Martin LUTHER (1483-1546)

Un théologien allemand à la recherche de son salut personnel

Une époque troublée

Martin LUTHER est né en Saxe en 1483 dans une famille paysanne. A cette époque où la vie est si peu de chose, la seule mais très forte préoccupation spirituelle des Européens est de savoir comment être sauvé, c'est-à-dire comment échapper aux peines éternelles.

Une Eglise aux réponses insuffisantes

Tout ce que l'Eglise trouve alors à répondre aux angoisses de ses Fidèles c'est : "faites confiance à l'Eglise", "obéissez-lui", "confessez-vous aux prêtres", etc ... Cela étant insuffisant, l'Eglise invente la doctrine du Purgatoire, puis la doctrine des Indulgences.

La quête désespérée d'un moine

Après des études qui le conduisent au grade de maître es Arts, Martin LUTHER, à la suite d'un serment fait à Sainte-Anne au cours d'un orage, entre au Couvent des Ermites de Saint-Augustin d'Erfurth en 1505 à 22 ans. Ordonné prêtre en Avril 1507, docteur en Théologie en 1512, il est alors nommé professeur de théologie à l'Université de Wittemberg en Saxe.

Homme de son temps, durant toutes ces années, il tremble devant Dieu et craint pour son salut. Ni l'Eglise, ni les théologiens n'arrivent à calmer l'angoisse permanente qui étreint ce moine fervent et scrupuleux. 

Un théologien ébloui par la vérité

Travaillant la Bible pour préparer ses cours, Martin LUTHER redécouvre peu à peu que le Salut ne se monnaie pas, ne se mérite pas, mais qu'il est accordé gratuitement par Dieu à celui qui croit en Jésus-Christ. Ebloui et libéré intérieurement, il commence dans ses cours à enseigner le salut gratuit.

Un théologien seul face à son Eglise

Au nom de la gratuité du salut, le théologien LUTHER s'oppose de toutes ses forces à la vente des Indulgences que délivre le pape aux pénitents. Le 31 Octobre 1517, il affiche sur la porte de l'Eglise de Wittemberg ses "95 Thèses sur les Indulgences". Le procédé, normal pour l'époque, ne choque personne. Par contre, les Thèses s'en prenant indirectement au pape sont, elles, très violemment attaquées par les partisans de celui-ci.

Un chrétien rejoint par des millions d'autres chrétiens

La Bonne Nouvelle se transmet comme une traînée de poudre dans toute l'Europe : Dieu offre gratuitement le salut et la paix intérieure à ceux qui croient en Jésus-Christ. Plus besoin d'argent pour acheter des Indulgences pontificales pour soi-même ou les siens. Plus besoin d'Indulgences du tout. Plus besoin d'être riche ou influent pour échapper aux peines éternelles. Quelle libération spirituelle pour tous ces gens obsédés par la mort et la damnation. Mais aussi quel manque à gagner pour l'Eglise d'Occident à bout de souffle.

La réaction des Autorités civiles

Après de nombreux débats entre théologiens, la nouvelle doctrine occasionnant quelques troubles, l'Empereur d'Allemagne, Charles-Quint, convoque LUTHER devant la diète de l'Empire à Spire. L'Empereur accorde un sauf-conduit au théologien pour qu'il puisse se rendre à cette convocation en toute sécurité.

Martin LUTHER s'y rend, prêt au sacrifice, car dit-il "ma conscience est liée par la Parole de Dieu et je ne puis autrement". C'est faire preuve d'un grand courage ; en effet, juste un siècle plus tôt en 1415, le préréformateur Jean HUSS se rendant au Concile de Bâle avec un sauf-conduit de l'Empereur d'Allemagne a, néanmoins, été arrêté, jugé et brûlé vif. Quant au dominicain SAVONAROLE, cela fait à peine 20 ans qu'il a été exécuté à Florence.

Mis au ban de l'Empire, LUTHER doit s'enfuir sous la protection de l'Electeur de Saxe. Semi-prisonnier au chateau de la Wartbourg pendant 9 mois, il en profite pour traduire la Bible en Allemand contribuant ainsi à fixer pour la première fois la langue allemande.

