les lésions cardio-vasculaires, les cancers et les maladies génétiques.

Parallèlement à ces progrès d'ordre scientifique et biologique qui ont doté la médecine de moyens sophistiqués d'investigation et d'armes thérapeutiques puissantes et efficaces, on a assisté à une modernisation et à un développement souvent remarquable des structures hospitalières, à la création de centres de réanimation, de maisons de convalescence et de rééducation, etc...

Le nombre des soignants a crû de façon importante. Le souci d'une meilleure formation, notamment médicale, a poussé à la construction de nombreux centres universitaires de qualité et suscité des recherches de réformes pédagogiques.

La limitation et la sélection récentes des étudiants au début des études, associées à l'augmentation du nombre des enseignants, à la précocité des stages formateurs, à l'amélioration des méthodes pédagogiques et des examens de contrôle contribuent maintenant à un meilleur niveau de formation des praticiens. Enfin, l'amélioration et l'extension du système national de protection sociale ont été tout à fait remarquables.

Tous ces progrès ont donc abouti à une amélioration indéniable de l'efficacité et de la sûreté des soins et de l'égalité de la protection sociale sur l'ensemble du territoire et place la France à un des meilleurs rangs dans le monde, notamment en ce qui concerne la production sociale. Mais pour réellement participer à ces progrès et à l'amélioration de la qualité des soins, il ne suffit plus d'attendre ou de suivre les progrès scientifiques et technologiques. Il est important de ne pas se laisser éblouir et aveugler ou satisfaire par le côté spectaculaire de ces progrès techniques. Il convient d'ouvrir aussi les yeux sur les choses qui ne vont pas au niveau de la vie quotidienne des soignants et des soignés, au moment de l'application concrète des connaissances dans l'exercice des métiers, aussi bien à l'hôpital qu'en ville ou en campagne.

Force alors est de constater, sur de nombreux signes, que le système de santé est paradoxalement, malgré (ou à cause de) ces progrès, arrivé au seuil d'un état de crise, et qu'il est temps de s'interroger. Les questions et les remises en cause sont souvent plus porteuses de solutions et de changements que la satisfaction béate.

La réalité de cette crise est attestée par les mouvements de grève qui ont secoué fortement le corps médical et les étudiants au cours de l'année 1983.

Quelques-unes des causes de cette crise ont été analysées dans le rapport des médiateurs désignés par le gouvernement et publié en août 1983 par le ministère de la Santé et des affaires sociales.

2 - LES CONSÉQUENCES DU PROGRÈS ET LES CAUSES D'UN ÉTAT DE CRISE

Ces causes sont en grande partie des conséquences négatives du progrès. En voici quelques-unes parmi les principales

A. augmentation insoutenable des dépenses,
B. modifications plus ou moins profondes des modes d'exercice,
C. modifications de la qualité de la relation soignant-soigné,
D. difficulté d'adaptation de l'enseignement,
E. retentissement sur le fonctionnement des institutions privées et confessionnelles de soin.

A. La première conséquence la plus évidente est l'inflation galopante des dépenses de santé qui deviennent prohibitives et insoutenables dans la période de récession économique dans laquelle nous sommes.

Tant que le monde occidental connaissait une croissance importante, il était relativement aisé de faire face au développement du système sanitaire et social. La récession ne le permet plus.

Un coup de frein économique est devenu indispensable et il est le premier révélateur d'une partie des maux dont souffre le système de santé.

Cette nécessaire cassure de la courbe des dépenses de santé va obliger à des choix difficiles et il est important de rechercher quels devraient être les meilleurs critères pour ces choix.

La commission estime que le contrôle des dépenses médico-sociales ne dépend pas uniquement de solutions technocratiques, mais aussi de choix d'objectifs et de critères éthiques.

1. Les dépenses d'équipement
ont été très lourdes depuis plusieurs dizaines d'années. Elles ont privilégié la construction d'hôpitaux, pour malades aigus, et de centre de haute technicité dotés de matériels de plus en plus performants et chers. Devant les difficultés économiques, la tentation ne sera-t-elle pas grande de continuer à doter de moyens toujours plus puissants et coûteux les seules structures qui permettent de remettre dans le circuit de la société des malades aigus qui peuvent être rapidement et correctement rétablis et par contrecoup de négliger la prise en charge à long terme des malades chroniques, des handicapés graves, difficilement ré-intégrables dans le circuit économique ?

La commission estime que la récession ne peut justifier une régression de l'importance et de qualité des structures et des moyens qui sont dus aux plus défavorisés que sont les malades incurables, les handicapés majeurs et les vieillards.

2. Les dépenses de fonctionnement ont, elles aussi, continué a croître.

La construction de nouvelles unités de soins, la complexité et la multiplicité des actes d'investigation et des moyens thérapeutiques, le raccourcissement de la durée d'hospitalisation et la croissance numérique des admissions ont nécessité des effectifs soignants médicaux et para-médicaux de plus en plus nombreux et qualifiés.

Les alternatives à cette croissance résident dans un meilleur aménagement d'hôpitaux de moyens séjours et de l'hospitalisation à domicile.

Les progrès de la médecine ont conduit à une augmentation considérable de la «consommation médicale» dont deux des raisons méritent d'être reconsidérées

- premièrement, par souci d'efficacité et de précision, les médecins prescrivent, logiquement, les investigations les plus récentes et les plus sophistiquées et souvent de plus en plus coûteuses.

Bon nombre de ces investigations sont parfois demandées quasi systématiquement, sans que les proscripteurs aient conscience du poids économique de leurs ordonnances et de l'exacte notion du choix de l'examen le plus approprié.

Il a été établi que l'on pourrait réduire, dans les hôpitaux, de moitié les examens de radiologie et les actes de laboratoire, sans que les patients aient à en souffrir. La surconsommation globale d'actes de diagnostic a été estimée à 25 %. Il en est à peu près de même dans le secteur de la médecine de ville.

La responsabilité médicale de cette surconsommation et de ses incidences économiques mérite donc d'être mieux mise en avant au cours des études ou des cycles post-universitaires et les futurs -proscripteurs doivent apprendre à mieux sélectionner les investigations utiles ;

- deuxièmement, cette sélection a cependant une limite et les investigations sont quelquefois pratiquées pour se mettre à l'abri d'éventuelles contestations ou attaques de la part des patients. La réglementation oblige, en effet, le médecin a couvrir sa responsabilité par des preuves matérielles que sont les investigations variées. Le coût de celte sécurité est élevé et peut représenter jusqu'à 15 % de l'activité hospitalière. Ces dépenses n'apportent rien de plus au patient qu'une assurance que le maximum a été fait pour aboutir à un diagnostic exact, et au médecin le sentiment que rien ne pourra lui être reproché. Il est difficile de définir par textes légaux le minimum d'investigation nécessaire au diagnostic des maladies, minimum audelà duquel les médecins ne seraient plus attaquables. La défiance qui peut être entretenue dans l'esprit du public par certains à l'égard des médecins et l'augmentation du nombre des procès ne pourront que renforcer cette surconsommation, à la fois diagnostique et thérapeutique.

