Fiche

Titre : Chambre 212
Edition : France, 2019, 1h27
Réalisation : et scénario : Christophe Honoré – Directeur de la photographie : Rémi Chevrin – Montage : Chantal Hymans – Ingénieur du son : Carlo Thoss – Production : Les Films Pelléas – Distribution France : Memento Films Distribution

Interprétation :

Chiara Mastroianni (Maria) – Benjamin Biolay (Richard) – Vincent Lacoste (Richard à 25 ans) – Camille Cottin (Irène Haffner à 40 ans) – Carole Bouquet (Irène Haffner à 60 ans) – Stéphane Roger (La Volonté)

Auteur

Christophe Honoré, né en 1970, est écrivain, scénariste et réalisateur, auteur d’une vingtaine de romans, en partie pour la jeunesse. Il réalise son premier long métrage en 2002, 17 fois Cécile Cassart, avec Béatrice Dalle. Suivra une trilogie sur « la jeunesse de Paris » avec Dans Paris, Les chansons d’amour et La belle personne, inspirée de La Princesse de Clèves. Régulièrement sélectionné à Cannes, il aborde le film musical avec Les Bien-aimés (2011). Plaire, aimer et courir vite (2018) est un drame sentimental entre deux jeunes homosexuels séparés par la maladie et la mort de l’un des deux.

Résumé

Vingt-cinq ans de mariage ont affadi la passion entre Richard et Maria et cette dernière, travaillée par le démon de midi, enchaîne les aventures avec ses élèves étudiants. Après une dispute avec son mari qui découvre ses infidélités, elle le quitte pour passer la nuit dans la chambre 212 de l’hôtel en face et réfléchir à l’avenir de leur couple. De sa fenêtre, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari, son mariage. A-t-elle pris la bonne décision ? Bien des personnages de sa vie ont une idée sur la question et vont le lui faire savoir.

Analyse

Le film de Christophe Honoré, présenté à Cannes dans la sélection Un certain regard, est une comédie légère et sentimentale, qui tranche avec les films, nombreux, qui montraient les misères de notre monde. L’histoire, assez banale, est traitée avec une grande fantaisie, car après un début réaliste, le film plonge dans un univers onirique qui échappe à toute logique. Maria voit de sa chambre son mari bedonnant, abattu par son départ soudain et ses réflexions sont traduites en images par l’irruption de nombreux personnages qui surgissent du passé, et parmi eux son mari 25 ans plus jeune. On peut penser à certaines comédies de Shakespeare ou au Woody Allen de Minuit à Paris. Le passé et le présent se télescopent à 25 ans d’intervalle, convoquant les rêves de jeunesse et la réalité de l’âge mûr, ce que l’on voulait être et ce que l’on a été. Il ne faut surtout pas essayer de chercher une explication rationnelle à cette succession de scènes où le cocasse le dispute à la nostalgie, mais se laisser porter par le rythme du film, digne des comédies de Feydeau. On découvre ainsi les amants successifs de Maria, et ils sont nombreux, mais aussi sa mère qui lui fait la morale, un sosie d’Aznavour en vieux philosophe et enfin la professeure de piano de Richard dont il était amoureux quand il avait quinze ans.
L’exercice est brillant, on peut le juger un peu artificiel mais on peut aussi lui trouver un charme certain, d’autant que les acteurs, emmenés par une Chiara Mastroianni survoltée (Prix d’interprétation d’Un certain regard) sont excellents. Ajoutons que l’appartement du couple se situe au-dessus du cinéma Les Sept Parnassiens, haut lieu de la cinéphilie parisienne et que le bar (réel) dans lequel ils finissent la nuit se nomme Rosebud, le symbole mystérieux et mythique du souvenir dans Citizen Kane. Tout un programme !
Jacques Champeaux