Ecole et laïcité

Auteur(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;

Texte adopté par le Conseil de la Fédération protestante de France (FPF) à Paris le 5 février 1989

Parmi les questions figurant à l'ordre du jour du débat sur l'Ecole, trois retiennent ici notre attention :

- les rythmes scolaires ; l'approche culturelle des religions à l'école ; le catéchisme.

Il s'agit de trois questions distinctes. Même s'il y a entre elles d'évidentes interactions, il convient de ne pas les mélanger. Sinon, au prix de dommageables confusions, on risque tout simplement de compromettre l'émergence d'une laïcité ouverte, souhaitée pourtant aujourd'hui par le plus grand nombre de nos concitoyens.

1. Les rythmes scolaires

Dans l'intérêt de nos enfants, c'est sans doute la question la plus urgente à régler. Or il s'avère que "toute réforme des rythmes scolaires doit tenir compte tant des rythmes biologiques et individuels des enfants que de la diversité de leur environnement familial, social et spirituel". (Texte de la FPF, 21.09.1984).

En ce qui concerne les rythmes biologiques proprement dits, on ne peut que déplorere la mauvaise répartition du temps de travail à l'école, aussi bien dans la journée que dans la semaine et dans l'année. Aussi devient-il de plus en plus évident qu' "il faut à tout prix sortir du processus actuel qui tend à accumuler de plus en plus de travail sur de moins en moins de jours, de telle sorte qu'on ne cesse de passer du surmenage à l'inactivité totale et vice versa". (Dr Vermeil, in "Foi et Education", revue de la Fédération protestante de l'Enseignement, n°29, janvier-mars 1980).

Dans une telle situation, maintenir le statu quo au sujet du mercredi ou envisager le transfert des classes du samedi matin au mercredi ne résout en rien le problème des rythmes scolaires. Pour rendre ceux-ci compatibles avec les rythmes biologiques, on voit mal comment on pourrait échapper au réaménagement du temps de travail des enfants et des programmes en diminuant d'une part le nombre d'heures de présence quotidienne à l'école tout en allongeant, d'autre part, la période scolaire entrecoupée de congés réguliers.

En toute hypothèse, il importe de dégager, chaque jour, du temps libre - si possible l'après-midi - pour diverses activités (catéchisme, sports, arts).

2. L'approche culturelle des religions à l'école

C'est un point sur lequel un consensus semble aujourd'hui se dégager sans préjudice pour la laïcité comprise comme la garantie d'une école vraiment publique qui doit accueillir sur un pied d'égalité des enfants de toutes origines culturelles ou idéologiques.

Le fait religieux - révélateur de diverses anthropologies - fait partie de l'identité culturelle. Il marque la société et les hommes. Impossible donc de l'ignorer, surtout dans le contexte d'une société pluri-culturelle comme la nôtre.

Ainsi, parce qu'elle est le lieu où se trouvent mélangés des enfants venant de tous les horizons, l'école est par excellence le lieu de l'apprentissage du respect mutuel. Or, ce respect, dû spécialement aux minorités, passe d'abord par la connaissance réciproque. Il revient donc à l'école, dans son rôle d'éducatrice, de promouvoir dans son enseignement une approche culturelle et sociale des religions, qui soit à la fois tolérante, objective, affranchie de tout cléricalisme et de tout endoctrinement idéologique.

Une telle démarche implique en particulier que soient mises en lumière les références fondamentales de la culture occidentale. Un peuple coupé de ses racines, qui perd donc la mémoire de ses origines, perd du même coup son identité. A cet égard, on sait le rôle spécifique, joué dans la formation de notre histoire par la Bible.

C'est pourquoi, une connaissance minimale de celle-ci, comme inspiratrice notamment de la pensée, des arts, de la littérature, est indispensable pour comprendre un très grand nombre d'oeuvres de notre patrimoine historique.

De la même manière, on est en droit d'attendre une semblable ouverture aussi bien sur le Judaïsme et sur l'Islam - dont les contacts avec le Christianisme sont multiples et ancien - que sur les grandes religions orientales.

3. Le catéchisme

Dans le cadre de la laïcité ouverte, autant une approche culturelle des religions, en particulier des religions présentes dans notre pays, ainsi que l'étude de la Bible comme facteur déterminant de notre héritage culturel, sont à prendre en compte dans le programme scolaire, autant le catéchisme, qui est initiation à la foi et à la vie sacramentelle d'une communauté donnée, relève de la seule responsabilité des Eglises.

Dans une société pluraliste où les minorités religieuses sont nombreuses, nulle Eglise ne peut en effet, sans porter atteinte à laïcité, exiger un catéchisme de caractère confessionnel à l'école. On voit mal comment les minorités religieuses, mais aussi les autres familles idéologiques, ne feraient alors les frais d'une telle opération.

Il appartient aux Eglises, aux différentes communautés religieuses de s'organiser : c'est dans le cadre qui leur est propre que la catéchèse doit être assumée. Au demeurant, un programme scolaire allégé, parce que mieux réparti dans le cycle des jours, des semaines et des années, devrait permettre de libérer de nouvelles plages horaires facilitant ainsi la catéchèse des enfants au sein de leurs communautés spirituelles respectives.

Dans le cas particulier de l'Alsace-Moselle, le statut local reposant sur la Loi du 15 mars 1850, dite Loi Falloux, prévoit une heure d'enseignement religieux obligatoire (voire deux heures si les parents le demandent) dans les établissements publics du premier degré. Les élèves qui ont obtenu une dispense suivent alors un enseignement de morale ou instruction civique. Le catéchisme proprement dit relève, lui, en principe de la responsabilité des communautés ecclésiales.

Source(s) : BIP;
Date de parution : 05 février 1989