Fiche

Titre : Jojo Rabbit
Edition : Tchéquie, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis, 2019, 1h48
Réalisation : Taika Waititi, scénariste d'après le roman de Christine Leunens ; image, Mihail Malaimare Jr ; montage, Tom Eagles ; compositeur, Michael Giacchino ; distribution France, 20th Century Fox

Interprétation :

Roman Griffin Davis (Jojo), Thomasin McKenzie (Elsa), Scarlett Johansson (Rosie Betzler), Taika Waititi (Adolf Hitler), Sam Rockwell (Capitaine K-lenzendorf), Rebel Wilson (Fraulein Rahm)

Auteur

Taika Waititi, Néo-zélandais maori de mère juive né en 1975, fit ses études littéraires à Wellington. Il pratiqua avec succès le comique de scène en duo avec Jermaine Clement, puis son court métrage Two Cars, One Night, finaliste des Oscars 2005, le fit connaître internationalement. Il réalisa ensuite quelques longs métrages (A chacun sa chacune, 2007 ; Boy, 2010, un gamin maori ; Vampires en toute intimité (2014), coréalisé et joué avec J. Clément ; ...) puis dirigea (2017) la superproduction Thor : Ragnarok. Après quoi, Jojo remporte, entre autres, le prix du public à Toronto.

Résumé

Berlin, vers la fin de la seconde guerre mondiale. Jojo est un petit garçon allemand passionné de nazisme, système que sa mère combat à l'insu de son fils. Le père absent, Jojo s'est inventé un mentor en la personne d'un Adolf Hitler imaginaire. Mais il découvre une fillette juive cachée dans l'appartement.

Analyse

Le propos du film est immédiatement provocateur. Traiter en farce du totalitarisme nazi et de l'holocauste, quel est le but poursuivi ? Certes, cela singularise l'œuvre malgré son sujet abondamment couvert ; mais cet objectif artistico-commercial peut-il servir aussi à dire quelque chose qui autrement ne pourrait l'être, ou pas si bien ?
C'est un regard enfantin qui nous guide tout au long de l'histoire, celui d'un gamin de dix ans à la fois conscient de sa puérilité - peu capable et vulnérable - et puisant dans l'idéologie raciste et nationaliste au pouvoir ce qui devrait lui servir de force et de moteur. Le surnom de 'Jeannot Lapin' qu'il gagne à ne pouvoir mettre à mort la petite bête (outre un clin d'oeil au transgressif Roger Rabbit) illustre bien la contradiction dans laquelle il se trouve piégé ; le mensonge lui sert souvent à en sortir. Le contraste entre la violence prônée par le nazisme et l'innocence du petit adepte crée une tension généralement soluble dans le gag, ainsi que dans les vives couleurs de l'image, mais certaines scènes - comme les pendus en pleine ville, et l'affreuse découverte que fait Jojo la seconde fois qu'il passe là - obligent à quitter le registre de la fable pour toucher à l'horreur de la réalité. Face à celle-ci nous voici confrontés à la problématique des relations des adultes avec les enfants : chacun à sa façon les manipule, tantôt pour 'leur bien', tantôt pour celui de 'la cause'.
Dans la galerie des personnages, fort bien interprétés - Jojo, Yorki son pote empoté, Elsa la jeune fille cachée, Rosie la maman sensible et sensée, ou le capitaine K, nazi pas tout à fait mauvais - tranche le burlesque et incongru Adolf Hitler. On débattra à satiété de ce choix : en faire un guignol stupide ridiculise-t-il le message hitlérien ? On doit bien sûr tenir compte de ce que l'impensable, la résurgence de la bête, se manifeste désormais autour de nous avec insistance.
Jacques Vercueil