Il faudrait faire admettre par le public qu'un luxe d'investigation et que les efforts thérapeutiques les mieux conduits ne mettront jamais à l'abri d'un accident imprévisible ou d'une évolution inéluctable et que l'on peut au contraire prendre des risques inutiles à vouloir trop bien faire. La seule chose inexcusable reste la faute professionnelle caractérisée.

3. Parmi les autres causes de croissance de dépenses de santé, l'augmentation progressive du nombre des sujets âgés est directement liée aux progrès de la médecine. D'autres sont des faits de société directement dépendants d'une insuffisance de la prévention et de l'éducation sanitaire. Il s'agit de l'alcoolisme, du tabagisme, des accidents de circulation, des maladies et accidents professionnels, de l'absentéisme. La France, comme le souligne le rapport des médiateurs, détient là de tristes records.

La commission souligne que dans les choix d'une politique de santé, il serait plus judicieux et actuellement plus efficace de promouvoir, par tous les moyens, une politique d'éducation sanitaire et de prévention.

B. Les modifications des modes d'exercice dans les professions de santé.

Les progrès scientifiques, le développement des structures et un certain laxisme dans le contrôle des études ont conduit à une inflation importante du nombre des médecins et des professions paramédicales. Cette inflation est en elle-même génératrice de surconsommation médicale.

L'ampleur et la complexité de la matière médicale ont conduit à la multiplication des spécialités aussi bien à l'hôpital qu'en médecine dispersée de ville. Le malade est donc de plus en plus appréhendé sous un angle ponctuel et limité, ou pris en charge par des équipes multidisciplinaires dans lesquelles la notion de responsabilité a tendance à se diluer. Beaucoup de médecins sont donc peu entraînés et peu capables de prendre les malades globalement en charge et de rechercher dans des voies autres que somatiques l'origine de certains troubles. L'appréhension affective, psychologique, sociologique, spirituelle de la maladie est alors laissée a d'autres spécialistes après que nombre d'examens ont été pratiqués à la recherche d'une maladie organique.

Les progrès ont conduit à une médecine de plus en plus technique, qui soigne la maladie et non le malade, l'organe lésé et non l'individu. Les malades ont parfois l'impression d'être soignés par des ingénieurs de la médecine. Cette évolution technologique tend à faire perdre de vue la finalité spécifique du métier de soignant qui tient essentiellement dans la qualité du rapport humain avec le malade.

La nécessaire organisation des structures hospitalières, de plus en plus complexes, aboutit à des lourdeurs de fonctionnement et des règles administratives plus ou moins imposées de haut. Elles ont progressivement transformé la vocation primitive d'accueil et d'accompagnement des détresses que doit avoir l'hôpital en un système anonyme, respectueux avant tout des règlements de gestion et de fonctionnement.

Dans le secteur privé le développement de la médecine de groupe aboutit aussi à desserrer l'intimité de la relation et de la responsabilité entre les médecins et leurs malades.

Les réductions d'horaires ont eu comme conséquence une augmentation des effectifs d'infirmiers et d'aides soignants, augmentation parfois insuffisante pour faire face à la réalité du travail hospitalier quotidien. Les conséquences sont dommageables pour les malades, dans la mesure où elles aboutissent à une dispersion de leur prise en charge.

De la disponibilité presque totale, où l'on ne comptait, ni heure ni jour, que nous avons connue dans le domaine sanitaire et social, le balancier est donc allé actuellement trop loin dans l'autre sens. Les conventions collectives, et surtout les avenants successifs ont entraîné un tel morcellement du travail et une telle « valse » du personnel qu'il convient de rappeler que les malades ont le droit de ne pas être soumis à un défilé de trop nombreux visages nouveaux et anonymes.

Un rythme de travail propre au domaine médico-social, différent du rythme de travail des autres services publics ou industriels, doit être trouvé (année sabbatique, retraite anticipée, etc ... ). Cette optique devrait être prioritaire dans les perspectives et les négociations de la réduction du temps de travail.

Cette fragmentation de la prise en charge des malades fait aussi décroître tout à la fois l'intérêt du métier de soignant et le sens de la responsabilité, de l'attention et du rôle thérapeutique que chacun a à exercer.

Tout ceci a contribué petit à petit à modifier et à altérer la conception de la finalité réelle du métier de soignant. Le malaise, les insatisfactions et les inquiétudes qu'ont manifestés récemment les soignants sont liés en partie à cette altération et à cette crise de l'identité.

Pour les médecins, le nombre des praticiens salariés et fonctionnaires a considérablement grandi.

· L'exercice est devenu de plus en plus technique et collectif ;

· le dialogue singulier avec le malade est souvent rendu difficile ;

· le pouvoir et la responsabilité que doit avoir individuellement chaque médecin sont paradoxalement affaiblis par l'organisation hiérarchique des structures hospitalières et par le développement du pouvoir administratif.

. Dans le secteur privé, les jeunes médecins ont souvent des difficultés et des inquiétudes sur leur possibilité d'installation.

. Il existe une tendance à la diminution progressive et globale des revenus qui touche surtout les jeunes générations de médecins et qui est en contradiction avec le surcroît d'effort personnel qu'exige l'apprentissage correct du métier.

. Il existe enfin des incertitudes sur les choix politiques futurs d'une organisation de la profession médicale.

Pour les infirmiers, infirmières, malgré un certain nombre d'acquisitions importantes obtenues ces dernières années (nouveaux statuts, amélioration de la formation) le malaise subsiste aussi.

L'infirmier(ère) ne veut plus être, ni une bonne à tout faire, ni le simple exécutant des prescriptions médicales, rôle que la pénurie persistante et le renouvellement incessant des effectifs contribuent à perpétuer.

Les relations avec les autres soignants restent encore trop souvent difficiles et peu satisfaisantes, d'autant que ces relations et leur rôle varient assez considérablement selon le lieu de leur travail (hôpital, salle d'opérations, soins aux personnes âgées, hospitalisation à domicile ou exercice privé ... ).

Dans ces conditions diverses, le caractère spécifique commun de leur action est d'être physiquement et moralement impliqué dans la lutte que le malade a à mener contre la maladie. Il s'agit d'une qualité particulière de présence et d'action que les médecins ne peuvent pas réellement assumer.

De ce fait, les infirmiers(ères) ont pris conscience d'avoir à jouer le rôle difficile de médiateur entre deux mondes : celui de la technique et celui de l'humain. Ils sont en effet placés entre les malades qui réclament des explications, qui font part de leurs inquiétudes et de leurs angoisses, et les médecins qui attendent d'eux (infirmiers/ières) ce complément d'information ou de confidences que taisent certains malades à leur égard. Les soignants sont donc placés au niveau difficile de l'action, de l'écoute, de l'interprétation et de la traduction ; leurs paroles et leurs gestes sont intimement liés et complémentaires. Ce rôle de soignant est désormais bien analysé et enseigné dans bon nombre de centres de formation, mais il est par contre beaucoup plus difficile à jouer pleinement dans l'exercice quotidien des fonctions. La crise et l'insatisfaction des soignants résident en partie dans ce décalage entre l'enseignement et la réalité. C'est dans la mesure où ce rôle et cette identité de médiateur s'affirmeront que le malaise aura tendance à se résorber individuellement et collectivement.

Une autre cause de malaise et de tension, surtout en milieu hospitalier, est liée en partie à une évolution sociologique des mentalités et à des lacunes de l'enseignement.

