Fiche

Titre : Le Cercle littéraire de Guernesey (The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society)
Edition : Royaume-Uni/Etats Unis , 2018, 2h03
Réalisation : Mike Newell ; scénario, Kevin Hood ; image, Zac Nicholson ; montage, Paul Tothill ; musique de Alexandra Harwood ; distribution France : Studio Canal.

Interprétation :

Lily James (Juliet Ashton), Michiel Huisman (Dawsey Adams), Matthew Goode (Sidney Stark), Jessica Brown Findlay (Elisabeth), Katherine Parkinson (Isola Pribby), Tom Courteney (Eben Ramsey), Penelope Wilton (Amelia Magery), Glen Powell (Mark Reynolds)

Auteur

L'Anglais Mike Newell (°1942) commença par faire de la télévision, et ne put réaliser qu'à partir de 1980. Ce fut d'abord The Awakening (*Le réveil/La malédiction de la vallée des Rois) ; ce début horrifique fit place à d'autres genres, notamment The Good Father (1985) sur un sujet précurseur à l'époque (la garde d'un enfant par un couple homosexuel). Le grand succès fut en 1994 Quatre mariages et un enterrement. A signaler encore parmi sa filmographie un manifeste féministe (Le sourire de Mona Lisa, 2003), un Harry Potter (HP et la coupe de feu, 2005), et une adaptation de Garcia Marquez (L'amour aux temps du choléra, 2007), puis de Charles Dickens (De grandes espérances, 2012). C'est à nouveau le cas pour Guernesey.

Résumé

A la sortie de la 2ème guerre mondiale, dans une Angleterre encore rationnée, l'écrivain débutante Juliet Ashton reçoit une lettre provenant du Club de littérature de Guernesey. Intriguée, elle se rend sur place, et découvre peu à peu les bizarreries de ce club, sa violente histoire sous l'occupation allemande, et les charmes du lieu.

Analyse

Après une existence d'éditrice, bibliothécaire et libraire en Virginie, et un voyage à Guernesey, Mary Ann Schaffer fut encouragée par le cercle littéraire qu'elle fréquentait à prendre la plume, et rédigea The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society ; mais c'était la fin de sa vie, et sa nièce Annie Barrows mit la dernière main à l'ouvrage qu'elle fit publier (2008). La fascination pour le modeste cénacle qui sert de prétexte à l'œuvre, son ambiance de partage culturel, l'excitation sur des détails infimes, l'émulation mutuelle, tout cela créant un paravent contre les angoisses du monde environnant, est bien rendue ; elle recoupe d'ailleurs, par certains aspects, l'atmosphère des milieux littéraires de la capitale, certes plus prétentieux, où évolue d'abord Juliet Ashton.
Mais rapidement Guernesey révèle, au-delà des paysages étonnants de vigueur et de diversité que Juliet découvre dans l'île, la virulence de l'histoire méconnue de l'occupation par les Nazis de cette unique terre britannique. Le film s'articule ainsi autour de trois fils directeurs : l'énigme de ce Cercle au nom déroutant ; le dépaysement du passage de la métropole londonienne au monde minuscule de Guernesey ; et le spectre toujours présent (quatre ans plus tard seulement) des épisodes cruels de l'occupation.
L'enquête que conduit Juliet pour comprendre les réticences de ses interlocuteurs à l'égard de son projet de reportage sur leur Club est malheureusement conduite avec de gros sabots ; les injections répétées de flash- back sur la période de l'Occupation, supposées nous faire partager son caractère obsédant pour les habitants de l'île, sont d'un didactisme pesant ; et comme on a perçu, dès leur premier regard échangé, ce qui allait advenir de la gracieuse jeune femme et du séduisant îlien, un puissant élément de suspense et d'intérêt se trouve trop rapidement neutralisé. Ceci dit, les protagonistes sont fort bien rendus, et j'ai aussi beaucoup apprécié Matthew Goode (A l'heure des souvenirs ; Imitation Game ; Match Point) dans le rôle secondaire de l'ami éditeur.
Jacques Vercueil