La réaction des Autorités religieuses

Martin LUTHER, dans ses débats avec les théologiens mandatés par la papauté se retranche derrière la seule autorité qu'il peut opposer au pape et même mettre au dessus de celui-ci, c'est-à-dire l'autorité de la Bible. En agissant ainsi, il contraint le pape, soit à se démettre, soit à l'excommunier. C'est naturellement la seconde solution que choisit le pape qui publie une bulle d'excommunication à l'encontre de LUTHER à compter du 3 Janvier 1521.

Les conséquences de l'excommunication de LUTHER

Cette terrible erreur de jugement du pape et de ses conseillers fait basculer la moitié de la chrétienté occidentale dans le camp de LUTHER. La déchirure, dramatique, va générer plusieurs siècles de conflits théologiques, de persécutions et de guerres religieuses d'une brutalité inouïe laissant sur leur passage d'innombrables cadavres et décombres.

La vie d'un théologien excommunié

Désormais Martin LUTHER va mener un combat incessant contre la papauté essentiellement par la plume. Ses très nombreux écrits qui, pour la plupart, sont des ouvrages de circonstance, précisent sa doctrine et la développent.

Luther s'éteint en 1546 quelques mois après le début du concile de Trente, entouré de l'affection et du respect de tous.

 

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Ulrich ZWINGLI (1484-1531)

Un curé suisse a la recherche du pardon du christ

Un parcours classique

Ulrich ZWINGLI est né en 1484 dans une famille paysanne fortunée et très religieuse. Tout jeune,il est confié à un oncle prêtre qui lui enseigne les rudiments du latin. Il étudie ensuite à Bâle, Berne et Vienne et s'inscrit en 1502 à l'Université de Bâle où il obtient en 1502 le grade de maître es arts. A 22 ans, doté d'une bonne culture scolastique et d'une très bonne formation humaniste, il est nommé curé de Glaris.

Un curé présent au monde

Contrairement à LUTHER, moine en son couvent, ZWINGLI est très présent au monde. Particulièrement actif dans sa paroisse, il continue à se former et apprend le grec en 1513. Par ailleurs, il s'intéresse également à la vie de sa cité. Il participe en particulier, comme aumônier des Suisses à la solde du pape, aux célèbres batailles de Novare (1512) et de Marignan (1515).

Il devient ensuite prédicateur d'un sanctuaire célèbre puis prédicateur et curé de la cathédrale de Zurich. C'est là qu'il devient petit à petit un authentique réformateur.

Un chrétien à la recherche du pardon du Christ

Durant toute ces années, ZWINGLI doit lutter contre sa nature humaine. Sans véritablement douter de son salut et donc partir à sa recherche comme LUTHER, ce qui marque le plus ZWINGLI c'est sa difficulté à vivre dans la sainteté. Il trouvera la paix dans le pardon du Christ rédempteur, à partir des mêmes textes que LUTHER, mais indépendemment de lui, tout au moins au début. Dès lors, il va pouvoir s'attaquer à sa vocation de réformateur.

Un théologien engagé

ZWINGLI s'intéresse à la vie publique de la cité dont il est le curé. Il n'hésite pas à intervenir par la prédication ou la plume. Ses écrits, quoique moins nombreux que ceux de LUTHER, sont aussi très intéressants.

Il est même élu au grand conseil de la ville de Zurich. On peut considérer qu'il passe définitivement à la Réforme à partir de 1523 avec la rédaction des 67 Thèses qu'il rédige pour pariciper à la première dispute de Zurich qui se tient le 29 Janvier 1523. Dans cet écrit très intéressant on peut repérer les thèmes centraux de la pensée théologique de ZWINGLI : la souveraineté absolue de Dieu d'où découle le salut donné gratuitement à l'être humain d'une part et l'autorité de la Bible d'autre part.

Un réformateur en action

Son choix étant fait, ZWINGLI va tout faire pour que Zurich devienne une cité réformée selon l'Ecriture Sainte. Toute son action va consister à transformer progressivement les coeurs et les mentalités de sa cité pour atteintre ce noble but. Il n'hésitera pas à participer à plusieurs disputes célèbres ce qui lui vaut d'être - enfin ! - excommunié à la dispute de Baden (Canton d'Argovie) en mai 1526.

