Fiche

Titre : Khibula
Edition : Géorgie, 2017, 1h38
Réalisation : George Ovashvili. Scénario : George Ovashvili et Roelof Jan Minneboo. Photographie : Enrico Lucidi. Montage : Sun-min Kim. Son : Johannes Doberenz. Compositeur : Ioseb Bardanashvili. Production : George Ovashvili, ZDF/Arte, notamment. Distribution France : Arizona Distribution.

Interprétation :

Hossein Mahjub (Le président), Kishvard Manvelisvili (Le Premier ministre), Nodar Didziguri (Zurab), Zurab Antelava (Shalva), Galoba Gambarov (Rati)

Auteur

George Ovashvili est un réalisateur, scénariste et producteur géorgien, né en 1963 en Géorgie (alors en URSS). Diplômé de l’Université de Tbilissi en théâtre et cinéma, il se forme aussi aux Etats-Unis puis réalise L’autre rive (2009). Sorti en 2014, La terre éphémère représente la Géorgie aux Oscars. Khibula est son le troisième long-métrage du réalisateur.

Résumé

En 1993, en Géorgie, le président destitué, Zviad Gamsakhourdia, premier président élu démocratiquement après l’indépendance de l’ancienne république soviétique, vit ses derniers jours. Accompagné de fidèles, Il traverse le pays clandestinement.

Analyse

C’est une étrange plongée dans une page obscure de l’Histoire que cette cavale d’un président déchu, jamais nommé. L’auteur rend en fait justice à Zviad Gamsakhourdia que l’on voit s’obstiner à rester dans son pays, au péril de sa vie, tandis que la radio annonce urbi et orbi qu’il l’a quitté et donc trahi. Les forces armées qui ont fomenté le coup d’Etat le traquent de cachette en cachette – sans qu’on les voie jamais-- avec l’appui de Moscou qui n’a pas accepté, à la chute de l’URSS deux ans plus tôt, la proclamation d’indépendance de la Géorgie. Alors que la guerre civile déchire le pays, le président et ses compagnons sont en général accueillis avec respect par les paysans du Caucase dont on peut mesurer le dénuement et le sens de l’hospitalité. Puis, fuyant l’ennemi, le groupe part affronter la nature hostile et traverse pentes enneigées et torrents glaciaires, dans des conditions précaires. De rares mais fortes scènes de danses et de chansons apportent un peu d’humanité et de réconfort à cette course qu’accompagne le manque de sommeil et de nourriture. De magnifiques prises de vues rendent compte de la beauté des paysages et de la faune. Une biche et un faon, des rapaces et des hurlements de loups accentuent l’impression d’inquiétude et d’isolement du président, mutique et stoïque. Son groupe, d’une douzaine de fidèles au début, se réduit progressivement, à mesure que l’inéluctable se rapproche. Khibula, dans l’ouest du pays, est le village où sera retrouvé le cadavre du président. On ignore encore les circonstances précises de sa mort.
Françoise Wilkowski Dehove