Dialogues oecuméniques et accords théologiques

 

Auteur : EGLISE REFORMEE DE FRANCE


Résolution adoptée par l'Eglise réformée de France lors de son Synode national

Le Synode national, réuni à Montpellier du 12 au 15 mai 1994, a fait le point sur les relations et dialogues oecuméniques dans lesquels l'Eglise réformée de France est impliquée Il rend grâce à Dieu pour le chemin parcouru dans la manifestation de l'unité de l'Eglise et dit sa reconnaissance à celles et ceux qui y ont travaillé.

La démarche oecuménique a besoin d'une permanente conversion au Christ dans nos vies comme dans celle de nos Eglises. Elle n'a pas d'autre fondement que la grâce qui nous a été faite. Nous avons à mettre cette grâce en oeuvre dans le pardon demandé et donné, l'écoute bienveillante et l'accueil réciproque.

Dans cet esprit, le Synode propose ses convictions aux membres de l'Eglise réformée de France et à ses partenaires comme sa contribution dans un champ oecuménique ouvert à d'autres demandes et d'autres initiatives.

1 - Convictions

1.1. L'unité est don de Dieu, le Père, réalisée en Jésus-Christ et manifestée par l'Esprit Saint. Nous confessons que l'Eglise est une, comme elle est sainte, universelle et apostolique. L'unité n'est donc pas une donnée seconde, mais elle fait partie de l'être même de l'Eglise. L'Eglise réformée de France se comprend comme une expression de l'Eglise une de Jésus-Christ, laquelle a de nombreux visages.

1.2. La mission de l'Eglise est d'annoncer à tous l'Evangile en paroles et en actes. Le mouvement oecuménique participe à cette mission fondamentale il n'est pas seulement souci d'accomodation entre les diverses identités chrétiennes, mais volonté de témoigner ensemble de Jésus-Christ. "C'est la parole entendue dans l'Ecriture, la Parole annoncée et débattue dans l'Eglise qui constitue le préalable à toute parole dans l'espace public... Seul l'enracinement dans la Parole nous permettra d'être et de redevenir un peuple de témoins qui ne craignent pas de dire et de montrer au monde ce qu'ils vivent et ce qu'ils croient, sans prétention ni timidité ". (Extrait du message du Président du Conseil national).

1.3. Cette manifestation de l'unité passe de manière égale par le dépassement des conflits en vue de la réconciliation, par l'affirmation actuelle de la communion de toutes celles et tous ceux qui confessent Jésus-Christ comme leur Seigneur dans la diversité de leurs expressions, et par l'engagement solidaire des chrétiens dans des actes qui rendent compte de leur foi. Même si le Synode a centré sa réflexion sur les relations et accords théologiques, il souligne que le mouvement oecuménique ne saurait être sans la tension créatrice entre réflexion doctrinale et engagement concret, tension vécue dans la prière, tension inhérente à toute vie chrétienne.

1.4. Dans le dialogue théologique une part importante du travail est faite. Il s'agit, dans une étape nouvelle, de traduire les accords obtenus dans la vie de nos Eglises. Le but n'est pas la recherche d'une uniformité qui serait mutilante et écrasante, mais la manifestation de la foi commune dans le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ et qui nous appelle à être Eglise dans une diversité réelle parvenir à se reconnaître mutuellement comme visage et expression authentique de l'Eglise une de Jésus-Christ avec son histoire, sa piété, ses accents théologiques et ses situations particulières. Cette reconnaissance mutuelle dans une légitime altérité autorise la communion ecclésiale.

1.5. Pour l'Eglise réformée de France, comme pour les autres Eglises issues de la Réforme, cette communion ecclésiale est donnée lorsque le partage de la Parole et des sacrements est possible; cette condition est nécessaire et suffisante. Cela entrame la reconnaissance mutuelle des ministères. Cette condition est nécessaire et suffisante. C'est cette communion que l'Eglise réformée de France veut enrichir par son insistance sur la justification par grâce, par le moyen de la foi, comme critère de toute vie en Eglise, l'autorité souveraine de la Parole de Dieu, le sacerdoce universel de tous les croyants et la diversité des ministères, la vocation de l'Eglise comme humble servante de l'Evangile... Elle reconnaît la réalité visible de l'Eglise partout où la Parole de Dieu est droitement annoncée et reçue, les sacrements correctement administrés et reçus, et pratique quant à elle la table de communion ouverte.

1.6. A une époque marquée par les retours identitaires et le repli sur soi, l'Eglise réformée de France sait que la recherche de l'unité est un moment de fidélité et de foi. L'engagement dans le mouvement oecuménique est irréversible et riche en promesses comme l'indique par exemple l'engagement avec d'autres traditions européennes issues de la Réforme sur la base de la Concorde de Leuenberg.

