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Péché, culpabilité, responsabilité

Auteur(s) : DUMAS André;FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;

Le péché est un acte par lequel l'homme va contre : le désir exprimé par Dieu, le bonheur du prochain et son propre avenir. Pécher, c'est attrister Dieu, nuire à autrui, se détruire personnellement; ou encore, pécher, c'est offenser, blesser, démolir. Le péché n'est donc pas un état, ni une fatalité, ni une nature, mais un acte, un choix, une histoire.

Il n'y a donc péché que lié à la liberté humaine. Les éléments, les végétaux, les animaux ne pèchent pas. Ils sont parfois terrifiants et terrifiés. Ils souffrent et ils soupirent mais ils ne pèchent pas.

Il est capital de bien maintenir cette liaison entre le péché et la liberté, sinon nous confondons le péché avec le malheur, qui est sans doute son contraire, car le malheur est seulement subi.

On peut donc comprendre pourquoi Dieu vient à la fois combattre, hélas pas encore supprimer, les malheurs de l'homme et aussi l'aider à reconnaître, avouer et confesser son péché, dès aujourd'hui. Car l'aveu du péché c'est sa guérison. Dire que tout le monde est pécheur, c'est affirmer que pour tout le monde tout peut changer par le pardon qui est un second don, une seconde chance, par la repentance qui est un regret sans amertume ni désespoir, par la réparation qui est l'attestation pratique de la saisie de cette chance et de ce regret.

Le péché est donc une véracité bienfaisante.

La culpabilité est une notion moins claire que le péché. Elle peut être une prise de conscience active, mais elle peut être aussi un accablement sans issue. On se ressent coupable sans avoir rien fait d'explicite pour le devenir. On se pense victime, même si les autres vous considèrent coupable. Il est désormais trop tard pour reconnaître, avouer, réparer. On est emprisonné dans les filets au dedans et les pièges au-dehors, on est lentement empoisonné. C'est ainsi que la culpabilité devient une maladie psychique qu'il est très difficile de guérir, car à la différence du péché, ce n'est pas un acte commis contre quelqu'un, c'est un état irréparable, où il n'y a personne à rencontrer, ni juge, ni libérateur. Si le péché peut mener à une remise en marche, la culpabilité risque de devenir une stagnation obsessionnelle et mortelle.

Malgré ces distinctions et ces oppositions résolues, il est évident que dans la vie et pas seulement dans les mots, péché et culpabilité se frôlent et se mélangent tout autant que ce qu'on appelle la vie spirituelle (le péché contré ) et la vie psychique (la culpabilité sans toit, ni loi).

Tout au long de la vie nous chercherons donc les uns pour les autres à se faire pardonner et à pardonner, sans culpabiliser ni les autres, ni soi. Cela s'appelle l'aurore et non le crépuscule.

La responsabilité est, elle aussi, un mot à double effet. Prendre sa responsabilité c'est grandir, assumer, répondre. C'est l'appel qui nous concerne tous et chacun. C'est instituer quelqu'un dans l'anonymat des hontes et des dérobades. C'est éclairer les ténèbres insaisissables. Rien de plus grand que quelqu'un qui dit "je" et "moi", là où règnent " on" et "ils".

Mais peut-on, doit-on se dire responsable de tout: des malheurs mais aussi des joies ? Quelle présomption, quelle inconscience, quelle terreur aussi de l'affirmer.

Donc pécheur, sûrement et bien heureusement. Coupable, seulement si c'est le chemin de la guérison, et non de la maladie. Responsable comme une présence mais pas comme un fardeau.

Il reste à mettre tout cela en pratique, en nous-mêmes et les uns pour les autres.

André Dumas

3 juin 1993

Source(s) : LIVRE BLANC DE LA COMMISSION D'ETHIQUE;FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 03 juin 1993