Fiche

Titre : Detroit
Edition : Etats-Unis, 2017, 2h23
Réalisation : Kathryn Bigelow ; scénario, Mark Boal ; musique, James Newton Howard ; image, Barry Ackroyd ; montage, William Goldenberg & Harry Yoon ; distribution France, Mars Distribution

Interprétation :

John Boyega (Dismukes), Will Poulter (Krauss), Algee Smith (Larry Reed), Jacob Latimore (Fred), Jason Mitchell (Carl), Ben O’Toole (Flynn), Jack Reynor (Demens), Hannah Murray (Julie), Kaitlyn Dever (Karen), Nathan Davis Jr. (Aubrey)

Auteur

Kathryn Bigelow, première femme à remporter l'Oscar de la meilleure réalisation pour Démineurs (The Hurt Locker, 2009, guerre d'Irak) et toujours la seule, est née en Californie en 1951. Peintre d'abord, elle étudia le cinéma à l'université Columbia (New-York). Premier long métrage en 1982 (Ihe Loveless ), mais c'est Point Break : Extrême limite (1991, un agent FBI contre un gang de surfeurs-braqueurs) qui lui vaut succès et notoriété. Suivra entre autres Strange Days (1995, sci-fi, scénario de James Cameron son ex-époux). Son avant-dernier film, Zero Dark Thirty (2012, sur la traque de Ben Laden) fut finaliste aux Oscars.

Résumé

Detroit reconstitue un terrible épisode de violences policières lors des graves émeutes noires dans cette ville à l'été 1967. Un groupe de jeunes musiciens se réfugient dans le motel Algiers où un trio de policiers blancs va brutalement s'acharner à retrouver une arme inexistante. Malgré les trois morts, blessures et exactions dont ils sont responsables, les policiers seront acquittés deux ans plus tard par un jury de Blancs.

Analyse

Sujet du film, la violence policière s'exacerbant dans un contexte de confrontation entre races et classes : incompétence, impréparation, et pour finir impunité forment le lit des agissements injustifiés de la police sur fond de panique et d'effroi dans les deux camps. Le contexte racial est omniprésent : policiers anti-émeutes blancs dans un quartier noir, exaspération devant les deux filles blanches avec des hommes noirs, au tribunal refus des Noirs de l'audience de se lever à l'entrée des Blancs du jury, et pour finir abandon par Larry de sa musique 'de Noirs' pour faire danser les Blancs... La dimension de classes est aussi là : les pillards défoulent à plein caddys leurs années de frustration devant des vitrines inabordables, et l'appel au calme de l'élu local — ne détruisez pas votre quartier ! — se heurte à la rage contre des conditions de vie dégradées : "Burn it down ! "
Le film commence mollement, et l'on peine à s'intéresser au petit groupe de jeunes musiciens obnubilés par la perspective d'enfin jouer dans une grande salle devant les producteurs du mythique label Motown (Motor Town, Detroit ville de l'automobile). L'explosion de fureur de la foule après une rafle dans un local clandestin (police blanche, clients noirs) donne enfin sa dimension au film, qui tourne bientôt au huis-clos absurde et sadique dans le calme du motel autour duquel la guerre fait rage. Les gros plans sur les visages grimaçants et transpirants des victimes et des bourreaux dramatisent encore des faits odieux. La longue exposition souligne après coup la gratuité de cette violence, les jeunes victimes n'ayant en tête que leur rêve de percer. Un vigile noir, homme pondéré respecté par ses collègues blancs, atténue le manichéisme.
Les années 1960 ont vu s'aiguiser la révolte contre le déni des droits civiques des Noirs aux Etats-Unis : lois Civil Rights et Voting Rights en 1964 et 65, marches de Selma à Montgomery en 1966, fondation des Black Panthers en 1966, assassinat de Martin Luther King en 1968... ; injustice, pauvreté, et répression souvent sauvage déchaînent de nombreuses et graves émeutes (Watts, Newark, Detroit...). Alors, commémoration après 50 ans d'une sombre page d'histoire ? Plutôt, piqûre de rappel : même après huit ans de présidence Obama, les épisodes d'embrasement interracial - Ferguson, Baltimore, Charlotteville — restent graves et fréquents, et l'exercice de la force publique un défi périlleux à gérer.
Jacques Vercueil