AG de la FPF, 5 avril 2008
Service œcuménique
Rapport oral de Gill DAUDE

 « Garde ta lampe pleine et allumée… » (Mt 25,3)

 

Des convictions à partir de la Charte de la FPF

Les premiers mots de la Charte de la FPF 1  évoquent l’unité particulière qui s’est construite entre nous au fil des années ».

 Cette unité est en effet particulière : on pourrait parler d’unité « par les chemins de traverse » : car on se reconnaît mutuellement jusqu’à participer à la même table du Seigneur 2 alors que nos Eglises ne sont pas en accord sur certains points essentiels de doctrine !
Mais l’unité ne passe pas que par la doctrine, elle se vit aussi par :

le service commun…cela se vit plutôt bien au sein de la FPF,
les relations fraternelles… qui sont fluctuantes selon les lieux…
la prière commune… mais il est parfois délicat de faire prier ensemble des spiritualités très différentes,
le témoignage commun… mais les divergences dans la forme comme dans la conception peuvent apparaître
Et pourtant, quelque chose se construit qui est en devenir, en devenir permanent parce que nos Eglises sont en devenir permanent et qu’il faut sans cesse remettre sur l’établi notre communion. La communion-unité n’est pas une décision prise une fois pour toutes, c’est un processus permanent qui se travaille, ou plutôt qui « nous » travaille  en un sens qui ne nous appartient pas : on ne maîtrise pas l’unité, celle-ci est une action de l’Esprit Saint qui nous emmène là où ne voulons pas aller : est-ce que nos Eglises sont prêtes à aller « là où elles ne veulent pas aller » ?

 La deuxième ligne de la Charte de notre Fédération, explicite encore : elle place cette unité dans un cadre plus large, à la fois en direction de l’Eglise universelle et en direction de la société. C'est-à-dire qu’il n’y pas d’unité entre nous qui ne soit unité avec l’Eglise universelle (c'est-à-dire partout sur la terre habitée où l’on confesse JC Seigneur !) et témoignage dans le monde.

 Et la Charte poursuit : cette unité se fait dans la diversité « reconnue » : il s’agit bien de se reconnaître : mais nous pouvons nous reconnaître qu’en reconnaissant l’Eglise universelle, l’Eglise dans sa totalité, qui dépasse nos petites cuisines ecclésiastiques.

 Et elle ajoute encore : c’est « nécessaire » : elle n’est donc pas une option selon nos humeurs, ni fonction de la gentillesse des partenaires.

 C’est dire  qu’il y a une exigence œcuménique dans la Charte qui nous unit, et cette exigence consiste à tisser la communion (ou l’unité) avec l’Eglise universelle. Pas seulement de bonnes relations entre nous et avec les autres, mais la communion, à l’image de la communion du Père, du Fils et de l’Esprit.
De cette communion trinitaire qui fonde notre unité, je relève trois éléments :

d’abord elle est incompréhensible et dépasse tout entendement,
ensuite elle est douloureuse, voyez la lutte du Christ en croix
enfin elle est toujours en mouvement : c’est la missio dei, le mouvement de Dieu vers le monde, par son Fils qu’il envoie, par l’Esprit Saint qu’il envoie … et par nous tous qu’Il envoie.
(On pourrait aussi dire qu’elle est unité sans confusion ni séparation, c'est-à-dire que les trois personnes sont parfaitement unique dans leur identité, aucune n’absorbe l’autre, et pourtant en profonde unité de vérité et d’amour. Cette originalité de la doctrine chrétienne trinitaire fonde le rapport à l’autre chez les chrétiens (ni absorption ni rejet), à la fois dans leur manière d’être en communion-unité ecclésiale, et dans leur manière d’être en société.)

 Le miracle, c’est que cette communion (incompréhensible, douloureuse et toujours en mouvement), est vivifiante : si nous voulons être des Eglises vivantes, nous ne ferons pas l’économie de la communion de l’Eglise universelle, de son unité.
Comme l’a dit si bien l’AG 2002 de la FPF : l’unité de l’Eglise est un don de Dieu, un témoignage à vivre, une obéissance au Christ et un service dans l’Esprit Saint. 

 C’est cela que nous portons au service œcuménique en direction des Eglises non protestantes, dans le respect de leur diversité, et dans l’accueil de leurs charismes et leurs richesses, autant que de leurs limites et leurs fardeaux.  Depuis 1950, date de la création de la première commission œcuménique. Puis un permanent sera nommé, d’abord pour les Eglises réformées en 1967, puis pour les luthéro-réformées en 1972, puis pour la FPF en 1988.

 Mais les choses sont évolutives, et pour répondre à cette vocation,  pour mettre en œuvre ce don de l’unité dont parle la Charte, nous pourrions montrer comment cette dimension œcuménique prend corps dans l’action de chacun des services de la FPF autant que dans le projet MOSAIC (dialogues avec les communautés de la diaspora des Eglises du Sud)..

