Partager, c'est vivre :

Auteur(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;

Message final
des Assises de la Fédération protestante de France
Toulouse, 27-29 octobre 1995

Parce que tout est grâce et que tout nous vient de Dieu,
parce que nous sommes interdépendants les uns des autres, ici et d'un bout à l'autre de la terre, nous ne pouvons accepter de vivre sans partager, bien que le partage nous soit parfois difficile et même douloureux. Il n'est pas une faveur occasionnelle accordée à quelques-uns pour leur permettre de survivre, il est la vie même. Nous vivons par les liens que nous tissons. Nous étouffons la vie si nous ne cherchons qu'à nous conserver et nous protéger.

La foi reçue du Christ vivant et de l'Esprit du Père, nous provoque à propos de situations faites aujourd'hui à des femmes et des hommes de ce monde, et nous appelle à refuser la logique d'une société qui banalise l'exclusion sociale et multiplie les fractures entre sociétés, entre cultures, entre groupes humains, entre religions. Le partage nous contraint aussi à interpeller sans cesse les pouvoirs publics pour qu'ils assument leurs responsabilités dans le domaines de la justice sociale.

nous confessons l'amour gratuit de Dieu pour tous, bonne nouvelle de la grâce qui nous dit l'indéfectible espérance offerte à chaque homme, chaque femme, chaque enfant de notre terre. Aussi refusons-nous d'entrer en désespoir.
Partager est acte d'humanité, franchissement de nos timidités, de nos peurs, de nos vulnérabilités.

nous faisons mémoire de ce que toute dignité et toute intégrité de la personne, demeure un bien inaliénable que nous devons aux autres, comme à nous-même.
Aussi refusons-nous que le "vivre ensemble" soit détruit par le mépris ou l'humiliation.
Partager nous offre la joie d'accueillir, d'aller vers les autres les mains ouvertes et non fermées.

nous affirmons que Jésus a voulu donner accès à la parole, même aux sans-voix, en ouvrant à la dimension de l'amour chaque être, chaque réflexion, chaque action, même la plus modeste.
Aussi refusons-nous d'imaginer avoir un quelconque monopole de spiritualité, ou réduire l'autre en objet de générosité, le priver d'être acteur de sa propre existence.
Partager nous permet de faire route avec les autres, dans des projets et des risques communs.

nous prenons conscience que le progrès, recherché avec frénésie par les sociétés dites avancées, ne saurait constituer un pôle d'espérance pour la planète sans l'équilibre d'un juste partage entre les humains : l'intendance de la terre entière concerne chaque être vivant.
Aussi refusons-nous le "tout économique" comme seul critère, oubliant visages, mains, regards et noms de ceux qui en sont exclus.
Partager nous éclaire d'une vraie jubilation, dans la beauté et la confiance reçues du regard d'autrui.

nous désirons mettre nos capacités d'intelligence à la recherche de solutions appropriées de justice et d'équité pour tout être humain.
Aussi refusons-nous de sacraliser quoi que ce soit d'humain ou de religieux.
Partager, geste prophétique producteur de sens, nous libère et nous mobilise avec l'ensemble de la terre habitée.

nous découvrons que le dialogue théologique, approfondi avec énergie, cohérence, et perspicacité, peut être aujourd'hui un vrai ferment de libération des mentalités, de lutte contre les discriminations, de découverte de nouvelles solidarités, de victoire sur nos intégrismes.
Aussi refusons-nous que perdurent ignorances et soupçons alors que l'histoire du monde demeure marquée de trop de tragédies.
Partager peut être le lieu de réconciliation des mémoires en permettant de dire les souffrances, d'assumer les peurs, de s'enrichir des différences. C'est le geste nécessaire pour nous aider à sourire de nous-mêmes quand nous sommes tentés de nous croire uniques. N'est-ce pas là aussi une diaconie nécessaire de la paix ?

nous savons que l'Évangile nous convoque toujours à nouveau à son partage même si nous devons bien admettre que les langages d'Église sont sans cesse à renouveler, marqués de culture.
Aussi nous réjouissons-nous d'avoir, dans la démarche fédérative de la Fédération Protestante de France, des convictions communes et un chemin d'expérimentation, enjeu privilégié, surprenant, dynamique.
Partager provoque intelligence, audace, invention de gestes nouveaux qui donnent sens à l'espérance. C'est la vie

Tant que des femmes pleureront, je me battrai,
tant que des enfants auront faim et froid, je me battrai,
tant qu'il y aura un alcoolique, je me battrai,
tant qu'il y aura une fille qui se vend, je me battrai,
tant qu'il y aura un homme en prison et qui n'en sortira que pour y retourner, je me battrai,
tant qu'il y aura un être humain privé de la lumière de Dieu,
je me battrai,
je me battrai,
je me battrai !

