08-06-15 09:59 Il y a: 2 yrs

“Acquérir un coeur sage” au Kirchentag allemand de Stuttgart

Le “Kirchentag” protestant allemand se tient tous les deux ans, chaque fois dans une ville différente. Cette année, c’est la ville de Stuttgart, qui a accueilli plus de 100 000 participants.


 

Jane Stranz, responsable du Service des relations avec les Églises chrétiennes, et membre du Comité international du Kirchentag, était présente et nous fait partager l'ambiance de ce grand rassemblement.

" C’est un grand carrefour entre la lecture biblique approfondie, le concert de rock, la spiritualité, la politique, l’engagement, les arts, la musique et même un tournoi de foot (mais sans Sepp Blatter !). Des expositions, des stands de différentes organisations allemandes et internationales, et bien plus de 2 000 évènements, plus ou moins grands, sont organisés au cours de ces jours. Le premier soir, le mercredi, trois cultes d’ouverture, de styles différents, attirent les participants vers le centre ville, en début de soirée. Ensuite les paroisses de la ville mais surtout celles de tout l’arrière-pays accueillent un "après culte" de spécialités régionales. A la tombée de la nuit une autre ambiance commence à s’installer dans le centre-ville, les grands orchestres de cuivre appellent à se rassembler près des grandes places, c'est le temps de la bénédiction du soir. Un temps de prière qui apporte une paix joyeuse, avec « une mer de lumière » qui guide les participants vers chez eux, à la fin de cette première journée. Dimanche matin le culte final en plein air est télévisé, le chant accompagné, entre autres, par plus que 4 000 cuivres.

Le thème du Kirchentag est toujours biblique, cette année il s'agit de la fin du verset 12 du Psaume 90 “Fais-nous comprendre que nos jours sont comptés. Alors nous acquerrons un cœur sage. » « Damit wir klug werden. » Ce thème biblique de la sagesse est la colonne vertébrale du programme dans toute sa diversité. Ce sont aussi ces paroles qui figurent sur les écharpes rouges portées par les uns et les autres.

Les études bibliques au Kirchentag sont un des temps forts de chaque matin. Chaque jour, une trentaine de personnalités de la vie ecclésiale, politique, sociale ou associative, sont invitées à préparer une méditation sur le texte biblique choisi en lien avec le thème. Mais il faut faire son choix, par exemple entre Margot Kässmann (ambassadrice du jubilé de la Réforme en 2017),  Anba Damian (évêque de l’Église orthodoxe copte), Wolfgang Schäuble (le ministre des finances au Bundestag)  ou une étude préparée par l’atelier de dialogue judéo chrétien. La mise en musique fait partie de ces méditations bibliques, et parfois la danse, le cinéma et l’art aussi.  On arrive dans ces temps d’études, souvent à plusieurs milliers de personnes, à vivre la mise au défi mais aussi la stimulation intellectuelle, l’intimité et la confiance générées par le travail ensemble sur la Parole de Dieu. Faut-il ajouter que le public du Kirchentag est parfois silencieux, studieux ou en prière, mais très rarement passif !

En regardant le programme, on comprend vite que les hommes et femmes politiques en Allemagne n’ont pas honte d’être aux tribunes du Kirchentag. A la page 215 du programme on trouvera même Angela Merkel qui participe à une table ronde sur le thème : « le numérique et la sagesse ». D’ailleurs le président de la République Fédérale, Joachim Gauck, s’est joint aux participants à la fin des cultes d’ouverture, mercredi soir et a souligné « le rôle que des croyants jouent dans la lutte contre l’inégalité et le conflit au niveau mondial … face à la pauvreté, l’injustice, le manque de paix, l’intolérance et la dégradation environnementale. »

On est assez loin du cadre de la laïcité française. Fondé en 1949 par un mouvement de laïcs protestants avec l’intention de renforcer la culture démocratique après la dictature du troisième Reich et la deuxième guerre mondiale, le Kirchentag est connu comme plateforme de débats et prises de positions controversés. Pendant la guerre froide, il servait de point de ralliement pour la mobilisation contre le déploiement d’armements nucléaires en Europe.

Cela aide bien sûr de parler l’allemand un peu, mais il y a des Français au Kirchentag. Les villes de Strasbourg et Stuttgart ont un jumelage et il y a des jeunes et moins jeunes qui sont venus tester l’ambiance. Le pasteur Sören Lenz, du Liebfrauenberg, organise chaque fois un car pour le Kirchentag, le président de l'UEPAL, Christian Albecker était présent, et des gens de Paris et d’ailleurs ont tenté le chemin. Il y a un culte franco-allemand, l’UEPAL et l’EPUdF ont aussi un stand à l’impressionnant « marché des possibilités » qui est abrité sous neufs chapiteaux immenses. Victoria Kamondji, présidente de la Commission des Églises pour les migrants en Europe, ancienne vice-présidente de la Fédération protestante, intervenait à un colloque en amont, avec Laura Casorio du DEFAP ; l’aumônier militaire Stéphane Rémy est venu célébrer un culte en faveur de la paix avec son homologue allemand ;  et le samedi matin François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, a dirigé une des études bibliques, en allemand. (Lire ci-dessous)
A noter aussi une forte présence de la communauté de Taizé, frère Richard y donnait une étude biblique et assurait avec d'autres frères des temps de prière.

Si l’identité du Kirchentag est protestante on y ressent aussi un fort esprit œcuménique. Cette année pour la première fois un évêque orthodoxe copte a prêché lors d’un des cultes d’ouverture. Catholiques, orthodoxes et protestants travaillent ensemble à l’élaboration de plusieurs des évènements, et des messes pour la fête de Corpus Christi font partie du programme officiel (dans cette région de l’Allemagne c’est aussi un jour férié). Comment vivre et faire avancer l’œcuménisme est un thème fréquemment traité par les ateliers et les évènements du programme. On voit aussi émerger plus clairement le thème de l’œcuménisme intra-protestant, qui donne plus de place aux chrétiens issus de la migration et aussi au milieu évangélique. Dans cette région, le protestantisme est de forte mouvance piétiste et l’évènement « Christus Tag » (un peu comme le jour du Christ) est présenté au Kirchentag de Stuttgart. Le « Centre Bible » invite à des discussions passionnantes entre chrétiens de différentes traditions sur la place et la valeur de la méditation biblique dans la vie quotienne. Avec plus que 5 000 participants internationaux, le Kirchentag est le lieu par excellence de rencontre des témoins de l’Église universelle.

Jusqu’à présent il y a eu deux Kirchentag œcuméniques - rassemblant les forces et les fidèles du Katholikentag (qui se réunit dans les années paires) et du Kirchentag (années impaires), en 2003 et 2010. Cette expérience d’organiser ensemble, de goûter à comment l’autre vit  sa foi, laisse des traces dans les rassemblements confessionnels respectifs - un « échange des dons » si on veut. Ainsi le Kirchentag protestant invite, dans la structure des journées, à la prière de la liturgie des heures.
On doit alors se poser la question du prochain Kirchentag œcuménique. Pour l’instant, aucune date n’est encore donnée. Mais une chose est sûre, au culte final à Stuttgart, les participants ont reçu deux invitations, d’abord au 100ans du Katholikentag qui se tiendra à Leipzig en 2016, et ensuite, au prochain Kirchentag qui se tiendra à Berlin et à Wittenberg en 2017. Entre temps, en préparant 2017, il faut profiter de Stuttgart pour faire son selfie avec le Playmobil géant de Martin Luther !

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