Fiche

Titre : Ocean's 8
Edition : Etats-Unis, 2018, 1h50
Réalisation : Gary Ross, co-scénariste avec Olivia Milch ; image, Eigil Bryld ; montage, Juliette Welfling ; musique de Daniel Pemberton ; distribution France : Warner Bros.

Interprétation :

Sandra Bullock (Debbie Ocean), Cate Blanchett (Lou Miller), Helena Bonham-Carter (Rose Weil), Anne Hathaway (Daphne Kluger), Rihanna (Nine Ball), Mindy Kaling (Amita), Awkwafina (Constance), Sarah Paulson (Tammy).

Auteur

Gary Ross, Californien né en 1956, fils du scénariste de La créature du Lac Noir (1954), commença par écrire des scénarios, notamment ceux de tous les films qu'il réalisa : le premier fut Pleasantville (1999), puis vint Pur sang: la légende de Seabiscuit (2003) et surtout Hunger Games (2012) co-écrit avec l'auteur du roman. Après ce grand succès, il réalisa encore Free State of Jones (2016), avant Ocean's 8.

Résumé

A peine sortie de cinq ans de prison, Debbie Ocean entreprend­ avec son associée Lou de recruter l'équipe de choc nécessaire pour son nouveau projet de braquage : un énorme collier de diamants que portera la star Daphne Kluger au prochain Gala du Metropolitan Museum. Il leur faudra en outre une styliste de mode, une bijoutière, une pickpocket, une fourgueuse, et une hackeuse ­— car l'équipe est toute féminine.

Analyse

Quand un film de divertissement ajoute un numéro à une saga déjà fournie, Ocean 8 faisant suite aux numéros 13 (2007), Twelve (2004) et Eleven (2001, lui-même remake de l'Inconnu de Las Vegas de Lewis Milestone (1960), les questions légitimes sont : fidélité ? nouveauté ? nécessité ?
La fidélité est fortement revendiquée : Soderbergh réalisateur d'Ocean 11, et George Clooney son héros, sont les producteurs d'Ocean 8, où Debbie est la sœur de feu Dany et lui fait hommage de son braquage. Le scénario étant conforme au modèle de la série, où est la nouveauté ? Dans le genre exclusivement féminin de l'équipe, le seul mâle de quelque consistance présent à l'écran est le méprisable ex de Debbie, dont elle se venge en prime à sa conquête du collier. La nécessité, c'était l'urgence d'un contrepoids à la pléiade de vedettes masculines —outre Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Elliot Gould, Al Pacino... ­— que la trilogie antérieure avait affichée.Ce serait alors dans le casting que tient toute la valeur du film ? Ce n'est pas faux, allons-y donc. No comment pour les plus gros calibres ; se rappelle-t-on qu'Anne Hathaway en Reine blanche et Helena B.C. en Reine rouge (elle sera plus tard l'épouse du Roi bègue Colin Firth) avaient orné l'Alice au pays des merveilles de Burton ? Moins connues, Awkwafina (ce nom de lotion est le pseudo de Nora Lum, rappeuse dans le civil, ici pickpocket) et l'actrice comique Mindy Kaling (Vera Chokalingam, en tailleuse de diamants) font les petites mains ; la belle chanteuse barbadienne Rihanna, rescapée d'un rôle mal taillé pour elle dans Valerian et la cité des mille planètes, interprète avec une louable sobriété le rôle dune hackeuse capable de percer toute paroi numérique ; enfin Sarah Paulsen, présente dans Carol, Mud, Twelve Years a Slave, Pentagon Papers... endosse le rôle le moins glamour, la receleuse-fourgueuse.
On appréciera finalement que l'astuce plutôt que le charme ait remplacé la force des messieurs ; la cible choisie, une parure de diamants, a dû être jugée plus poétique et féminine que des barres d'or ; on s'interrogera sur le déterminisme sociogénétique qui semble vouer les Ocean à ne voir de salut que dans le hold-up ; et on admirera la rigueur arithmétique qui conduit les compagnes de Debbie à soupçonner qu'il y avait un double fond dans l'opération de braquage — d'où l'apparition, entorse aux bons principes, d'un acrobate mâle au plafond des salles d'exposition du Met.
Jacques Vercueil