2 - Réception

Le Synode encourage la réception des résultats des dialogues oecuméniques au sein de l'Eglise réformée de France.

2.1. La réception est l'effort par lequel chaque Eglise s'approprie les accords oecuméniques il ne s'agit ni d'une simple information, ni d'un simple consentement, la réception comporte une part de jugement et de mise en oeuvre originale où s'exprime la vie de chaque Eglise avec ses ressources particulières.

2.2. Le Synode demande à chacun de veiller à ce que les accords ainsi reçus soient pris en compte de manière concrète dans la vie des Eglises, Oeuvres et Mouvements dans le travail biblique, la pastorale, la catéchèse, la liturgie, les engagements communs et les services partagés...

Il exhorte particulièrement celles et ceux qui exercent un ministère dans l'Eglise réformée de France à promouvoir cet effort de réception du travail oecuménique, à traduire et à adapter ses acquis. Inversement, les diverses instances oecuméniques doivent être à l'écoute des expériences locales, en recevoir les résultats, remarques et critiques afin que naisse un véritable échange, seul susceptible de donner autorité aux fruits des dialogues.

2.3. Le Synode demande au Conseil national de veiller à tout ce qui est nécessaire à cette réception participation effective de l'Eglise réformée de France aux dialogues oecuméniques, large diffusion de l'information, organisation des débats utiles... Lorsqu'un engagement ou une ratification officiels de l'Eglise réformée de France sont attendus, le Synode national demande que la question soit inscrite à son ordre du jour et soit traitée, après consultation des Synodes régionaux. Il ne s'agira pas, par cette démarche, de mettre en cause la Déclaration de foi de l'Eglise réformée de France et son Préambule, mais de dire dans quelle mesure et avec quelle autorité les textes d'accord ainsi soumis à l'examen s'inscrivent dans les principes que la Déclaration rappelle.

Le Synode national demande en particulier au Conseil national de soumettre à l'approbation des Synodes régionaux les orientations et la méthodologie définies par la présente résolution et le rapport sur lequel elle s'appuie.

3. Engagements oecuméniques

Le Synode national confirme l'engagement oecuménique de l'Eglise réformée de France.

3.1. Le Synode national confirme la mission du Conseil permanent luthéro-réformé (CPLR) et demande que la communion -sur la base des thèses de Lyon, en France, et de la Concorde de Leuenberg, en Europe- entre Eglises réformées, luthériennes et d'autres communautés issues de la Réforme soit approfondie, développée, concrétisée et rendue plus visible. Il se réjouit de ce que cette communion européenne envisage de s'élargir aux Eglises méthodistes de tous les pays européens. Il décide de tout mettre en oeuvre pour parvenir à un témoignage commun des Eglises protestantes en Europe.

Il souhaite que le dialogue en cours avec la communion anglicane permettre de parvenir bientôt à la pleine reconnaissance mutuelle et à la communion dans la célébration de la Parole et des sacrements. Il souhaite renouer le dialogue avec les Eglises réformées évangéliques indépendantes (EREI).

3.2. Il confirme son engagement au sein de la Fédération protestante de France, avec les Eglises baptistes et les familles évangéliques qui en sont membres.

Il veut poursuivre, au travers des comités mixtes, la recherche de l'unité avec l'Eglise catholique et les Eglises orthodoxes, et promouvoir un témoignage commun dans le cadre du Conseil d'Eglises chrétiennes en France.

Avec ces Eglises la pleine communion ecclésiale n'est pas encore possible dans l'état actuel des dialogues. Cependant, le Synode national se réjouit des signes de communion qui sont déjà donnés et souhaite que tout soit mis en oeuvre pour parvenir à manifester avec ces Eglises l'unité du corps du Christ.

4. Envoi

La démarche oecuménique est difficile. Beaucoup parmi nous, et particulièrement ceux qui vivent en couple mixte, sont impatients de progrès significatifs et ressentent les prudences excessives et les lenteurs comme des obstacles inadmissibles. La fidélité à l'Evangile de Jésus-Christ rend urgentes la restauration de la fraternité entre chrétiens là où elle a été brisée et l'action commune des Eglises. Mais "si nous tenons ferme la Parole qui est Jésus-Christ, rien ne saurait nous décourager ni nous intimider. C'est lui qui est la source de notre communion et de notre liberté de parole" (Message du Président du Conseil national).

Source : BSS;871
Date de parution : 25 mai 1994

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