 1. Préambule de la Charte de la FPF, explicité ensuite dans le  § 1.4 (qui insiste sur la nécessaire visibilité de la communion), le § 4 (le souci de l’unité du corps du Christ).
Les statuts reprennent aussi la thématique : approfondir notre communion, encourager le dialogue et l’action commune avec les autres Eglises chrétiennes (art.2, f).

2. Charte 1.2

 Quizz œcuménique

Qui a dit… 

 Se rassembler tous autour du Christ, le St Esprit nous y pousse. Oui, l’Eglise est plus vivante que jamais ! 

 - Le pasteur Daniel Thevenet, président des Eglises Evangéliques de Réveil en France, lors du dernier Forum œcuménique de la FPF, à propos de la rencontre internationale dite du World Christian Forum, qui intégrait pour la première fois les mouvances évangéliques et pentecôtistes aux côtés de l’Eglise catholique et des Eglises membres du COE. Voir site.

 Commentaire : c’est en effet autour du Christ que se fait l’unité. Mais ce mouvement est celui de l’Esprit. Ecouter ce que l’Esprit dit aux Eglises, c’est ce qui rend vivant.

  Est-ce le moment de continuer à nous préoccuper uniquement de ce qui concerne notre Eglise ? Ne serait-ce pas précisément à cause de cela que nous aussi « nous semons beaucoup, mais nous engrangeons peu » ? Nous nous activons de multiples manières, mais au lieu de se rapprocher du Christ, le monde s'en éloigne !

 - Le Capucin P. Raniero Cantalamessa (prédicateur du pape, vendredi Saint dernier à Rome).

 Commentaire : il y a un lien mortifère entre nos ecclésiocentrismes (ou confessio-centrismes, ou identito-centrisme) et le faible rayonnement de nos Eglises. Aucune Eglise n’y échappe, quelque soit leur théologie. Il faut balayer devant notre porte (comme le disait Karl Barth après avoir constaté le souffle de Vatican II pour l’Eglise catholique).

  Les divisions dans l’Église contredisent sa nature, faussent son témoignage, et font échouer sa mission dans le monde.

 - Le Patriarche Bartholomée, à l’anniversaire du COE, cathédrale St Pierre (s’appuyant sur la question de Paul aux corinthiens « Christ est-il divisé ?»).

 Commentaire : la question de l’unité des Eglises n’est pas seulement une question d’efficacité dans le témoignage. C’est que le corps du Christ est démantibulé, c'est-à-dire le Christ lui-même. En ne nous reconnaissant pas, voir en nous dénonçant les uns les autres, nous donnons à voir un Christ démantibulé !

  Il nous faut trouver le courage de nous dire nos blocages les uns aux autres, pour trouver ensemble le chemin du repentir et accueillir l’Esprit de Dieu qui nous conduira en nouveauté de vie…

 - Jean Arnold de Clermont, dans son discours d’ouverture au 3e rassemblement œcuménique européen à Sibiu.

 Commentaire : oui, le chemin œcuménique passe par la charité dans la vérité et la vérité dans la charité, qui nous provoquent à la conversion. En travaillant ensemble, nous sommes conduits à des « metanoia », des changements de mentalités, des repentances, sous l’action de l’Esprit Saint. Mais sommes-nous prêts à les vivre, en particulier dans nos Eglises ? Beaucoup de travail théologique de réconciliation a été fait, qui n’est pas encore reçu dans nos Eglises et qui n’induit aucun changement… et nous continuons notre route tout seul comme si de rien n’était… c’est peut-être un problème plus profond de conscience ecclésiale (donc œcuménique) de nos Eglises.

 Avec ce quizz, je voulais signifier deux caractéristiques de notre temps œcuménique en pleine  mutation :

la première c’est que les pistes se brouillent, et c’est peut-être heureux. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les richesses (et les personnes !) qui se trouvent dans toutes les Eglises et qui d’ailleurs, circulent transversalement dans toutes les Eglises. Et si la communion, comme l’induit le Grec, c’est l’échange de dons, alors nous devons y aller avec plus d’audace !
 la seconde, c’est qu’il y a une foultitude d’initiatives qui émergent, de manière très éclatées et guère contrôlables, au plan international comme local, et dans lesquelles tous les chrétiens de toutes tendances, s’engagent et s’enthousiasment. Comme si le St Esprit refusait de prendre les chemins bien balisés de l’œcuménisme officiel ! Et lorsque cet œcuménisme-là, cette communion-là se tisse dans le Christ et par l’Esprit, il génère la joie, au sens biblique du terme qui n’est pas loin de la Grâce !
 

