Fiche

Titre : Tesnota - Une vie à l’étroit
Edition : Russie, 2017, 1h58mn
Réalisation : Kantemir Balagov. Scénario : Kantemir Balagov et Anton Iarouch. Image : Artem Emelyanov. Son: Andreï Nikitin. Montage: Kantemir Balagov. Directeur artistique: Alexandre Sokourov. Production : Exemple d’intonation. Lenfilm. Distribution: Arpsélection

Interprétation :

Ilana (Daria Jovner), David (Veniamin Kats), Adina (Olga Dragounova), Avi (Artem Tsypin), Zalim (Nazir Joukov).

Auteur

Né en 1991 à Naltchik, capitale de la république autonome de Kabardino-Balkarie, dans le Caucase du nord (Russie), il est dirigé par Alexandre Sokourov et réalise 3 courts métrages. Son 1er long métrage obtient le Prix de la critique internationale dans la sélection Un certain regard à Cannes,  puis  le grand prix du Jury et le prix d’interprétation féminine aux Premiers Plans d’Angers.

Résumé

A Naltchik, Ilana, le personnage central, est une  fille indépendante ou un  garçon manqué comme on aurait dit jadis, qui préfère faire le mécanicien auto dans l’atelier de réparation de son père, au grand dam de celui-ci, plutôt que d’accepter un travail que veut lui proposer le rabbin. Un soir son jeune frère David et sa fiancée sont kidnappés par la mafia locale. Une rançon est réclamée. Comment réunir la somme nécessaire en ne faisant surtout pas appel à la police?

Analyse

On est  impressionné dès les premières images  par la cohérence de  l’adaptation de la forme de ce cinéma au cadrage serré à la sobriété d’une narration immergée dans la vie d’une petite communauté juive repliée sur elle-même. L’argument n’est cependant pas particulièrement original, même si Sokourov a comblé quelques lacunes du scénario qui s’inspire de faits réels au sein de la communauté juive de Naltchik. Le réalisateur dit qu’en fait, plus que la dimension de thriller de ce kidnapping, ce qui l’intéressait était de montrer comment une famille peut vivre un moment critique à travers la diversité conflictuelle des réactions des uns et des autres. Il ne s’attache pas à l’aspect spectaculaire de l’enlèvement, dont la survenue est même annoncée sans pleurs ni gémissements comme s’il s’agissait d’un événement habituel, mais à ses répercussions sur le positionnement de chacun des membres de la famille. Il fait de plus d’Ilana le personnage principal, la conteuse du film,  parce qu’il est convaincu que  les femmes, dit-il ‘sont les héros de notre temps’. C’est en effet d’Ilana, qui imposera sa loi à Zalim, son amant kabarde falot, -la fascinante Daria Jovner dont on n’oubliera ni le visage ni le regard, ni l’énergie et dont c’est la 1ère apparition au cinéma-, que dépend l’authenticité et l’originalité d’un film qui par ailleurs n’hésite pas à critiquer les années 90 de la Russie post-soviétique et l’abominable guerre de Tchétchénie, qui donne lieu ici à une séquence insoutenable enregistrée sur VHS. La caractérisation de tous les membres de cette famille juive, que son incarcération dans la société russo-kabarde conduit à  l’implosion, est très nuancée, avec au premier plan l’affrontement mère-fille et l’éclosion progressive de l’autonomie de David. Enfin la mise en scène austère, les ellipses du récit, l’attention à la composition chromatique de l’image et son format presque carré,  obligent les acteurs à être proches dans les plans à deux et font ressentir cette ‘vie à l’étroit’.
Jean-Michel Zucker