(William Booth, fondateur de l'Armée du Salut)
PARTAGER C'EST VIVRE : PROPOSITIONS CONCRETES

Voici quelques propositions concrètes provenant des différents ateliers des Assises de la Fédération Protestante de France réunies à Toulouse, du 27 au 29 octobre 1995, et qui nous invitent à commencer à mettre en oeuvre, dans des domaines variés, la pratique du partage à laquelle nous avons été appelés.

Engageons-nous, par exemple, à :

A. - donner le meilleur retentissement à la campagne "Les Semailles de l'Evangile" afin de permettre la plus large diffusion de la Bonne Nouvelle
- favoriser le dialogue entre nos communautés sur la diversité de nos rencontres avec Jésus Christ, nos différentes approches de l'évangélisation et de la lecture de la Bible.
- sensibiliser nos Églises à l'accueil des personnes handicapées, de toutes celles qui souffrent.

B. - valoriser le temps consacré à autre chose que le travail, en s'inspirant du temps sabbatique, au sens de la rupture et de la gratuité. Peut-on transgresser la loi pour des raisons évangéliques afin de créer des situations de "fait accompli" qui atténuent la misère humaine et influencent le législateur ?
- s'efforcer de donner du sens au travail et définir ses différents aspects : activité, emploi, gagne-pain, service, etc. et donner des signes concrets de ce sens ; par exemple :
a) au niveau fédératif : SCOD, Mission dans l'Industrie, Equipes ouvrières,
b) au niveau local : caisse d'entraide paroissiale, cautionnement de logements, accompagnement de chômeurs, soutien à la création d'entreprises, coopératives rurales ou urbaines
- engager une réflexion approfondie devant aboutir à une proposition de réduction très importante du temps de travail
- susciter des lieux de médiation : la paroisse, lieu de libération de la parole, de dialogue entre chefs d'entreprises et chômeurs ; rencontres entre exclus des banlieues et des centres-villes.

C. - vivre d'abord le partage Sud-Nord sur le plan local, en étant conscients que nous ne pouvons pas faire l'économie d'un véritable débat théologique et politique.

D. - susciter localement des lieux de partage de parole entre gens de cultures et de religions différentes, incluant particulièrement ceux qui sont en situation d'exclusion. Même si les lieux de partage sont éphémères, il faut travailler dans la durée pour développer des attitudes de partage fondées sur la réciprocité, l'écoute, le désir d'apprendre les uns des autres
- être vigilants en tant que chrétiens aux développements européens et internationaux et porter dans l'intercession le travail des responsable dans ces domaines

E. - intégrer, lors de rencontres locales ou régionales, les différents aspects de la relation fédérative : convivialité, spiritualité, débat théologique et recherche biblique, dimension institutionnelle du dialogue
- expliciter la déontologie découlant de la Charte de la Fédération protestante de France afin de mieux l'appliquer à l'échelon local
- poursuivre la réflexion entreprise au sein de la Fédération Protestante de France sur le baptême
- ouvrir un dialogue sur le lien à la Réforme des différentes composantes de la Fédération Protestante de France pour mieux connaître notre mémoire commune et nos héritages historiques particuliers.

F. - travailler à surmonter la fracture entre les générations :
. en s'efforçant d'apprendre les langages différents qu'elles emploient,
. en évitant les généralisations qui oublient la diversité existant à l'intérieur de chaque génération,
. et en reconnaissant les trésors que chacune a à partager
- inventer un vivre-ensemble par des temps et des lieux de partage (dont le culte, qui s'ouvrirait à des expressions différentes de la foi).

G. - écouter et comprendre les rêves de nos contemporains, les aider à passer du rêve au projet qui s'ancre dans la réalité, les porter dans la prière, afin que les rêves humains soient confrontés à la volonté de Dieu.

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 29 octobre 1995