Un réformateur oecuménique

L'un des souhaits de ZWINGLI demeurera toujours de faire l'unité des diverses tendances de la Réforme. Il n'y parvient que partiellement : ainsi, impossible de s'entendre avec les Anabaptistes qui seront chassés de Zurich.

Il ne parviendra pas non plus, malgré une évidente bonne volonté réciproque, à se mettre d'accord avec LUTHER sur la doctrine eucharistique. Ils se rencontrent au Colloque de Marbourg en 1529 sous la présidence du Landgrave Philippe de Hesse pour faire le point de leurs accords et désaccords.

Un texte comprenant 15 articles est publié à l'issue du Colloque. Sur les 14 premiers concernant les fondements de la Réforme, l'accord entre les Allemands et les Suisses est total. Dans le 15-ième article, concernant la doctrine eucharistique, les deux parties constatent un certain nombre de points d'accord et terminent par un désaccord sur le mode de présence du Christ dans l'Eucharistie.

La mort tragique d'un réformateur

Un autre souhait de ZWINGLI est de convertir l'ensemble de la Confédération Helvétique à la foi évangélique. Sur ce point, non seulement il ne parvient pas à l'obtenir, mais en plus son action a bien failli entraîner l'éclatement de la Confédération toute entière ! Finalement, les cantons suisses catholiques attaquent les Zurichois et les gagnent à la bataille de Cappel en octobre 1531. ZWINGLI - aumônier des troupes zurichoises - est tué sur ce champ de bataille alors qu'il assiste blessés et mourants.

 

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Jean CALVIN (1509-1564)

Un humaniste français à la recherche de la vérité

Une enfance aisée

Jean CALVIN est né à Noyon en Picardie en 1509 d'un père notaire et conseiller juridique du diocèse de Noyon et d'une mère pieuse. Très jeune, destiné par son père à la prêtrise comme son frère aîné, il est pourvu d'un bénéfice qui le met à l'abri du besoin.

Un juriste qui passe à l'humanisme

Après des études sur place, il est envoyé à Paris au collège de la Marche puis à celui de Montaigu (où il est condisciple d'Ignace de Loyola). A la suite d'un différent entre son père et l'évêque de Noyon, son père décide de faire de son fils un juriste et Jean CALVIN va étudier à Orléans puis à Bourges avant de revenir à Paris.

Ses études de droit terminées, il se tourne vers les lettres et se fait connaître dans le monde des humanistes par un excellent Commentaire du "De clementia" de Sénèque, rédigé en 1532 à l'âge de 23 ans.

Un humaniste gagné à la Réforme

Durant ses études de droit, il est en contact avec de nombreux "luthériens", professeurs ou étudiants. Cependant, dans un premier temps, il ne semble pas que le brillant étudiant qu'est CALVIN se soit intéressé à autre chose qu'à ses études. Ce n'est qu'en 1534 qu'il passe brusquement à la Réforme, résilie son bénéfice et quitte la France après l'affaire dite "des Plaquards".

Sur sa conversion, brusque et définitive, il restera toujours discret quant à la manière dont elle s'est déroulée. Juriste et humaniste, sa soif de vérité est très forte et l'Eglise Catholique de l'époque, en pleine confusion, ne peut guère lui apporter de réponse. C'est finalement dans l'Ecriture qu'il trouvera la vérité qu'il recherche.

Sa seule ambition étant d'écrire, il se retire à Bâle où il publie son premier livre à caractère religieux en 1536 : l'Institution de la Religion Chrétienne, ouvrage qu'il retravaillera tout au long de sa vie au point de le faire passer de 6 chapîtres - en 1536 - à 80 chapîtres - en 1564. Ce livre le fait reconnaître d'emblée comme un brillant théologien de la Réforme.

Le théologien de la Réforme

Homme de la deuxième génération, il n'innove pas particulièrement. Mais ce juriste est un écrivain précis : il construit la théologie de la Réforme. L'Institution de la Religion Chrétienne comporte une théologie d'autant plus claire que c'est un ouvrage adressé à François 1er pour défendre les "évangéliques", "luthériens" et autres "bibliens" persécutés que le roi laisse envoyer au bûcher depuis l'affaire des Plaquards.