Tous les soignants, médecins et surtout infirmiers(ères) sont confrontés en permanence aux problèmes de la souffrance et de la mort. Or, tous les progrès médicaux et chirurgicaux visent à guérir des malades, à combattre la souffrance, à ralentir le vieillissement et donc aussi à reculer les limites et l'échéance de la mort. De ce fait, aussi bien pour des raisons médicales que culturelles, la mort n'est plus vécue comme un phénomène naturel, mais comme un échec au terme d'un combat où les soignants ont investi le maximum de leurs efforts. Cette tension est d'autant plus mal supportée que médecins et infirmiers(ères) sont encore insuffisamment préparés à les vivre psychologiquement et spirituellement.

C. Conséquences sur les relations entre les soignants, les malades et le public.

Le public a progressivement pris conscience des progrès de la médecine et acquis, grâce aux informations, souvent un peu trop spectaculaires diffusées par les mass-média, la conviction que la médecine est quasiment omnipotente. Ceci a modifié la perception et les attitudes devant la maladie et même la mort.

Le premier réflexe, surtout devant une maladie grave, est le recours confiant et plein d'espérance aux structures de soins. Cette espérance de guérison est effectivement de plus en plus comblée. Malgré cette puissance et cette efficacité indéniables de la médecine, il persiste encore des motifs d'insatisfaction et de récrimination du public et des malades. Les échecs sont paradoxalement facilement soupçonnés d'être liés à des fautes ou insuffisances professionnelles, d'où la fréquence accrue des procès.

1. Dans le secteur hospitalier, un malade peut facilement avoir l'impression d'être sur une planète inconnue, au milieu de gens neutres ou indifférents, parlant un langage inintelligible.

Les soignants donnent encore trop souvent l'impression d'être tout puissants, d'avoir un droit quasi absolu de choix et de décision pour accomplir des actes plus ou moins agressifs et inquiétants. Les explications et les discussions avant prise de décision ne sont pas toujours claires ou suffisantes.

Le public et le malade supportent de moins en moins bien, de la part des soignants, la non-communication ; le silence médical est ressenti comme une véritable frustration. Le type de relation dominant dominé apparaît comme périmé et insupportable. Bon nombre de médecins ne sont pas encore prêts à supporter que leurs décisions ou propositions soient discutées et encore moins contestées par les malades ou le public.

2. Dans le secteur privé, la relation reste toujours plus facile et directe ; mais devant l'hétérogénéité des praticiens, la confiance indispensable peut être difficile à établir : qui choisir ?, qui croire ?,à qui demander le bien-fondé d'explorations ou la qualité d'un spécialiste ?

Cette incertitude du public incite à souligner à quel point la promotion et la formation la plus solide possible des généralistes sont importantes.

3. Dans les deux secteurs, un bon nombre des insatisfactions viennent de l'incapacité de beaucoup de médecins à prendre en charge les maladies psychosomatiques, avec leur cortège de dépressions et d'angoisses, ce mal-vivre contemporain.

Autres constatations, l'évolution des mentalités et des moeurs dans le domaine de la sexualité et de la conception, liée là encore au progrès de la connaissance et de la thérapeutique, a fait que les médecins habituellement proscripteurs deviennent parfois les simples exécutants de choix faits par des sujets qui ne sont pas des malades. Le registre du dialogue a changé et il persiste alors souvent la confrontation, voire l'opposition entre deux éthiques, celle du malade et celle du praticien.

Sur ces questions qui touchent notamment aux fécondations artificielles, il apparaît fondamental que des comités d'éthique soient mis en place et comportent des médecins mais aussi des représentants du public, des sociologues, des juristes, des théologiens, etc...

Un dernier aspect de la relation soignant-soigné intéresse l'organisation des structures hospitalières qui restent encore trop souvent impersonnelles, peu accueillantes, quasi déshumanisées, où plus personne n'est directement responsable. Ces structures en arrivent à être contestées et critiquées par le public.

La commission estime qu'il conviendrait de réinsérer l'hôpital et les autres structures sociales dans le tissu local et régional. Certes, il faut que l'ensemble de la politique de la santé soit appliqué sur le pays entier, mais l'hôpital, au sens large du terme, a une fonction sanitaire et sociale et ne devrait donc pas être un organisme technocratique dirigé par un centralisme lointain.

Il est indispensable qu'une partie des responsables de l'hôpital reste des citoyens de la cité ou de la commune et que de la sorte le public ou des représentants des malades aient leurs mots à dire sur son organisation. Il paraît souhaitable à ce titre que le projet de mise en place de médiateurs dans les structures hospitalières soit de nouveau étudié.

D. Conséquences sur l'enseignement

Le malaise de l'enseignement médical est attesté par les processus de réforme engagés depuis plus de cinq ans et par les mouvements d'étudiants et d'enseignants. La matière médicale est devenue surabondante, hors des capacités normales de mémorisation. La technique sous tous ses aspects est devenue très complexe. Les études se sont allongées de 7 à 11 ans. Les programmes sont considérablement alourdis et l'écart entre spécialiste et généraliste s'est progressivement creusé.

L'enseignement hospitalo-universitaire met encore trop l'accent sur la pathologie aiguë et organique, sur les maladies rares, sur les technologies les plus poussées et pas assez sur les affections et troubles moins graves mais plus fréquents, sur les désordres psychosomatiques, sur les maladies chroniques, sur la prévention et l'éducation sanitaire. Le fossé entre cet enseignement de grande technicité et la réalité de la pratique de médecine générale s'est donc agrandi.

Il paraît donc indispensable de recommander un ré-équilibrage du programme des études médicales qui fasse une part plus grande à l'apprentissage des soins aux malades chroniques, aux vieillards, etc...

Il faut sensibiliser, au cours des études, les futurs praticiens et infirmiers(ères) à ces dimensions particulières de l'exercice professionnel qui sont :

- la prise en compte des données psycho-sociologiques des patients,

- l'écoute attentive de ses demandes à travers ses réponses et ses symptômes,

- une réflexion sur le comportement thérapeutique qui passe, certes, par la prescription mais aussi par le dialogue.

On ne peut plus se priver de ces attitudes très importantes sur le plan de l'efficacité thérapeutique de la relation et qui sont, de plus, économiques.

Au terme de ces analyses des causes du malaise en médecine, il paraît important de souligner que dans la nécessaire réorganisation du système de santé, motivée par des impératifs économiques, l'amélioration ne doit pas passer par une vision essentiellement technique et matérielle de plus en plus onéreuse, mais par le choix de solutions qui visent à favoriser l'humanisation et l'amélioration de la relation et de la communication dans l'ensemble du système.

Les efforts devraient porter beaucoup plus à l'avenir sur une meilleure prise en charge globale des malades et en particulier des malades chroniques, des handicapés et des vieillards, et sur la lutte, par l'éducation sanitaire et la prévention contre les grands pourvoyeurs de troubles et de dépenses que sont l'alcoolisme, le tabagisme, les accidents de circulation et du travail...

Il est donc globalement urgent de faire des choix d'orientation pour l'homme et de rappeler que si la technique est importante, elle ne doit pas être facteur de déshumanisation.

