Fiche

Titre : Nul Homme n’est une île
Edition : France, 2017, 1h36
Réalisation : et scénariste : Dominique Marchais ; photographie : Claire Mathon et Sébastien Buchmann ; montage : Jean-Christophe Hym ; production : Zadig Films ; distribution : Météore Films.

Interprétation :

Documentaire

Auteur

Après des études de philosophie, Dominique Marchais collabore au magazine Les Inrockuptibles en tant que critique de cinéma. Il commence sa carrière dans le cinéma en 1998 en travaillant sur le montage de plusieurs films. Son premier long métrage, Le temps des grâces (2010) est consacré à la façon dont le travail agricole modèle les paysages et les écosystèmes. En 2014 il réalise La ligne de partage des eaux sur l’aménagement du territoire. Son documentaire Nul homme n’est une île a reçu le prix 2017 du festival Entrevues de Belfort.

Résumé

De la Sicile à l’Autriche en passant par la Suisse, Dominique Marchais va à la rencontre d’hommes et de femmes qui tentent de concilier une véritable pratique de la démocratie avec de nouvelles formes de production respectueuses des hommes et de l’environnement.

Analyse

Dans les premières images on suit une personne filmée de dos en gros plan, qui nous amène sur une place, la Piazza del Campo de Sienne tellement reconnaissable par sa forme incurvée comme un amphithéâtre. Nous pénétrons dans la Salle des Neuf (conseil de 9 citoyens) avec Chiara Frugoni, historienne spécialiste du Moyen-Âge, qui de sa voix chaude et passionnée nous commente la fameuse fresque d’Ambrogio Lorenzetti, Allégorie et effets du bon et du mauvais gouvernement (1338-1340) peinte sur trois murs de cette salle. D’un côté une ville magnifique remplie de tours, de palais, d’habitations. L’harmonie règne. A la campagne les champs sont bien cultivés. La paix règne. Tout est dans l’horizontalité. En face la fresque prend des tons sombres et gris. Des cadavres jonchent le sol, les soldats en armes sont omniprésents, la mort rode. A la campagne des soldats pillent, les champs sont ravagés, les habitations sont en ruine. Tout est verticalité dans ce mauvais gouvernement.
Cette fresque est le fil conducteur du documentaire. Dominique Marchais, à travers trois expériences, nous montre des actions précises et efficaces d’hommes et femmes de bonne volonté, à la reconquête du bien commun, qui veulent construire un monde où règne la démocratie, où l’on pratique d’autres formes de production dans le respect d’une économie solidaire, de l’environnement, loin des impératifs économiques de profit et de rentabilité des marchés capitalistes, mais simplement à la recherche du juste prix. Ce ne sont pas pour autant des utopistes. Ces gens sont ancrés dans la réalité ; la viabilité de leur système qui fait tache d’huile nous prouve qu’une autre société est possible dans la recherche du bien commun, et le respect de la nature.
Le réalisateur n’est pas un donneur de leçons. Il s’intéresse à ces expériences fructueuses de démocratie participative. Les paysages sont au cœur de son travail. Sa mise en scène témoigne de la nécessité de l’horizontalité, comme celle des paysages qu’il filme magnifiquement et qu’il aplanit par une longue focale.
Le titre du film est tiré d’un poème de John Donne écrit au XVIIème siècle : « Nul homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble … » Suivent ces vers magnifiques qu’Ernest Hemingway a choisi de mettre en exergue de son roman « Pour qui sonne le glas » : « La mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain ; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi ».
Marie-Jeanne Campana