Une communauté : la fraternité spirituelle des Veilleurs

Auteur(s) : PUJOL Françoise

La fraternité spirituelle des Veilleurs a été fondée en 1923 par le pasteur Wilfred Monod. Elle regroupe des chrétiens, majoritairement protestants de différentes dénominations, qui ne vivent pas ensemble, mais se soutiennent dans leur vie spirituelle en s'engageant à suivre une règle très simple.

La règle des Veilleurs comporte trois engagements essentiels, acceptés et vécus dans la liberté.

1) Avoir trois moments de recueillement chaque jour : le matin (lecture de la Bible et prière orientée plus spécialement vers la louange) ; à midi (moment particulier de communion entre les Veilleurs grâce à la méditation des Béatitudes de Mt 5) ; et le soir (prière : pardon et action de grâce, éventuellement lecture de la Bible...). Chacun est libre de suivre la liste de lectures qu'il souhaite, celle de la Fédération protestante, celle de Reuilly ou une autre, et d'adopter une liturgie ou pas.

2) Marquer plus spécialement le vendredi par un « hommage au crucifié ». Par le recueillement, la méditation d'un verset proposé dans le bulletin de liaison, les Veilleurs se replacent chaque semaine devant la croix, pour méditer le don total de Dieu en Christ qui sauve le monde. Cette "consécration du vendredi" peut prendre un tour pratique : aide matérielle ou spirituelle, visite, lettre, jeûne...

3) Participer au culte du dimanche dans sa communauté locale, ou, en cas d'impossibilité, écoute de la radio ou de la télévision.

Les Veilleurs d'une même région se retrouvent trimestriellement pour un partage et un temps de culte, avec la Cène si possible, en accord avec l'Eglise locale invitée. Une retraite annuelle de trois jours est proposée, ouverte à tous. Le silence y tient une place importante pour que la Parole soit entendue à travers la méditation de la Bible et la prière. Un pasteur (le prieur) est responsable de la fraternité. Une année de noviciat est prévue : le novice s'exerce à suivre la règle dans son intégralité et devient ensuite membre observant s'il le souhaite. Un Veilleur, (parrain ou marraine) peut l'accompagner plus spécialement à ces débuts, par des conseils, lettres, visites. On peut cesser d'être Veilleur en renvoyant la carte de membre envoyée chaque année. Un bulletin trimestriel assure un lien régulier.

La spiritualité des Veilleurs trouve principalement sa source dans les Béatitudes (Mt 5, 3-10) et I Co 13. La visée essentielle est une pénétration de "l'esprit évangélique" joie, amour du prochain, service, esprit de pauvreté, dans la vie quotidienne. La devise de la fraternité est : "joie, simplicité, miséricorde".

Que peut apporter la fraternité aujourd'hui à l'Eglise ?

Dès l'origine, W. Monod a voulu que le mouvement ne se désolidarise pas des Eglises locales, mais que les Veilleurs s'y engagent et les vivifient, comme et avec les autres membres de ces églises, dans un esprit d'humilité. Quel peut être cet apport ?

A. Une aide pratique pour une spiritualité vivante au quotidien.

La fraternité tente de prendre réellement en compte la sanctification. A partir du fondement très ferme du salut par grâce seule, comment progresser dans la vie chrétienne ? La règle, qui est un soutien pour se tenir jour après jour à la lecture biblique et la prière, se veut un moyen concret pour aider à vivre l'Evangile dans le quotidien. L'engagement dans le monde résultera de cette écoute régulière, obéissante, personnelle et communautaire de la Parole.

La visée est donc une transformation des personnes, et par contre-coup, de l'Eglise et de la société, une « incarnation» de l'Evangile. A un moment où l'Eglise réformée se demande comment redevenir un peuple de lecteurs de la Bible, l'engagement des Veilleurs peut représenter une aide parmi d'autres, notamment pour les personnes débordées de notre temps. La règle en tant que

« discipline spirituelle» joyeusement acceptée, me donne la liberté quotidienne de méditer la Bible et de prier, afin d'agir ensuite !

B. Le soutient communautaire à la vie spirituelle personnelle.

Il est souvent ressenti comme manquant dans les paroisses. Le ou les groupes locaux de prières peuvent jouer ce rôle, mais ils n'existent pas toujours et sont marqués parfois par un style particulier : liturgique, charismatique... La règle, et notamment l'engagement partagé avec d'autres de prier trois fois par jour, constitue un soutien précieux. La liberté de style est entière. La méditation des Béatitudes à midi crée un lien très fort entre les membres de cette «communauté à distance». Lors des rencontres, de la retraite annuelle, dans le bulletin, les questions de la prière, de la méditation, de la vie spirituelle sont au premier plan, alors que souvent on parle peu de ces sujets en milieu réformé, par pudeur souvent, par indifférence peut-être aussi parfois.

C. Une spiritualité du silence, du renoncement... et de la joie !

Le veilleur est appelé à s'exercer à maintenir le silence intérieur pour entendre la voix du Père au milieu de l'agitation et des bruits du monde. La retraite annuelle se veut aussi un temps d'écoute de la Parole en privilégiant le recueillement dans le silence. L'intuition de W. Monod rejoint une demande spirituelle de notre époque, le silence et la prise de distance restant de simples moyens pour se mettre à l'écoute attentive du message biblique. La méditation des Béatitudes, celle du vendredi centrée sur le Christ en croix, la notion de « simplicité», qui appelle à renoncer à ce qui entrave le progrès de la vie à la suite du Christ et à une simplification de l'existence notamment sur le plan matériel, autant d'éléments qui replacent le Veilleur devant les exigences du Royaume, le «prix de la grâce» pourrait-on dire.

Ces méditations le poussent à la prière et à des engagements solidaires avec tous les souffrants d'aujourd'hui, dont le crucifié est le frère. Cependant, le premier terme de la devise, « joie », situe d'emblée dans la perspective du salut par la grâce seule. Cette joie se renouvelle dans la méditation quotidienne de l'Ecriture qui nous replace devant un Dieu Père et miséricordieux, et qui nous appelle à exercer la miséricorde.

D. Un esprit œcuménique.

Dès le début, en 1923, la fraternité s'est voulue œcuménique, ouverte à tout chrétien soucieux de progresser dans sa vie à la suite du Christ. Actuellement, elle permet notamment à des protestants de dénominations diverses de se retrouver unis par la prière et le même engagement. Elle favorise ainsi le rapprochement entre les communautés protestantes. Quelques catholiques sont membres ou sympathisants. La dimension œcuménique au sens fondamental de «toute la terre habitée » est présente entre autre par le développement du mouvement des Veilleurs au Honduras, parmi les paysans pauvres, récemment frappés par le cyclone Mitch. Vivant, sans l'avoir choisi, le dépouillement et la simplicité de vie, assoiffés de lectures bibliques et de prières, ils sont un enrichissement pour les Veilleurs européens (France, Suisse, Belgique et Pays-Bas) et nord-américains.

Alors que la fraternité s'est maintenue fidèlement et discrètement depuis sa création, ce développement international est, semble-t-il, un signe de son actualité et de sa vitalité.

Françoise Pujol, pasteur ERF à Albi

 

Source(s) : INFORMATION-EVANGELISATION
Date de parution : mai 1999

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