Fiche

Titre : Papicha
Edition : France – Algérie – Belgique – Qatar , 2019, 1h45
Réalisation : Mounia Meddour ; Scénario : Nadia Meddour et Fadette Drouard ; Montage : Damien Keyeux ; Décors : Chloé Cambournac ; Production : High Sea Production et The Ink Connection ; Distribution France : Jour2fête.

Interprétation :

Lyna Khoudri (Nedma) ; Shirine Boutella (Wassilia) ; Amira Hilda Douaouda (Samira) ; Zahra Doumandji (Kahina) : Yasin Houicha (Medhi).

Auteur

Mounia Meddour, née en 1978, vit en France avec sa famille à partir de 1997. Elle étudie le journalisme et se forme au cinéma et à l’audiovisuel. Elle réalise plusieurs documentaires, Particules élémentaires (2007), La cuisine en héritage (2009), Cinéma algérien, un nouveau souffle (2011), et Edwige (2011). Papicha est son premier long métrage présenté à Cannes 2019 dans la sélection Un certain regard. Il a reçu trois prix au festival du film francophone d’Angoulême (Prix du public, du scénario et de la meilleure actrice).

Résumé

Alger, années 1990. Les terroristes islamistes font régner la terreur en Algérie. Nedjma, 18 ans, étudiante vivant à la cité universitaire, rêve de devenir styliste. La nuit elle rejoint la boîte de nuit où elle vend ses créations aux " papichas ", jolies jeunes filles algéroises. Elle refuse de plier devant les intégristes islamistes et elle décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits.

Analyse

Ce film est un véritable coup de poing. Un hymne énergique à la liberté, au courage, à la résistance. Un film indispensable qui ne nous parle pas du passé mais qui veut apprendre aux jeunes d’aujourd’hui d’Algérie et d’ailleurs, qu’on peut et doit lutter pour la liberté, pour la dignité des femmes, malmenées, humiliées, asservies par ces fous de Dieu qui imposent leur vision de la société et de la femme en particulier, avec la force des armes et de la haine. Il est symptomatique que ce film ait été privé jusqu’à ce jour, de diffusion dans l’Algérie actuelle en crise. Dans une mise en scène vigoureuse, au plus près du visage et des corps de Nedjma et de ses amies pour traduire leur enfermement, l’atmosphère oppressante, ce film nous montre une jeunesse pleine d’espoir dans un contexte qui en laisse si peu. Elles sont jeunes, ardentes, belles, libres, sensuelles, coquettes. Elles ont la fureur de vivre et la vitalité des jeunes filles qui, à leur âge, dans beaucoup de pays, s’amusent, dansent, découvrent le monde et l’amour. Et dans un pays qui le permet si peu elles trouvent le moyen de vivre leurs rêves, malgré la mort qui rode, avec la peur au ventre parfois mais avec détermination. L’habileté de Mounia Meddour est d’avoir fait d’un sujet sombre un film lumineux qui ne manque pas d’humour avec des dialogues d’une grande liberté. Ces filles sont joyeuses, chaleureuses, solidaires, pleines de tendresses et d’amour. Avec une ironie dévastatrice Nedjma prend le haïk, habit traditionnel des musulmanes algériennes, grande pièce de tissu beige qu’elle détourne pour y tailler ses robes d’inspiration occidentale. Meddour rend un bel hommage à l’insoumission et à la vertu ordinaire de ces femmes : le courage ! Des femmes qui ont réellement existé pendant la décennie noire de la guerre civile algérienne. C’est ce qu’a vécu la réalisatrice qui avait 19 ans, avant que sa famille, son père cinéaste étant menacé de mort, ne s’exile en France.
Un film bouleversant, puissant, porté par des actrices exceptionnelles qui lui donnent du relief et une grande crédibilité.
Marie-Jeanne Campana