Fiche

Titre : Ready Player One (*Premier joueur, prêt)
Edition : Etats-Unis , 2018, 2h20
Réalisation : Steven Spielberg ; scénario, Ernest Cline et Zak Penn ; image, Janusz Kaminski ; montage, Sarah Broshar ; musique de Alan Silvestri ; distribution France : Warner Bros.

Interprétation :

Tye Sheridan (Parzival/Wade), Olivia Cooke (Art3mis/Samantha), Lena Waithe (Aech/Helen), Ben Mendelsohn (Nolan Sorrento)

Auteur

Désormais septuagénaire, Steven Spielberg a plus de 50 films à son actif, dont de nombreuses réussites artistiques et commerciales qui en font un des grands du VII° art. Loin de se spécialiser dans un genre, il a toujours varié ses sujets et ses styles - on peut puiser presque au hasard dans sa filmographie, de Duel aux Dents de la mer, d'Indiana Jones à Tintin, de La liste de Schindler au Bon gros géant, de E.T. à Lincoln... Le futur en particulier lui fournit un matériau propre à exercer sa fertile imagination visuelle.

Résumé

2045, Columbus (Ohio). De nombreux humains fuient un monde sinistre en retrouvant derrière leur casque de réalité virtuelle l'OASIS, univers où leurs avatars peuvent tout faire et devenir ce qu'ils veulent. Création du défunt James Halliday, OASIS est aussi une juteuse entreprise que son génial fondateur a léguée à qui découvrira l'œuf de Pâques numérique qu'il y a dissimulé. Issu d'un quartier misérable, le jeune Wade Watts se lance dans cette chasse au trésor qui attire bien des convoitises et se déroule dans les deux mondes, réel et virtuel.

Analyse

Adaptation du roman éponyme (2011) du coscénariste Ernest Cline, ce film spectaculaire déploie de nombreux centres d'intérêt mais laissera au bord de la route les spectateurs que l'immersion dans un monde de nerds asphyxie. C'est en revanche un paradis pour les cinéphiles et gameurs amateurs de citations : avoir vu Shining est même une obligation, sans quoi hache, labyrinthe enneigé, fillettes jumelles etc. resteront d'obscures énigmes ; mais des rochers flottants, une superlative piste de danse, une gueule dentue surgissant d'un torse éclaté, ou l'incantation Hannal nathrar... et bien d'autres épisodes encore, sauront parler aux connaisseurs. Le jeu video Adventure, premier d'une longue et multiple descendance et inventeur de l'Easter Egg, servira aussi de référence explicite au cours du film. Les fans ont recensé plusieurs centaines de ces clins d'œil, et l'on trouve sur Internet des vidéos qui les mettent en évidence au sein des séquences pertinentes du film.
A part cela, on peut dire que le mal de vivre est le sujet principal. La misère est assénée immédiatement par l'ouverture du film sur un bidonville tridimensionnel où de vieux mobile homes, empilés par dizaines sur de gigantesques échafaudages comme des bateaux dans un garage aérien, abritent une population en déchéance. Le héros Wade Watts en descend par un parcours acrobatique qui nous fait croiser les habitants de ce sous-monde, et entreprend dans le dédale urbain une balade solitaire qu'il commente en voix off, faute de partenaire avec qui échanger. Mais cette solitude sera l'un des axes d'évolution du film : alors qu'il la revendique d'abord : "Je ne veux être d'aucun clan !", il reconnaîtra plus tard ce qu'il doit aux compagnons qui se sont joints à lui : "Voici mon clan !" et enfin haranguera les Gunter ('Egg Hunters', chercheurs de trésor) pour qu'ils se mobilisent et combattent collectivement le projet d'exploitation des consommateurs d'OASIS par le concurrent qui veut s'en emparer.
Cependant, le besoin de ces gens d'aller fuir leur réalité dans le virtuel doit être pris comme un axiome : trop peu nous est dit sur le monde où ils vivent, tandis que peu à peu la frontière entre les deux s'efface ... Peut-on lire dans ce combat contre le prédateur une invitation à se libérer de l'emprise des réseaux sociaux ? Ready Player One, superbe film d'action et de fantastique, gardera comme qualité première sa phénoménale collection de références, citations et clins d'œil - ses 'œufs de Pâques'.
Jacques Vercueil