De la transmission : la session des jeunes

 

Les plus beaux témoignages que j’ai reçus dans ce sens, sont ceux des jeunes de la session œcuménique des jeunes de Nîmes, tous les ans à la fin août.

 Je regrette que nous ayons tant de mal fou à trouver 7 jeunes dans les Eglises de la FPF !

Ecoutez leurs témoignages :

  •  Cette session m’a particulièrement touchée par son apport spirituel. Un vrai esprit de fraternité chrétienne !
  •  Une grande joie, diversité, densité. Beaucoup de préjugés sont tombés. Je suis heureux de constater que d’autres vivent authentiquement leur foi !
  • On va plus haut que nos divisions, plus loin que l’église ; on va à l’essentiel, unis dans l’amour du Christ. 
  • Une telle session nous pousse dans nos retranchements. J’ai progressé, je vois plus clair aussi sur ma confession.
  • Maintenant, on espère la communion au nom des personnes qu’on a rencontrées. Je suis un enthousiaste du consensus différencié qui permet de rencontrer l’autre en le respectant.
  • Nous avons témoigné de notre foi dans la confiance réciproque. Nous avons dépassé nos barrières, j’ai vu l’Esprit à l’œuvre en nous tous.

Voilà ce que je souhaite à beaucoup de jeunes de nos Eglises : cet Esprit de communion, cette fraternité au-delà (mais sans reniement) des frontières confessionnelles (qui sont aussi sociales et culturelles !), et cette passion (dans le double sens d’une lutte et d’une joie !) : elle est transmissible !

 

Vécue ainsi, cette passion d’unité est une force étonnante aussi pour agir dans la société à réconciliation des humains (puisqu’elle travaille le passage de la méfiance à la confiance réciproque). Cet apprentissage de l’unité (et le dialogue qu’il met en jeu) est un formidable outil au service du vivre-ensemble de nos sociétés : il y a une fonction citoyenne de l’œcuménisme.

 Alors, SVP, envoyez des jeunes à la session œcuméniques de fin août (24-31 août 2008) !

 

CONCLUSION PERSONNELLE

 Une conclusion plus personnelle puisque c’est la dernière fois que je prends la parole dans cette Assemblée.

 Pendant ces 7 années passées au service œcuménique de la FPF, j’ai été bousculé, déplacé, et intérieurement transformé.

 La richesse et la fraternité que l’on peut vivre dans un carrefour comme le service œcuménique, l’approfondissement spirituel et théologique auquel on est contraint (au sens noble, sens évangélique), l’irruption parfois déroutante de l’Eglise universelle dans nos prés-carrés, lorsque tombent tout à coup un certain nombre de  préjugés que l’on croyait partie intégrante de notre identité : vous ne pouvez pas savoir le bonheur que cela procure !

Le service œcuménique de la FPF, c’est le carrefour du bonheur !
J’ai vu, comme le disait l’un des jeunes de la session de Nîmes, l’Esprit Saint à l’œuvre en nous tous, dans toutes nos Eglises, celles membres de la FPF mais aussi bien au-delà, car c’est le même Esprit qui agit en tous.

           Ainsi, j’ai été ainsi souvent ramené aux béatitudes.
Bien sûr, j’ai mesuré d’autant plus nos misères, nos pauvretés, notre inhumanité, combien nous cédons plus facilement au diable (diabolos, diviseur) qu’à l’Esprit Saint qui conduit dans la vérité et la charité.
Bien sûr, je me suis heurté à ces résistances de nos personnes et de nos Eglises, passives ou actives, humaines et théologiques, ces résistances dont on croit qu’elles font nos identités.

           Et j’ai été encore ramené aux béatitudes…
…où Jésus nous dit (mais en le disant il le donne !) ce bonheur paradoxal pour ces pauvres que nous sommes, pauvrettes personnes et pauvrettes Eglises, ces mendiants d’Esprit, de paix, de réconciliation, de justice…
C’est dans le creux de toutes ces misères, humaines, ecclésiales, personnelles, que Dieu, en Christ, vient poser son bonheur : le bonheur de sa présence, c'est-à-dire le bonheur de la communion-unité avec Lui, mais qui ne va pas sans le bonheur de la fraternité, c'est-à-dire de la communion, de l’unité de ceux qui s’y abandonnent, et plus loin encore : qui ne va pas le bonheur de voir sans doute un jour rassemblé, avec le Christ à sa tête, ce qui est sur la terre et dans les cieux (Eph 1.10).
 Ainsi : l’unité est toujours un don à recevoir, mais aussi toujours une espérance à accueillir.

Voilà l’œcuménisme que j’emporte de la FPF et de son service œcuménique : alors, priez pour que je ne l’oublie pas !

 Garde ta lampe pleine et allumée…