E. L'Eglise et le monde de la santé

Un autre partenaire dans le monde de la santé est assurément l'Eglise. Historiquement elle a toujours été partie prenante dans l'organisation du système sanitaire et social.

Aujourd'hui encore, elle gère plus ou moins directement nombre d'établissements de soins ou du moins nombre d'établissements ayant maintenu une étiquette confessionnelle et qui, pourtant, ressentent une nette crise d'identité. Pour des raisons gestionnaires, ils sont obligés de s'ouvrir à tout vent et l'Eglise peut de moins en moins y exercer sa mission régulatrice et sa fonction inspiratrice. Pourtant l'Eglise n'est pas encore évincée de l'hôpital public du fait de la présence des aumôniers. Peut-être pas pour longtemps car de plus en plus on leur conteste sa raison d'être, lui accordant la charge nautonière de Charon. D'ailleurs maintenant, on met l'accent plus sur l'équipe chargée de cette responsabilité (aumônerie) que sur la personne qui l'assume (l'aumônier). L'aumônerie n'assure pas seulement un trait d'union entre les Eglises et leurs membres. En accueillant les malades par une présence aimante et par le rappel de la troisième dimension, la Présence du Dieu vivant, elle introduit un espace de liberté, rompt la solitude du patient, le traitant comme une personne humaine et non plus comme un cas médical dûment inventorié, géré et « informatisé ». En cela elle interpelle les soignants et l'administration hospitalière.

Enfin, par sa présence plurielle (car il doit y avoir dans tout établissement plusieurs aumôneries, aucune n'ayant un monopole), elle manifeste le droit à la différence et le respect du pluralisme. Une saine laïcité et une véritable démocratie n'ont pas d'autres fondements. Il est donc très grave que l'Institution hospitalière ne permette pas ou ne donne pas les moyens (ce qui revient au même) de signaler les religions. C'est une atteinte à l'esprit démocratique et laïque qui n'est pas le nivellement ou le gommage d'opinions diverses mais leur reconnaissance sans discrimination. Enfin cette présence plurielle n'est pas concurrentielle ni conflictuelle ayant un point de convergence, l'intérêt du malade.

L'aumônerie appelle donc un cheminement oecuménique pour les chrétiens, la découverte de l'autre pour les non-chrétiens, épreuve salutaire de vérité pour tous.

II. UN BUT POUR LA MÉDECINE : L'HOMME

La crise de la santé est une réalité dont les difficultés de la sécurité sociale sont l'expression financière et la déshumanisation des soins la conséquence éthique.

On pense communément que c'est le développement même de la médecine et plus généralement du système médico-social occidental qui, pour avoir dépassé certains seuils critiques, est devenu le principal obstacle au but qu'elle s'était fixée, à savoir : la santé de l'homme.

La commission du ministère auprès des malades estime qu'il faut aller plus loin. La question du « surdéveloppement » médical et médico-social trouve sa source ailleurs : dans la conception même de l'homme à soigner. Nous voudrions donc nous interroger sur l'évolution de la conception de l'homme (anthropologie) qui a permis le surdéveloppement conduisant à la crise.

Cette question à propos de l'homme concerne l'Eglise de manière particulière. Dans les siècles passés, elle a toujours été partie prenante dans l'organisation du système sanitaire et social ; aussi sa responsabilité est-elle engagée de façon importante dans la crise que nous connaissons.

Quelle manière de comprendre l'homme trouve-t-on à la base du développement médico-social actuel ? Sur quelle connaissance de Dieu cette vision de l'homme repose-t-elle ?

La commission du ministère auprès des malades a étudié cette question dans une perspective historique et pratique dont elle tire les réflexions suivantes.

1 - CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES ET BIBLIQUES

Notre pensée médico-sociale occidentale puise à deux sources : l'une se situe à Athènes, l'autre à Jérusalem.

a) L'HERITAGE GREC

Nous sommes pour une part héritiers d'une tradition dont le berceau est la Grèce antique du siècle de Périclès.

L'effort d'objectivation est le moteur principal de sa pensée. L'être humain qui avait été conçu pendant des millénaires, comme dépendant, corps et âme, des « esprits » est ramené par Hippocrate aux dimensions de la terre, ou mieux de la « nature » (Phusis). La nature apparaît à travers ses écrits comme le mot clé de sa pensée. La santé et la maladie sont donc à étudier avec les mêmes méthodes que les autres phénomènes de la nature. Quittant le domaine de la magie, la maladie entre dans le domaine del'observable et du compréhensible. Dans l'ère magique le malade était sous l'emprise de forces néfastes : il « était » malade ; avec l'avènement de la pensée rationnelle, il « n'est plus malade », il « a » une maladie.

Le « devoir médical » (déontologie) est le second grand héritage transmis par la Grèce antique à la médecine moderne. Le Serment d'Hippocrate en est l'expression. Le principe qui guide la morale professionnelle d'Hippocrate tient en ceci : les lois de la nature qui sont raisonnables, concourent aussi au BIEN de la vie qui a sa source dans la nature même. Trouver les lois de la nature par un effort de l'intelligence, tel est le but de la science, les respecter est le devoir raisonnable du bon médecin.

Il n'y a pas de faute et à fortiori pas de péché dans une telle perspective ; il n'y a que des erreurs dues à un manque de savoir.

La troisième voie esquissée dans l'oeuvre d'Hippocrate, la voie de la mystique, c'est-à-dire celle où l'homme cherche à atteindre l'union spirituelle avec l'univers, n'apparaît plus comme un élément dominant dans la médecine moderne.

b) L'HERITAGE BIBLIQUE

Chrétiens, nous sommes héritiers d'une tradition qui commence historiquement avec le renoncement d'Abraham à son pays. Pour répondre à un appel personnel, il sacrifie l'essentiel de ses biens et s'engage sur la route de la promesse et de la foi dont le dynamisme fondamental n'est pas un avoir ou un savoir mais une « espérance ». Ainsi, la caractéristique d'Israël sera sa religion ; elle est pour l'essentiel rupture avec les dieux et les démons et proclamation de l'unicité de Yahweh son Dieu vivant.

Sur le plan de la santé, l'Ancien Testament affirme souvent et avec force que Yahweh est le maître de toute maladie et de toute guérison. C'est lui le guérisseur du peuple. C'est lui qui rend la santé, il est le médecin d'Israël. Ce n'est donc pas sur la maladie que les « écrits bibliques » apprendront quelque chose au médecin moderne, mais sur « l'homme malade » que Dieu appelle à vivre et à être avec lui.

Ainsi le rejet de la médecine magique (qui rappelle en partie la démarche d'Hippocrate) aboutit à une conception de la santé où l'homme est tout entier dans la main de Dieu ; ceci est la première caractéristique léguée par l'Orient biblique à la pensée médicale occidentale. La seconde réside dans sa manière très particulière d'aborder le mystère de la souffrance humaine.

La lecture du psautier, de Jérémie et de Job, nous dévoile d'une façon saisissante toutes les nuances de la souffrance de l'homme. Le souci, l'angoisse, le chagrin, la crainte, le sentiment d'abandon, le doute, l'accablement, la persécution, la révolte, tous ces mots traduisent la richesse du vocabulaire hébreu pour décrire la souffrance.

