Fiche

Titre : La villa
Edition : France, 2017, 1h47
Réalisation : Robert Guédiguian. Scénario : R. Guédiguian et Serge Valetti. Photo : Pierre Milon. Montage : Bernard Sasia. Décorateur : Michel Vandestien. Costumes : Anne-Marie Giacalone. Distribution France : Diaphana.

Interprétation :

Ariane Ascaride (Angèle), Jean-Pierre Darroussin (Joseph) Gérard Meylan (Armand), Robinson Stevenin (Benjamin), Anaïs Dumoustier (Bérangère), Yann Tregouet (Yvan), Jacques Boudet (Martin)

Auteur

Né à Marseille en 1953, Robert Guédiguian a tourné la plupart de ses films avec sa compagne, Ariane Ascaride, et son ami Gérard Meylan. Avec Darroussin, ils figurent dans la plupart de ses films : Dernier été (1980), A la vie, à la mort (1995), Marius et Jeannette (1998, grand succès), Le promeneur du champ de mars (2004, Mitterrand), Les neiges du Kilimandjaro (2011).

Résumé

Angèle, une actrice dans la soixantaine, revient dans la maison familiale d’une calanque de Marseille, après une absence de 20 ans. Au chevet de son père qu’une attaque a rendu muet, elle y retrouve ses frères et tous trois vont faire le bilan de leur vie et de la période passée. La venue de petits réfugiés va les ancrer dans l’avenir. Quatre générations sont en présence.

Analyse

Dès les premières images, tournées dans la calanque de Méjean, aux rayons d’un soleil d’hiver qui chauffe et éblouit un vieil homme sur la terrasse de sa villa, Robert Guédiguian nous transporte dans un coin de paradis, au bord de cette Méditerranée qui a baigné sa vie. Tout le film est imprégné de la belle nature alentour, de la forêt, de la lumière et de la mer qui permet l’ouverture au monde. Avec l’arrivée d’Angèle, qui constate les bouleversements intervenus dans le village de son enfance – les anciennes maisons de pêcheurs, désormais résidences secondaires, sont fermées -- on se laisse envahir par la mélancolie et La villa, pleine de théâtralité, s’avère en grande partie une version marseillaise de La cerisaie de Tchékhov. La pièce du XIXème siècle russe évoquait la disparition d’un monde ancien et l’inquiétude des protagonistes au seuil d’une ère nouvelle ; Guédiguian confronte le passé et le présent, les utopies d’hier et les rêves à venir, en espérant toujours un monde meilleur. Les personnages ne sont jamais jugés, chacun regarde le monde à sa manière. Parmi les quatre générations, celle du réalisateur est la plus présente. Jean-Pierre Darroussin, avec ses réflexions caustiques, introduit un comique bienvenu alors que sa relation avec sa ‘trop jeune fiancée’, interprétée avec un grand naturel par Anaïs Dumoustier, est en train de se défaire. En miroir se dessine une autre relation intergénérationnelle entre Angèle, qui aura finalement réussi à faire le deuil de sa fille Blanche, et Benjamin. Autres miroirs : la main du père qui s’agrippe à la table, les mains du couple de voisins sur leur lit de mort, celles des deux garçons qui s’agrippent. Le vingtième film de Guédiguian fourmille de petites touches, tantôt liées à la vie, tantôt illustrant le deuil ou la mort, ce qui le rend très attachant. Un seul moment musical : dans la chambre de Blanche, quand la vie peut reprendre le dessus. Et, grâce à son équipe permanente d’acteurs ‘maison’, Guédiguian peut se payer le luxe de citer en flash-back une scène de Ki Lo Sa (1986), avec Ascaride, Darroussin et Meylan… en (vrais) trentenaires !
Françoise Wilkowski Dehove