Fiche

Titre : The Last Family (Ostatnia Rodzina – La dernière famille)
Edition : Pologne, 2016 , 2h03
Réalisation : Jan P. Matuszynski – scénario : Roberto Bolesto – Photographie : Kacper Fertacz – Montage : Przemystaw Chruscielewski – Son : Jaroslaw Bajdowski, Kacper Habisiak – Production : Aurum Films – Distribution France : Potemkine films

Interprétation :

Andrzej Seweryn (Zdzislaw Beksinski) – Dawid Ogrodnik (Tomasz Beksinski) – Aleksandra Konieczna (Zofia Beksinski) – Andrzej Chyra (Piotr Dmochowski)

Auteur

Jan P. Matuszynski est un jeune réalisateur polonais né à Katowice en 1984. Il s’est formé au métier de réalisateur à l’Ecole du film d’Andrzej Wajda puis à la Faculté de cinéma de Katowice. Il a réalisé des documentaires et des courts métrages qui ont reçu plusieurs récompenses en Pologne. The Last Family est son premier long métrage. Il a été sélectionné au Festival de Locarno en 2016 et Andrzej Seweryn y a reçu le Prix d’interprétation masculine.

Résumé

The Last Family est le portrait d’une famille d’artistes : Zdzisław Beksiński, peintre surréaliste polonais, sa femme Zofia et leur fils impulsif et suicidaire Tomasz, célèbre animateur radio. Appuyée sur les archives et vidéos enregistrées par Beksiński, cette chronique intime d’une famille hors-norme témoigne des changements de la société polonaise dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Analyse

The Last Family est un biopic mais d’un genre un peu particulier. D’abord le héros dont il est question est un peintre renommé en Pologne mais assez peu connu en dehors de son pays, Zdzislaw Beksinski. Il en résulte que le spectateur français regardera le film plutôt comme une fiction que comme un biopic. Ensuite, le réalisateur ne nous montre pas les événements artistiques de la vie d’un peintre célèbre mais la vie de famille, sur une vingtaine d’années, du peintre, de sa femme et de son fils. Une vie qui se déroule dans une barre d’immeubles gris des années 70 typique des banlieues de Varsovie et de l’architecture de la Pologne communiste. On passe d’ailleurs un certain temps dans les couloirs et dans les ascenseurs, assez pour s’imprégner de l’atmosphère déprimante des lieux. Cette famille connaît ses moments de bonheur et ses drames comme toute famille, elle est seulement parfois un peu plus agitée que la moyenne à cause du fils, qui passe facilement de la révolte exaltée aux tentatives de suicide.
Au-delà de l’intérêt de nous plonger dans cette époque de la Pologne de la fin du XXème siècle, le film retient surtout l’attention  par ce qu’il nous dit sur la création artistique. Le père peint des toiles crépusculaires, des paysages désolés, des mondes lugubres et menaçants mais c’est un homme doux, passionné de musique, amoureux de sa femme, satisfait d’une vie tranquille et peu désireux de sortir de son appartement. Photographe, il se sert sans arrêt de son appareil photo puis de son caméscope, pour enregistrer sa vie de famille, y compris aux moments les plus dramatiques, empilant les bandes VHS pour retenir le temps qui passe. À l’opposé, son fils Tomasz se compose une figure d’artiste hanté mais il ne crée pas vraiment. Même s’il atteint une certaine célébrité, il est dans l’apparence en jouant les disc-jockeys et les animateurs de radio. La bande sonore du film oppose d’ailleurs la musique classique écoutée par le père et les musiques anglo-saxonnes des années 70-80 dont le fils est un spécialiste. Ce dernier accompagne ainsi l’évolution de la société polonaise, qui s’ouvre à l’Occident dans ces années-là, alors que l’art du père reste marqué par les tragédies qui ont secoué la Pologne.
Un film original et intéressant, très représentatif du cinéma polonais, dans lequel le pessimisme est adouci par une certaine dose d’humour.
Jacques Champeaux