Dans cette perspective la maladie peut certes engendrer la souffrance mais la souffrance ne se réduit pas à la maladie, elle l'inclut et en même temps la dépasse ; maladie et souffrance deviennent porteuses de sens : parce que Dieu s'attache à l'homme qui souffre, je peux saisir à partir de « ce que j'ai » et de ce ce que je ressens ", ce qu'en définitive « je suis », devant Lui, avec Lui.

La troisième caractéristique spécifique à la pensée Judéo-Chrétienne dans le domaine qui nous intéresse est d'avoir saisi puis développé dans ses dernières conséquences, l'inadéquation du lien entre souffrance et châtiment, entre maladie et péché.

C'est Job qui a le plus radicalement remis en question la relation nécessaire entre la faute et la souffrance suscitée par la maladie. En évoquant, à l'issue d'une très longue tension intérieure, la possibilité de la souffrance d'un homme juste devant Dieu, il ouvre une voie qui culminera dans le sacrifice du Christ par amour pour l'humanité pécheresse.

Quelles sont les implications de ce thème du juste souffrant ?

Il présuppose que le mal, dont l'homme souffre, n'a pas seulement son origine en lui-même, mais se situe aussi, bien au-delà, dans un combat entre Yahweh et Satan, entre le Créateur et le destructeur, entre Dieu et le diable (le diviseur). Job, la foi de Job, est l'enjeu de ce combat, qui tout en le concernant, le dépasse. Mais voici qu'au sommet de ce combat, vécu comme la souffrance la plus cruelle, surgit une donnée toute nouvelle : l'homme n'est pas seul ; quelqu'un défend sa cause, un sauveur se présente qui combat à ses côtés et pour lui. Ce sauveur que Job a pressenti devient le centre du Nouveau Testament. Aussi, les guérisons accomplies par Jésus sont-elles toujours présentées comme un signe traduisant la victoire du Christ sur la puissance du mal et la mort. La santé, retrouvée, devient la manifestation visible du salut rendu possible par l'intervention d'un sauveur, qui, par amour pour l'homme, vient lutter dans la même chair, à sa place, et avec lui. Il suscite sa propre dynamique d'homme lorsqu'il lui dit : " Veux-tu être guéri ? »

Le sacrifice volontaire et libre consenti du Rédempteur est nécessaire pour que la vie triomphe définitivement sur la mort.

***

L'idée grecque et la conception biblique de la santé ont cohabité pendant des siècles.

La chapelle se dressant au milieu de l'hôpital, la soeur garde-malade omniprésente dans son service, apparaissent à la fois comme vestige et comme symbole de cette promiscuité séculaire. Aujourd'hui, celle-ci est devenue caduque.

Malgré les tentatives historiques de synthèse entre la pensée médicale d'origine grecque et la conception biblique de l'homme, malgré la fécondité de leur rencontre dont le système hospitalier occidental est sans doute le plus beau fruit, il devient évident que notre concept de santé et de maladie est éloigné de la vision judéo-chrétienne de l'homme. Le processus de sécularisation qui atteint toutes les oeuvres hospitalières d'origine confessionnelle n'en est qu'un signe.

Sachant que ces présupposés culturels changent et que ces données de base ne sont plus communément admises, il y a lieu de rechercher les répercussions de ces transformations sur les structures du système hospitalier, de la recherche médicale, de l'aspect social des problèmes de santé, et de notre condition d'homme.

2 - UN REGARD NOUVEAU SUR LA SANTÉ : L'ÉVANGILE

Comment nous situer dans notre monde pluraliste et matérialiste ? Comment analyser les causes de la crise de la santé, sinon en fonction de la crise de la définition de l'homme ?

Qui est cet homme selon l'Evangile ?

Communément on le réduit à deux composantes: l'âme (l'élément de choix et le siège de toutes les fonctions psychiques) et le corps (« frère âne »). La Bible, elle, ignore la dualité « corps-âme » et leur opposition ; elle connaît dans son unité, la « personne », à la fois âme incarnée et corps animé.

D'autre part, elle voit l'homme comme un être multirelationnel : l'homme est vraiment vivant, n'accomplit sa destinée qu'en relation avec l'autre, ou d'autres, et avec cet Autre qui est Dieu lui-même.

Pour les Chrétiens, ces deux relations se nouent et communient dans la personne de Jésus-Christ.

La Bible révèle enfin ceci : l'homme d'hier, d'aujourd'hui, de demain, l'homme de toujours, n'est pas indemne; l'âme, le corps, la relation aux autres et à Dieu sont atteints dans une condition de rupture. C'est ce que la Bible appelle le « péché ». Il contamine la création entière.

C'est là, au sein de ces multiples ruptures, que l'Evangile (la Bonne Nouvelle) dévoile dans la personne de Jésus, le projet de rédemption de Dieu, projet global, concernant aussi bien la personne humaine que les collectivités et l'univers. Cette guérison est réalisée par la mort et la résurrection de Jésus.

Voilà pourquoi il nous semble fidèle de parler de la « médecine de la personne » - de la « médecine globale » - de « soins préventifs et curatifs » pour l'individu comme pour la collectivité. La foi en Jésus-Christ ressuscité introduit, dès ici-bas et en pleine situation de détresse et de mort, un secours, une perspective de rédemption et une espérance que personne, ni le monde, ni la nature, ne peuvent procurer dans le présent ou l'avenir.

Pour arriver à cette fin dernière, Dieu a donné à l'homme une intelligence à faire valoir pour le bien de la création et de lui-même. La médecine est ce savoir-faire de l'homme pour contribuer à sa guérison (âme, corps, relation). Dieu a fait plus encore. Après le ministère de guérison de Jésus, le Christ, l'Eglise a le pouvoir d'être une communauté porteuse de guérison, de signifier aux malades leur délivrance, d'attester leur réconciliation avec Dieu, de les appeler par la foi à l'espérance qui transcende le temps.

- Aussi l'Eglise est appelée à accompagner le malade (rupture de la solitude), à renforcer la prestation des soignants et à collaborer intimement à l'oeuvre de Dieu par sa vie cultuelle, sacramentaire et priante ; c'est pourquoi il nous apparaît que l'Eglise ne peut délaisser ni gaspiller les moyens de grâce dont elle dispose. Surtout ceux qui sont destinés aux souffrants (onction d'huile, imposition des mains, prière d'intercession). C'est aux bien-portants qu'incombe cette mission de miséricorde. L'Eglise a un ministère de guérison.

Les soignants, consciemment ou inconsciemment, font partie intégrante de cette mission quand ils appliquent tout leur savoir et leur technique au bien de l'homme souffrant. C'est à l'Eglise d'en témoigner auprès d'eux afin que par la foi ils accèdent au sens profond de leur motivation et au sens dernier de leur métier. Un métier peut devenir vocation dans la mesure où il y a réponse claire de l'homme à l'appel de Dieu.

III. PROJET, PROPOSITIONS ET RECOMMANDATIONS

La commission du ministère auprès des malades propose quelques orientations :

1 - Passer réellement d'une conception de « médecine du corps à une médecine de la personne ».

2 - Aller vers le décloisonnement, la solidarité, la convivialité.

3 - Favoriser l'accompagnement des malades par la communauté ecclésiale et par les aumôniers.

