Fiche

Titre : Je ne suis pas une sorcière
Edition : Zambie, 2017, 1h34
Réalisation : et scénario : Rungano Nyoni. Photographie : David Gallegos. Montage: George Cragg. Musique: Matthew Kelly. Production : Juliette Gramont. Distribution France : Pyramide distribution

Interprétation :

Margaret Mulubwa (Shula), Henry Phiri (ministre), Margaret Sipaneia (Marna)

Auteur

Rungano Nyoni est née à Lusaka (Zambie) et a grandi au Pays de Galles. Elle est diplômée de l’Université des Beaux-Arts de Londres. Après avoir réalisé de nombreux courts métrages, comme The List  et Mwansa the Great, elle coécrit The Mass of Men, qui remporte un Léopard d’Or à Locarno. Son dernier court métrage Listen, coréalisé et présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, a été nommé aux Oscars. I Am Not a Witch (2017) est son premier long métrage de fiction, Caméra d’or de la Quinzaine des Réalisateurs, à Cannes en 2017.

Résumé

Shula est accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières. Entourée de femmes bienveillantes, condamnées comme elle par la superstition des hommes, la fillette se croit frappée d’un sortilège : si elle s’enfuit, elle sera maudite et se transformera en chèvre.

 

Analyse

Elle a huit ans, le regard farouche et elle fixe une villageoise qui vient d’aller chercher de l'eau au puits. Une chute, le bidon se renverse. Il n'en faut guère plus pour que la fillette, Shula, soit accusée d'être une sorcière. Voici les premières images de ce film zambien. Après cela, l'enfant se retrouve dans une sorte de camp itinérant de sorcières. Un long ruban blanc fixé à un fuseau l'empêche de fuir. Mais bientôt, la petite prisonnière aux pouvoirs censément magiques se voit appelée ici et là pour identifier un voleur ou procéder à des incantations pour appeler la pluie sur les récoltes. Quant au gouvernement, il se sert d’elle à des fins bassement lucratives. Ce sont surtout les officiels que ce film brocarde, comme dans cette séquence cocasse où le ministre du Tourisme et des Croyances populaires (sic) fait preuve  d’une mauvaise foi évidente en se défendant de tirer profit du statut de Shula. La réalisatrice se moque aussi des touristes blancs qui  descendent de leur car climatisé, achètent n’importe quoi, font des photos et remontent dans le car cinq minutes plus tard en croyant avoir tout compris des sauvages. Rungano Nyoni instille ainsi un humour ravageur qui donne plus de force au caractère tragique du parcours de la petite sorcière dans une Afrique qui fait face à la modernité, mais reste empêtrée dans ses traditions. Car le monde dans lequel s’insère ce folklore est paradoxalement très moderne, ou en tout cas proche d’un fonctionnement à l’occidentale. Et c’est peut-être ce qui rend ces procès en sorcellerie encore plus surprenants et dérangeants.
Jean Wilkowski