Sa théologie - comme celle de ZWINGLI - est enracinée dans une affirmation centrale : la souveraineté de Dieu qui s'exerce partout et sur toute sa création, humains compris.

Sa théologie est également enracinée - comme celle de LUTHER - dans une autre affirmation, corollaire de la première : l'homme n'est sauvé, justifié, que par la seule grâce de Dieu , par le moyen de la foi en Jésus-Christ.

Sa théologie est enfin enracinée dans une troisième affirmation qu'il partage avec LUTHER et ZWINGLI : l'autorité de la Bible est souveraine en matière de foi et de règle de vie. L'autorité de la Bible est placée au dessus de celle de l'Eglise.

Le théologien devient pasteur

Jean CALVIN, au cours d'un déplacement à Genève y est retenu comme pasteur en 1536. Chassé de la ville en 1538 par le magistrat qui ne veut pas accepter la discipline ecclésiastique qu'il propose, CALVIN se retire à Strasbourg où il exercera la charge de pasteur de la paroisse française de 1538 à 1541.

Pasteur de Genève et des réformés français

Rappelé en 1541 à Genève par les Genevois, il restera dans cette ville jusqu'à sa mort en 1564. Peu à peu, il va transformer la ville malgré l'opposition fréquente des magistrats. Il va alors mener de front un prodigieux travail d'écrivain (ouvrages de théologie, d'exégèse, de commentaires bibliques, de correspondances, etc ...), un travail de pasteur et un travail de fondateur d'un nouveau type d'homme : le calviniste.

Tout en assurant sa charge de pasteur de Genève, il va soutenir, par ses conseils, ses livres, ses encouragements, ses exhortations, les réformés français - ses compatriotes - pour lesquels il manifestera continuellement une grande sollicitude.

Un théologien européen

Mis à part le bref séjour de 1510 à Rome, LUTHER n'a jamais quitté l'Allemagne. De même, mis à part un déplacement à Marbourg en 1529, ZWINGLI n'a jamais quitté la Suisse. Jean CALVIN, par contre, a beaucoup voyagé : en plusieurs régions de France, en Suisse, en Italie à Ferrare - auprès de René de France duchesse de Ferrare, en Allemagne également - assistant aux Colloques de Hagueneau, de Worms,ou celui de Ratisbonne tenu entre catholiques et protestants en 1541 à la demande de l'Empereur d'Allemagne.

Cette connaissance qu'a Calvin des principaux pays européens de son temps lui sera précieuse tout au long des nombreuses relations épistolaires avec les autres Réformateurs. En effet, contrairement à ce qu'on pourrait croire, la plupart des Réformateurs du XVI-ième Siècle se connaissaient et s'étaient même rencontrés au moins une fois.

CALVIN n'a bien sûr pas connu ZWINGLI mort avant son passage à la Réforme, et s'il n'a pas eu l'occasion de rencontrer physiquement LUTHER, les deux hommes correspondaient entre eux. Quant aux autres Réformateurs importants de l'époque, CALVIN les a tous rencontrés à l'un ou l'autre colloque.

Un prodigieux écrivain

En traduisant son Institution de la Religion Chrétienne en français dès 1541, CALVIN a contribué à fixer la langue française, alors en pleine évolution. Par ailleurs, cette traduction fait de l'ouvrage le premier livre de théologie systématique traduit en langue vernaculaire et non plus en latin. Incontestablement, il ouvre ainsi une ère nouvelle qui permettra à tous ceux qui savent lire de structurer et développer leur foi à partir de la bible ou d'ouvrages de théologie (et pas seulement de piété, comme auparavant).

Les écrits de CALVIN, ouvrages de théologie, d'exégèse, de commentaires bibliques, de correspondances, etc ... sont très nombreux et font de lui un des écrivains les plus féconds et les plus variés du XVI-ième Siècle.

La mort du réformateur

La fin de sa vie sera attristée par les guerres de religions qui éclatent en France malgré ses avis contraires. Et au moment où il est enfin reconnu à Genève (il n'obtient le droit de bourgeoisie qu'en 1559), cette situation des réformés français le remplit de tristesse. En 1564, il s'éteint à Genève, entouré de ses principaux collaborateurs et amis au nombre desquels figure Théodore de Bèze qui lui succèdera à la tête de l'Eglise de Genève.

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