1 - D'UNE CONCEPTION DE « MÉDECINE DU CORPS A UNE CONCEPTION DE «MÉDECINE DE LA PERSONNE »

Dans le monde qui nous entoure, les causes de mauvaise santé sont multiples. Avec la conférence missionnaire mondiale réunie à Melbourne en 1980, nous reconnaissons que des systèmes politiques et économiques oppressifs, peuvent abuser de la force des hommes et engendrer l'insécurité, l'anxiété, la peur et le désespoir.

Pour notre pays, nous proposons un choix d'orientation vers une médecine qui relève d'une éthique privilégiant l'homme, dans sa globalité, sa responsabilité, son besoin de relation et de communication.

Afin que l'homme en tant que personne, et que les groupes sociaux puissent vivre dans des conditions optimales de santé, nous demandons que soit mise en place une «politique de la santé» qui vise à améliorer l'environnement, les conditions de vie de travail, de loisirs, et que soit réellement privilégiée une médecine de prévention.

Dans cette perspective, nous demandons que les systèmes de dépistage, d'information, d'éducation soient développés dans le sens d'une plus grande efficacité grâce à des moyens revalorisés, par rapport aux moyens jusqu'alors réservés aux seuls aspects curatifs et techniciens de la médecine.

Nous croyons que cette efficacité ne sera réelle que si l'on s'engage vers une prise en charge plus responsable de la part des citoyens, et en particulier des chrétiens protestants.

Cette prise de responsabilité dans le sens du développement d'un esprit de santé communautaire, et de soins communautaires, devrait être le moteur et le fruit d'une plus grande concertation entre les utilisateurs, les professionnels de la santé, les élus ; elle devrait aussi aller jusqu'à la prise de décision et la gestion partagée de certaines actions éducatives et préventives, au niveau des communautés locales et des institutions publiques et privées.

Pour que se réalise, dans les faits, une vraie médecine de la personne, nous pensons que les systèmes de soins doivent être repensés, voire redistribués : le pivot central autour duquel et pour lequel les systèmes de soins doivent s'organiser, c'est bien l'homme - sujet de ses soins. Cette conception suppose un déplacement des centres d'intérêt (des objectifs et des moyens) vers le malade, la personne handicapée, la personne âgée,redonnant leur juste place aux intérêts personnels ou corporatifs des professionnels de la santé (corps médical - personnels de soins divers - travailleurs sanitaires et sociaux).

Nous croyons que l'évolution vers la médecine sociale, les cabinets de groupe, les centres de soins, peuvent être un bon moyen de libérer du temps pour les praticiens, afin de se rendre disponibles pour l'écoute et la relation avec les malades. Nous savons que le partage des compétences, le travail d'équipe, la responsabilité collective sont des facteurs d'amélioration de la qualité des soins, et de la qualité de vie des professionnels de la santé eux-mêmes.

Le retour à une « médecine généraliste » plus « globalisante » nous paraît devoir éviter aux malades les efforts d'une médecine organiciste, hyper-spécialisée, n'appréhendant que difficilement l'ensemble des problèmes de santé, leurs diverses causes et répercussions sur l'individu et sa famille.

Nous demandons que les institutions hospitalières, publiques et privées, s'ouvrent plus largement aux familles, que les utilisateurs soient invités à participer aux commissions diverses et que la concertation s'instaure réellement entre soignés et personnels de ces institutions.

Comme beaucoup d'autres, nous recommandons la mise en place et le développement de structures de soins extra-hospitalières, soins à domicile, hospitalisation à domicile, centres de santé, d'hygiène alimentaire, etc.

Afin que soit réalisée une médecine de la personne, la commission affirme que la formation des médecins et des soignants revêt une importance capitale et qu'elle doit porter sur une formation humaine et éthique, au même titre que la formation scientifique et technique.

La commission rappelle la richesse de la pluralité des institutions de formation et invite les centres de formation protestants à se montrer créatifs, initiateurs de projets, attachés à l'épanouissement des jeunes, et à la formation continue.

Sur un plan pratique, les membres de la commission insistent pour que le nombre de praticiens des différentes catégories (dans le secteur sanitaire et dans le secteur social) soit suffisant, pour que la sécurité et la continuité des soins soient garanties, quelles que soient les mesures prises pour l'amélioration des horaires de travail des personnels.

2 - DU CLOISONNEMENT A LA SOLIDARITÉ ET A LA CONVIVIALITÉ

Les professionnels de la santé, les utilisateurs manquent de liens et de moyens de communications, aussi la Fédération Protestante appelle-t-elle les croyants à s'impliquer, à militer pour que se créent de véritables équipes de soins, au service des malades et à valoriser le service bénévole et la diaconie auprès des malades, des handicapés, des déshérités. Ceci sans se substituer aux professionnels, mais « en complémentarité humaine » avec ces derniers, dans un souci d'accompagnement de ceux qui sont, pendant un temps plus ou moins long, en rupture de leur état de santé.

La formation de volontaires, membres des Eglises, suppose une réflexion théologique claire sur leur rôle spirituel, et une référence permanente à l'Evangile. Cette formation serait à faire au niveau régional ou national. Des stages communs de visiteurs de malades, issus des différentes Eglises associées à la Fédération Protestante seraient l'occasion de manifester concrètement leur unité.

Nous proposons que soient mises en place des commissions d'éthique, où la voix des utilisateurs puisse être entendue, et que les protestants s'y engagent dans le respect de la liberté et de la pluralité des convictions.

De même, nous insistons pour que des médiateurs soient mis à la disposition des malades et des familles, afin de résoudre les problèmes de communication et d'information qui peuvent exister dans certains services.

3 - FAVORISER L'ACCOMPAGNEMENT DES MALADES PAR LA COMMUNAUTÉ ECCLESIALE ET PAR LES AUMONIERS

En effet, tout malade, aussi incroyant soit-il, peut, devant la maladie ou la menace de la mort, avoir besoin d'être accompagné et soutenu dans son angoisse par un aumônier et les membres de sa communauté.

L'aumônerie «plurielle» est un lien et un lieu de rencontre d'un pluralisme à respecter dans des institutions de soins. Il importe que l'organisation hospitalière donne aux aumôniers la possibilité d'exercer leur ministère d'accompagnement, en signalant la religion des malades (en particulier pour les minorités).

La Fédération Protestante a renouvelé cette demande auprès du Secrétaire d'Etat à la Santé (cf. document annexe) insistant sur son attachement au respect de la liberté des croyants et des non croyants.

Elle considère que reconnaître une dimension spirituelle aux soins donnés à une personne ne saurait être considéré comme un non respect de la liberté individuelle, mais s'intègre dans l'offre d'une réponse adaptée aux personnes.

La commission du ministère auprès des malades rappelle par ailleurs aux paroisses la nécessité de signaler les malades et d'exercer elles-mêmes ce ministère auprès de ceux-ci, afin que tous conservent les liens qui les unissent à leur communauté religieuse et que l'expression de leur foi leur soit accordée dans le temps de leur maladie, et à l'approche de la mort.

L'accompagnement revêt plusieurs dimensions, il vise essentiellement à faire en sorte que la personne malade puisse retrouver son identité personnelle et donc se sache considérée dans la pluralité de ses relations à soi-même, à son entourage, à son Dieu.

