Fiche

Titre : Une année polaire
Edition : France, 2018, 1 h 34
Réalisation : Samuel Collardey ; scénario : Samuel Collardey et Catherine Paillé ; montage : Julien Lacheray ; musique : Erwann Chandon ; production : Geko Films et France 3 Cinéma ; Distributeur France : Ad Vitam.

Interprétation :

Chaque acteur, non professionnel, joue son propre rôle, en particulier : Anders Hvidegaard, l’instituteur et Asser Boassen, le petit gamin.

Auteur

Samuel Collardey né en 1975 est directeur de la photographie et réalisateur français. Son film de fin d’étude Du soleil en hiver (2005) reçoit de nombreux prix. En 2008 sort son premier long métrage L'Apprenti un docu-fiction récompensé par le Prix de la semaine de la critique à la Mostra de Venise et le Prix Louis-Delluc du meilleur premier film. Il réalise également deux autres longs métrages, en 2013 Comme un lion puis en 2015 Tempête. En 2018 Une année polaire obtient le Prix du jury au Festival 2 cinéma de Valenciennes.

Résumé

Pour son premier poste d’instituteur, Anders choisit l’aventure et les grands espaces ; il part enseigner au Groenland à Tiniteqilaaq, un hameau inuit de 80 habitants. Dans ce village isolé du reste du monde, la vie est rude. Pour s’intégrer, loin des repères de son Danemark natal, il va devoir apprendre à connaître cette communauté et ses coutumes.

Analyse

Il semble être de mode de réaliser des fictions à partir de faits réels en faisant jouer aux acteurs non professionnels leur propre rôle. Mais Samuel Collardey ne sacrifie pas à la mode car c’est le cœur de sa filmographie depuis maintenant quatre films. Dans son court métrage Du soleil pour l’hiver (2005), puis dans ses longs métrages L’Apprenti (2008), Tempête (2015) et aujourd’hui Une année polaire, il reconstitue par la fiction d’authentiques histoires personnelles. Les valeurs de transmission et de partage l’intéressent particulièrement. Ici c’est une transmission à double sens, l’enseignement en danois que voudrait imposer Anders à ses élèves inuits qui se révèlent difficiles et se moquent de lui dans leur langage qu’il ne connaît pas, mais surtout celui que cette communauté va lui apporter en lui apprenant à voir le monde autrement qu’à travers son propre héritage culturel. Le réalisateur nous montre que le secret d’une intégration réussie passe par l’acceptation et l’adoption du mode de vie de ceux avec lesquels on est appelé à vivre. Au début, suivant les conseils de l’employée chargée du recrutement, il se refuse à apprendre le langage inuit. Mais Anders a suffisamment d’intelligence et de sensibilité pour comprendre que l’attitude de celui qui arrive en conquérant avec les clichés et les préjugés de sa culture danoise est intenable. Progressivement il va se faire adopter par cette communauté, apprendre leur langage, leurs coutumes, apprendre à chasser le phoque et dans de longues expéditions à traineaux dans une neige immaculée, à chasser l’ours blanc. Il va comprendre également que l’obligation de l’école, comme l’impose la loi danoise n’est peut-être pas le seul mode d’éducation. A travers le quotidien d’Asser, un gamin attachant, il va accepter que savoir pêcher le saumon ou le phoque, savoir construire un traineau, savoir faire un harnais de cuir pour les chiens de traîneau est tout aussi important que de savoir lire et écrire. Le film est de ce point de vue passionnant par cette plongée dans le quotidien de la communauté des Inuits. Vous serez, dans ce beau film, dépaysés et enchantés par une nature magnifique, par les panoramiques de paysages sauvages de neige immaculée, avec des plans en plongée de toute beauté sur une longue course de traîneau sur une neige vierge de toute présence humaine que seules les traces d’un ours blanc viennent marquer.
Marie-Jeanne Campana