Fiche

Titre : Cunningham
Edition : Allemagne, France, États-Unis , 2020, 1 h 33
Réalisation : scénario et montage : Alla Kovgan ; Musique : Volker Bertelman ; Photographie : Mko Malkhasyan ; Son : Oliver Stahn ; Chorégraphe : Jennifer Goggans ; Distribution France : Sophie Dulac Distribution

Interprétation :

Documentaire

Auteur

Alla Kovgan, née en 1973 à Moscou, est une réalisatrice, monteuse, productrice, russe installée aux États-Unis. Cunningham est son premier long métrage. Elle a réalisé quatre autres courts métrages et documentaires non distribués en France.

Merce Cunningham (1919-2009) est considéré comme le précurseur de l’avant-garde en matière de danse contemporaine. Après des études de lettres et de théâtre, il est entré au Cornish Institute of Applied Arts, à Seattle, où il a rencontré John Cage, professeur, qui sera son compagnon et collaborateur. Après un passage comme danseur dans la compagnie de Martha Graham, il commence ses propres chorégraphies en totale rupture avec l’expressionnisme de Graham, auxquelles il associe le peintre Robert Rauschenberg. En 1953 il crée sa propre compagnie.

Résumé

Quarante ans de l’œuvre chorégraphique de Merce Cunningham (1919-2009) entre 1942 et 1972.

Analyse

Superbe documentaire qui nous offre quarante ans de l’œuvre de ce danseur et chorégraphe fascinant que fut Merce Cunningham. A travers 14 de ses principales chorégraphies sur les quelque 180 qu’il a créées, Alla Kovgan rend un magnifique hommage à celui que l’on considère comme le père de la danse contemporaine, avec des archives inédites où l’on voit le créateur tel un faune souple et puissant, ses collaborations notamment avec le musicien John Cage, le plasticien Robert Rauschenberg et la pléiade d’artistes majeurs des années cinquante comme Warhol ou Pollock. Prenant le même parti que Win Wenders dans son travail en 3D sur la chorégraphe Pina Bausch, la réalisatrice va au-delà. Les chorégraphies présentées sont replacées dans un décor délibérément moderne, sur le toit d’un gratte-ciel, filmées en plongée depuis un hélicoptère, dans une clairière ou dans les bois, dans les couloirs du métro ou sur une passerelle en verre. Ce qui nous fait entrer dans la danse, comme l’aurait souhaité le maître, qui a inventé une nouvelle manière d’envisager cet art, en le rendant indépendant de la musique, en laissant le mouvement parler de lui-même, sans le charger d’une histoire à raconter ou d’un sentiment à exprimer. « Tout ce qui est vu trouve sa signification à l’instant même. Le sujet de la danse, c’est la danse elle-même ». « Je ne parle pas de ma danse, je la danse ».
Une mention particulière pour Summerspace (1958), présenté en juin 2019 à Montpellier Danse, dans les décors et les costumes pointillistes conçus par Robert Rauschenberg, qui sont d’une beauté stupéfiante en donnant l’illusion que les danseurs se fondent dans ce décor. Mouvement des corps qui met en lumière la fluidité, la légèreté et la grâce des gestes des danseurs.
Ce film nous montre également le processus de création d’un artiste qui ne fut pas compris tout de suite dans son pays, qui connut la pauvreté, le rejet du public, mais qui persévéra avec opiniâtreté et abnégation, sûr de son talent trop tôt contemporain. Des films d’époque, des vignettes et des notes, brouillons et dessins, sont insérés dans le film qui nous plonge au sein du processus créatif de ce danseur. En immergeant le spectateur dans une série de gros plans, dans un tourbillon d’images, la réalisatrice le plonge au cœur même de cet art qui est mouvement et éblouissante beauté.
Marie-Jeanne Campana