Un tel accompagnement, selon l'Evangile, est d'abord l'affaire du Seigneur lui-même, dont nous croyons qu'il est secrètement, ou de manière plus explicite, présent dans les relations de soins, dans les visites. C'est aussi, l'affaire des soignants et celle des visiteurs de l'aumônerie.

Pour les uns, comme pour les autres, il s'agit selon des modalités « opératoires » diverses, d'être une présence de vie ponctuelle ou durable, signe de la présence du Vivant, signe d'espérance, signe de la communion des croyants. Signes qui, au milieu des questions qui se bousculent, favorisent peut-être chez le patient, « une réponse de santé », une « réponse de vérité ».

La commission croit à la responsabilité de l'Eglise quant à la proclamation de la Parole, à l'écoute de celle-ci, à sa mise en action, à sa circulation en actes et en paroles, dans le monde de la santé.

Les membres insistent sur la force de soutien des malades par une communauté de prière, et du soutien des soignants et de l'aumônerie par toute l'Eglise.

Devant l'urgence et la multiplicité des problèmes éthiques, qui se posent dans le monde des soins, la commission demande que, dès la catéchèse des jeunes, soit abordée une réflexion sur les questions que posent à notre foi la souffrance, la maladie, la folie, la mort, la vie, la guérison.

Qu'une telle réflexion biblique, spirituelle, éthique soit poursuivie avec tous dans la communauté dispersée dans les divers lieux de vie, de soins, dans les paroisses.

Que les questions de santé et d'accompagnement des malades soient mises au programme des facultés de théologie et s'accompagnent de stages de formation dans les institutions sanitaires.

CONCLUSION

Avec ses modestes moyens, la commission a cherché à cerner quelques-uns des multiples aspects du dossier « Santé » dans notre pays.

Elle est arrivée à la conclusion que la finalité de la médecine n'est pas seulement la prise en charge de l'homme souffrant, mais qu'elle consiste à favoriser, autant que faire se peut, la prise en charge de l'homme par lui-même, en lui aménageant des espaces où sa responsabilité, sa liberté et sa foi peuvent se vivre.

La commission pense que l'Eglise doit entendre l'interpellation de ses membres et être le stimulateur pour une interpellation permanente des pouvoirs publics, des Communautés, des Associations, des hommes au service de la personne dans sa globalité.

La commission a volontairement laissé de côté les problèmes de la psychiatrie et de l'industrie pharmaceutique. Ces deux domaines auraient nécessité à eux seuls des analyses très complexes des structures et des conceptions, analyses hors de la compétence et des capacités d'enquête des membres de la commission.

Ont participé à la rédaction du document:

Pasteur H.L. de Bieville ;
Mme Devaux-Charbonnel;
Docteur Madeleine Farelly;
Pasteur Roger Guibal ;
Pasteur Robert Heilmann ;
Professeur Etienne Martin ;
Pasteur Bertrand Meyer ;
Pasteur lan Muir ;
Docteur Othon Printz ;
Mlle A. Parrot ;
Pasteur Gérard Ruckwied ;
Pasteur Jules Thobois ;
Pasteur Alfred Westphal ;
Pasteur François Rochat.

Annexe

Les problèmes de la Santé

Depuis ces trente dernières années, l'effort tout à fait remarquable de la collectivité nationale, joint au développement prodigieux des techniques d'investigation et des thérapeutiques et à l'existence d'un système exemplaire de protection sociale ont doté la France de structures de soins de haute qualité, à la fois techniques et hôtelières et de structures médico-sociales améliorées.

L'analyse faite depuis trois ans, au sein de la Fédération Protestante de France, du fonctionnement du monde de la santé au cours des dix dernières années nous a conduits à constater que, paradoxalement, l'évolution actuelle de l'organisation des structures médico-sociales risque d'aboutir à un état de crise et de contradictions dont il existe déjà des signes avant-coureurs :

- l'hospitalisation publique et le développement des spécialités ont été privilégiés par rapport aux autres modes d'exercices et de soins médicaux extra-hospitaliers et à la médecine générale,

- la prise en charge des maladies aiguës a été l'objet de plus d'attention que celle des maladies chroniques,

- le médical a été privilégié par rapport au social et les structures d'accueil des handicapés, des marginaux, des vieillards, etc. sont encore insuffisantes,

- la technique efficace et froide tend trop souvent à faire oublier l'importance d'un accueil chaleureux et d'un dialogue. L'accompagnement et l'information des malades et des familles sont parfois insuffisants ou nuls,

- le public est, à juste titre, de plus en plus sensible à ces défauts, mais encore trop souvent, ou passif, ou écarté des instances de réflexion et de décision.

LA FÉDÉRATION PROTESTANTE DE FRANCE RECOMMANDE UNE RÉELLE CONCERTATION ENTRE SOIGNANTS, PUBLIC ET AUTORITÉS DE TUTELLE.

Cette crise et ces insuffisances sont aggravées par la récession et la rigueur économiques dans lesquelles nous sommes et qui obligent toutes les autorités de tutelle à envisager des réformes et des choix économiques.

Pour nous, Chrétiens, les problèmes de la qualité de la vie des hommes dans la société sont essentiels.

Parmi les principes fondamentaux de notre foi et de notre éthique qui animent nos vies personnelles et notre action dans notre Société, nous soulignons particulièrement les quatre aspects suivants :

- l'importance primordiale de l'amour et du respect de la personne,

- la nécessité d'une justice et d'un soutien pour toutes les pauvretés,

- l'importance de la responsabilité individuelle et collective,

- la défense des libertés et des diversités.

Par fidélité et conformité à notre foi et à ces principes, nous estimons juste et nécessaire de faire part des réflexions et suggestions suivantes

1. AU NOM DU RESPECT DE LA PERSONNE ET DE L'ACCOMPAGNEMENT DES FAIBLES

Les problèmes de la qualité de la vie des hommes nous paraissent essentiels et, particulièrement, lorsqu'il s'agit de ceux qui sont marginalisés, affaiblis, isolés, menacés ou en détresse.

NOUS DISONS DONC QUE TOUTES PERSPECTIVES DE RÉFORME OU D'AMÉLIORATION DU SYSTÈME DE SANTÉ, LE RESPECT DE LA DIGNITÉ DES MALADES ET DES FAMILLES, DOIT, EN TOUTE OCCURENCE, RESTER AU CENTRE DES PRÉOCCUPATIONS ET DES CHOIX.

Ceci implique concrètement :

a) que l'organisation de l'hôpital et l'activité mieux coordonnée des soignants soient de plus en plus centrées sur la prise en charge globale du malade en tant que personne et non pas seulement sur le traitement de la maladie,

b) que les rigueurs budgétaires n'entament, en aucune façon, la qualité et la sécurité des soins qui sont dues à tous les malades aigus ou chroniques,

c) que l'amélioration de cette qualité des soins doit passer de plus en plus, non pas uniquement par le développement technique qui coûte de plus en plus cher, mais aussi par la recherche de tout ce qui peut permettre de mieux accueillir, accompagner, rassurer, informer le malade et sa famille, toutes choses ne nécessitant pas d'investissements lourds.

d) qu'un effort particulier soit fait pour favoriser le retour précoce et les soins à domicile des malades et des vieillards.

