Fiche

Titre : Transit
Edition : Allemagne, France, 2018, 1h41
Réalisation : et scénariste : Christian Petzold - photo : Hans Fromm - montage : Bettina Böhler - distribution (en France) : Les Films du Losange.

Interprétation :

Franz Rogowski (Georg), Paula Beer (Marie), Godehard Giese (Richard), Lilien Batman (Driss), Jean-Pierre Darroussin (voix du narrateur), Voix originales.

Auteur

Jusqu'en 1993, Petzold réalise quelques courts métrages et documentaires pour Arte et ZDF. Son premier film, Contrôle d’identité, sort en 2000. En 2007, le réalisateur rencontre Nina Hoss qui figurera dans les films qui le feront connaître: Barbara (2012) et Phoenix (2014), drame où une rescapée des camps se voue à la recherche de son mari et découvre que c'est lui qui l'a dénoncée.

Résumé

A Marseille en 1942, des Juifs allemands fuient les persécutions et veulent s'embarquer rapidement pour échapper à l'armée fasciste qui entre en zone libre. L’un d'eux, Georg, se retrouve, par un concours de circonstances, affublé d'une nouvelle identité : celle d'un romancier célèbre dont, à Paris, il a pu constater la mort. Il en récupère le visa pour le Mexique ainsi que celui destiné à l'épouse de l'écrivain.

Analyse

Le film Transit est librement adapté du livre d'Anna Seghers. Christian Petzold en a restitué la détresse des émigrants parvenus, avec difficulté, jusqu'à Marseille et bloqués en attente d'un départ hypothétique, mais aussi une atmosphère d'optimisme désespéré qu'il a su traduire, dans de minuscules détails : les errances désœuvrées, les files d'attentes où chacun éprouve un besoin impérieux de se confier et de se convaincre que son séjour n'est que provisoire. Ces fantômes d'une autre époque évoluent dans la Marseille actuelle, avec son Mucem et son Fort Saint-Jean rénové. Ils se retrouvent dans les bureaux des consulats de pays qui acceptent ou non de les accueillir. Ils sont aidés ou rejetés, ils soutiennent de plus malheureux ou refusent de les accompagner. Ils déclarent partir 'à la montagne' comme en villégiature, alors qu'ils vont essayer un passage par les Pyrénées. Ils nouent des relations amoureuses qui les préservent de la solitude, et ont besoin d'y croire. Mais ils ont faim, et c'est leur seule certitude.
Cette question récurrente sur la mémoire : ‘ Qui oublie le premier, celui qui quitte ou celui qui est quitté ? ‘ n'est-elle pas celle qui se pose dans chaque port, à chaque émigration ? Car si le réalisateur a choisi le cadre d'une Marseille actuelle - port aux ruelles chargées de deux millénaires d'Histoire et à la population hétérogène - pour nous parler de l'année 1942, c'est pour souligner la persistance des guerres qui entraînent des départs forcés, des séparations douloureuses, des angoisses, des tracasseries administratives, et surtout la profonde solitude de celui qui, sans passé ni futur, n'a plus rien où se raccrocher. La voix off de Jean-Pierre Darroussin n'est pas là pour expliquer mais plutôt pour accentuer la distance, décrire des faits sans se charger d'émotion. Elle permet d'éviter un pathos qui serait malvenu.
Georg, usurpateur de l'identité de l'époux défunt de Marie et toujours sur ses gardes, Marie, qui ignore le décès de son époux et erre dans sa persévérante recherche, Richard, médecin dévoué, et Idriss, l'orphelin qui se souhaiterait un père, sont des personnages ouverts et généreux. Les 'méchants' se trouvent chez les personnages locaux qui méprisent les nouveaux arrivants mais savent aussi en profiter.
Le schéma est classique mais encore valide.
Nicole Vercueil