20-12-19 11:36 Il y a: 62 days

Une COP qui déçoit mais une COP qui mobilise


Action des Eglises pour la justice climatique à la COP25. Crédits : ACT Alliance

Fut-elle si désolante, la conférence de l'ONU sur le climat, ou COP25, qui s'est achevée le weekend dernier à Madrid ? Bien sûr, lorsqu'on mesure l'urgence décrite dans les rapports scientifiques, qui s'amoncellent jusqu'à la nausée, lorsqu'on observe ce qui se passe au dehors, d'inondations en feux forestiers, lorsqu'on est entend la jeunesse qui crie, car le désert continue de progresser. Et que 196 nations n'arrivent à se mettre d'accord sur rien, ou si peu.

Vaut-il la peine de détailler ce qui n'a pas été décidé ? Disons plutôt que, pour partie, l'échec était prévisible. Car la prochaine COP, qui se tiendra à Glasgow en novembre 2020, est identifiée depuis longtemps comme une COP décisionnaire, et qu'officiellement c'est en 2020 aussi que les nations sont invitées à revoir à la hausse leurs engagements nationaux de réduction d'émissions. Pour ces deux raisons, celle de Madrid en était une de transition. Et on sait ce qu'il en devient dans les jeux de négociation... la COP de Lima, un an avant la COP21, ne fut-elle pas aussi une conférence globalement décevante ?

Ce qui provoque une saine colère, c'est l'absence d'un sursaut qui prenne le pas sur les vieilles tactiques et les mécaniques nationales et mercantiles d'intérêts, quand on sait que chaque tonne de carbone compte, chaque mois compte, chaque dixième de degré compte. Le développement de la désobéissance civile pour le climat est un signe de ce que la société civile considère qu'il faut durcir le rapport de force, de façon non-violente. Car à l'évidence, il est des décideurs et des entrepreneurs qui n'hésiteraient pas à passer la nature comme notre futur par pertes et profits ; ne bâtissent-ils pas déjà des bunkers de repli ? Il faut s'opposer à eux, les faire évoluer par la pression de l'opinion publique et, où cela est possible, les remplacer par le pouvoir des urnes.

En 2020, les élections américaines seront un moment historique. Même si le mal est largement fait, le retour d'un démocrate à la Maison Blanche et une non-sortie des USA de l'Accord de Paris pourraient avoir une influence positive. On attend aussi beaucoup de l'avancée de l'Union européenne avec le Green Deal et d'une possible collaboration avec la Chine. Quant à la France, il est temps qu'elle mette ses actes en cohérence avec sa communication. Le Haut Conseil pour le Climat juge que le rythme de baisse des émissions est nettement insuffisant ; la France, hôte de la COP21, ne respecte pas ses engagements internationaux ! Mais cela n'est encore qu'une partie du tableau. Car nos pratiques collectives et nos modes de vie individuels comptent pour beaucoup dans nos émissions de carbone. 

À chaque niveau, les Églises ont leur rôle à jouer. Notre théologie et notre vie de foi doivent redécouvrir la confession dans le Dieu Créateur et son projet de vie foisonnante pour toutes ses créatures. Nos pratiques quotidiennes, chacun individuellement et ensemble en Églises, institutions, oeuvres et mouvements doivent changer concrètement (à ce propos, nous nous réjouissons d'avoir atteint les 400 communautés labellisées "Église verte"* !). Et notre plaidoyer auprès de l'État doit poursuivre une interpellation forte et informée pour la justice climatique. Nous avons commencé à marcher ; charge, à nous aussi, d'hâter le pas. 

Martin Kopp,
Président de la commission écologie - justice climatique de la FPF.

* https://www.egliseverte.org