NOUS DEMANDONS QUE LES AMÉLIORATIONS LÉGITIMES DES CONDITIONS DE TRAVAIL DES SOIGNANTS (RÉDUCTIONS D'HORAIRES, CONGÉS, NOMBRES DE POSTES, ETC) NE RETENTISSENT EN RIEN SUR LA QUALITÉ ET LA SÉCURITÉ DES SOINS ET LE CONFORT DU MALADE, ET QUE DANS TOUTES REVENDICATIONS, CETTE PRÉOCCUPATION RESTE PRIORITAIRE.


II. AU NOM DE L'IMPORTANCE DE LA RESPONSABILITÉ

1 - Nous pensons que l'amélioration du système de santé ne passera pas seulement par une simple réorganisation matérielle et administrative des structures, mais par une révolution des mentalités basée sur la conviction d'une responsabilité individuelle et permanente dans l'exercice d'un véritable service et non pas simplement d'un métier.

2 - Cette responsabilité et cette conscience professionnelle impliquent à tous les niveaux :

a) un respect et une attention portés, en toute circonstance, à la dignité du malade,

b) le plus haut degré de compétence et de rigueur dans l'exercice des soins, aussi bien infirmiers que médicaux,

c) l'obligation et l'organisation d'une meilleure formation permanente.


NOUS DEMANDONS QU'AUCUN LAXISME NE SOIT ACCEPTÉ AU NIVEAU DE L'ENSEIGNEMENT ET DE LA PRATIQUE QUANT AU RESPECT DE LA DIGNITÉ DE LA PERSONNE, QUANT A LA RIGUEUR DANS L'EXERCICE DES SOINS.


3 - Les responsabilités devraient être mieux partagées :

Une meilleure éducation pour la santé, le développement d'une politique de prévention, de soins primaires, une meilleure information sur les nuisances, devraient conduire à la prise de conscience accrue du public de sa responsabilité dans la lutte contre la surconsommation des soins.

Collectivement, il nous paraît hautement recommandable que des représentants du public ou d'associations de malades soient de plus en plus partie prenante dans les structures médico-administratives allant de l'hôpital aux Ministères.

Nous savons que la plupart des doléances des malades, des familles et du public sont dues à un défaut de communication et de dialogue entre soignants et soignés. Il nous paraît fortement souhaitable que soit réédité et organisé le projet d'un médiateur ou d'une commission de médiation, non juridique, entre public et Soignants, au sein de structures hospitalières.


NOUS DEMANDONS QUE DANS TOUTES STRUCTURES DE SOINS, LES MALADES AIENT UN ROLE EFFECTIF PAR LA VOIX DES REPRÉSENTANTS DE LEURS ASSOCIATIONS.

III. AU NOM DES LIBERTÉS ET DU RESPECT DES PLURALISMES

Les malades et le public devraient, de plus en plus, non seulement avoir droit à l'information, mais encore possibilité et liberté de participer aux décisions parfois vitales qui les concernent.

Ceci implique que des comités d'éthique soient développés et comportent, à côté des Soignants, des Administrateurs, des Juristes, des non-Soignants, anciens Malades ou non et des Théologiens ou des Aumôniers.

Les structures de santé ne peuvent se borner uniquement à soigner le corps et ses maladies. La nécessité d'une médecine globale incite à favoriser l'accompagnement du malade, non seulement par les soignants mais par la communauté familiale ou par des tiers non-soignants. A ce titre, la présence dans l'hôpital de bénévoles sélectionnés, formés et reconnus, nous paraît devoir être encouragée et développée. Ces bénévoles sont appelés, non pas à se substituer au personnel des soins, mais à suppléer des déficiences familiales auprès des plus isolés et des plus démunis et à leur apporter une présence, un réconfort et une chaleur humaine.

Les Aumôniers de toutes convictions nous paraissent pouvoir jouer aussi un rôle important d'accompagnement. Tout malade, aussi incroyant soit-il, peut, devant la maladie ou la menace de la mort, avoir besoin d'être accompagné et soutenu dans son angoisse.

A ce titre, il importe que, sous une forme simple et claire, la question de l'appartenance confessionnelle soit inscrite dans le dossier d'entrée, en application scrupuleuse de l'actuelle " loi Informatique et Liberté ", et posée à chaque patient hospitalisé en respectant sa réponse.

Les questions juridiques ayant été résolues, des solutions ont été trouvées localement qui pourraient être généralisées.

Il en va de l'exercice réel de la liberté et de la pluralité religieuse et du respect bien compris du droit fondamental de chacun à la pratique de son culte, droit reconnu dans la charte du malade et dans la présence d'Aumôniers agréés dans les hôpitaux.

LA FÉDÉRATION PROTESTANTE DE FRANCF DEMANDE DONC QUE SOIT INSCRITE DANS LE DOSSIER D'ADMISSION (INFORMATISÉ OU NON) DES MALADES, LA QUESTION RELATIVE A LA RELIGION DU MALADE (1)


NOUS DEMANDONS ENFIN QUE SOIT RECONNUE ET PRÉSERVÉE LA PLURALITÉ DES MODES ET DES LIEUX DE SOINS ET D'ENSEIGNEMENT INFIRMIER, ENTRE AUTRES PROTESTANTS.


Nous sommes convaincus que le pluralisme des institutions et cette liberté sont source de créativité et d'expérience bénéfiques pour l'ensemble des structures de soins et donc pour les malades.

En conclusion : l'hôpital et les structures de soins ne doivent pas devenir uniquement des " usines à soins " mais des lieux où des hommes et des femmes menacés et affaiblis puissent se restructurer pour une meilleure qualité de vie, grâce à un supplément d'âme et d'amour que tout soignant, digne de ce nom et quelle que soit sa fonction, doit mettre dans l'exercice de son métier.


RAPPEL DES POINTS D'INSISTANCE DE CE DOCUMENT


La Fédération Protestante de France recommande une réelle concertation entre Soignants, public et autorités de Tutelle.

Nous disons donc que dans toute perspective de réforme ou d'amélioration du système de santé, le respect de la dignité des malades et des familles, doit, en toute occurence, rester au centre des préoccupations et des choix.

Nous demandons que les améliorations légitimes des conditions de travail des soignants (réduction d'horaires, congés, nombre de postes, etc.) ne retentissent en rien sur la qualité et la sécurité des soins et le confort du malade, et que, dans toutes revendications, cette préoccupation reste prioritaire.

Nous demandons qu'aucun laxisme ne soit accepté au niveau de l'enseignement et de la pratique quant au respect de la dignité de la personne, quant à la rigueur dans l'exercice des soins.

Nous demandons que dans toutes structures de soins, les malades aient un rôle effectif par la voix des représentants de leurs associations.

La Fédération Protestante de France demande que soit inscrite dans le dossier d'admission (informatisé ou non) des malades, la question relative à la religion du malade (1).

Nous demandons enfin, que soit reconnue et préservée la pluralité des modes et des lieux de soins et d'enseignement infirmier, entre autres protestants.

(1) EXEMPLE : - Voulez-vous déclarer une religion ? oui - non
- Si oui, laquelle ?

 

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 06 septembre 1983