Fiche

Titre : Trois visages
Edition : Iran, 2018, 1h40
Réalisation : et scénario : Jafar Panahi - image : Amin Jafari - montage : Mastaneh Mohajer - musique : Imaj Studio Tabriz - distribution (en France) : Memento Films Distribution

Interprétation :

Behnaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei chacun jouant son propre rôle

Auteur

Jafar Panahi, iranien, a réalisé plusieurs courts métrages, puis travaillé avec Kiarostami avant de tourner Le ballon blanc (1995), récompensé à Cannes par une Caméra d’Or. Choisi d’abord pour représenter l’Iran aux Oscars, son film Sang et or (2003) est ensuite interdit ainsi que tous ses films suivants pour des raisons politiques. Le cinéaste lui-même est interdit de sortie du pays. Depuis il a réalisé clandestinement Ceci n’est pas un film (2011) puis Closed curtain (2013) et Taxi Téhéran (2015), récompensés dans les grands festivals internationaux.

Résumé

Behnaz Jafari, comédienne célèbre en Iran, reçoit la vidéo du suicide d’une jeune fille, Marziyeh, qui n'a pas pu convaincre sa famille de lui permettre de devenir actrice. Bouleversée elle demande à Jafar Panahi de l'aider à découvrir la vérité sur cette histoire.

Analyse

Pour cette fiction où chacun des acteurs joue son propre rôle, Jafar Panahi a tourné dans les trois villages d'origine de ses proches, dans le nord-ouest du pays où la langue locale est l'azéri. Ce fait rend crédible le besoin pour la comédienne Benhaz de se faire accompagner par Jafar qui pourra faire l'interprète.
Les trois visages du titre sont ceux des actrices, de trois générations différentes, au centre du récit. Deux d'entre elles apparaissent sur l'écran, Benhaz et Marziyeh, la troisième, Shahrzad, vit recluse dans sa maison et ne peut risquer l'intrusion d'un homme chez elle sans détruire complètement sa réputation pourtant déjà au plus bas. Dans ce village reculé au terme d'une route sinueuse où deux véhicules n'ont pas la possibilité de se croiser, le mâle dicte ses oukases. Entre une actrice et une fille publique, il ne fait pas la différence. Shahrzad a écrit des poèmes, vendu ses tableaux, tourné dans des films, mais, au pays, c'est une réprouvée et il n'est pas question pour Marziyeh de faire de même. Behnaz, citadine, a subi moins de pression dans sa vocation. Elle a acquis une assurance dans son attitude qui montre toutefois qu'elle a appris à faire front contre le machisme ambiant.
Le comportement des habitants à l'arrivée de la voiture de Panahi sur la place du village reflète bien la rudesse de leurs coutumes : il faut demander au gouvernement de réparer l'électricité. Lorsqu'ils comprennent qu'ils ont affaire à des artistes, ils s'écartent tous et retournent à leurs occupations en refusant de répondre aux questions sur Marziyeh : « une petite écervelée... », dit l'un d'eux.
Face à l'asservissement de la femme, le culte de la virilité se manifeste dans la scène du prépuce. La tradition veut qu'après la circoncision du petit garçon, le prépuce soit enterré dans un lieu qui favorisera sa puissance lorsqu'il atteindra l'âge adulte. Un vieil homme du village confie à Panahi le soin d'un ensevelissement bénéfique pour son petit-fils. Ce reste sacré passera par la fenêtre de la voiture pendant le voyage de retour.
Ce film est une fiction, il faut à tout moment se le rappeler. Ce qui est véridique c'est que Panahi a pu voyager pour le tourner librement et que son équipe a accepté de figurer au générique sans redouter les représailles. Il parle de l'oppression de la femme en Iran, mais fait référence aussi à celle des artistes quel que soit leur genre et du chemin qui reste à faire à chacun pour se débarrasser des préjugés.
Nicole Vercueil