Fiche

Titre : JSA (Joint Security Area)
Edition : République de Corée, 2000, 1h50
Réalisation : Park Chan-wook, co-scénariste avec Jeong Seong-san, Kim Hyun-seok et Lee Mu-yeong ; image : Kim Sung-bok ; montage : Kim Sang-beom ; distribution France : La Rabbia et Les Bookmakers.

Interprétation :

Song Kang-ho (sergent Oh Kyeong-pil), Lee Yeong-ae (commandante Sophie Jean), Lee Byung-hun (sergent Lee Soo-hyeok), Kim Tae-woo (soldat Nam Sung-shik), Shin Ha-kyun (soldat Jeong Woo-jingt), Herbert Ulrich (militaire suédois), Christoph Hofrichter (général Bruno Botta), Kim Myoeng-su (officier supérieur Choi).

Auteur

Park Chan-wook est un cinéaste coréen, né en 1963 à Séoul. Intéressé par l'esthétique, il étudia la philosophie à l'université de Sogang où il anima la cinéphilie. Son troisième long métrage JSA (2000), énorme succès en Corée, fut primé entre autres à Deauville (Festival du film asiatique). Ont été bien connus en France, notamment pour leur sélection à Cannes, Old Boy (Grand Prix 2004), Thirst, ceci est mon sang (prix du Jury 2009) et plus récemment Mademoiselle (BAFTA 2016, film non-anglophone).

Résumé

Dans l'étroite zone neutre qui sépare Corée du Nord et Corée du Sud à Pan-Mun-Jon, deux soldats Nord-coréens ont été tués, sans doute par un militaire du Sud. Mais le nombre de balles retrouvées est bizarre. Les deux pays acceptent une mission d'enquête indépendante, helvéto-suédoise, dirigée par une Suissesse d'origine coréenne. Manifestement, rapports et témoignages cachent quelque chose. L'enquêtrice interroge les deux survivants, après que le troisième a mis fin à ses jours.

Analyse

JSA est un film ancien (2000) qui ne sort qu'actuellement sur les écrans français, sans doute en écho à la médiatisation des tensions autour du programme nucléaire militaire de la Corée du Nord. La crise qui sert de contexte au film se situe lors du démarrage de ce programme, mais sans autre rapport sur le fond.
Le premier intérêt du film est d'y découvrir cette 'omelette norvégienne' qu'est devenu le conflit coréen à la fois brûlant et gelé. La 'Zone commune de sécurité' qui est le cadre de l'action a été reproduite en studio, bien sûr, et ces décors ont subsisté depuis pour être visités par les Coréens interdits de site réel : plus près de nous, pensons au pouvoir d'attraction de Check Point Charlie à Berlin ! Le ridicule des comportements auxquels sont obligés les acteurs de cette confrontation, rigoureusement codifiée pour ne pas dégénérer à chaque instant en explosions incontrôlables, est un des leitmotiv du spectacle.
Une autre particularité est bien sûr le genre de l'enquêtrice en chef, « première femme à pénétrer ici depuis 1953 » lui dit son collègue suédois ; mais le réalisateur a la sagesse de ne rien souligner de cette différence, sauf son étrangeté. Le fait qu'elle soit de parents coréens aura bien plus de signification. Mais son appartenance au 'sexe faible' amplifie encore un paradoxe : dans ce milieu surarmé où les bouches à feu sont à chaque instant prêtes à cracher, et le font souvent, ce sont la force de la vérité et la terreur de sa révélation qui se révèlent les armes les plus puissantes.
Dernière dimension, peut-être la plus inattendue à nos yeux, éloignés dans l'espace et dans l'esprit de ce qui est ressenti là-bas — en tous cas selon Park Chan-wook : le besoin de réunification de ces deux demi-peuples, qui est bien autre chose qu'une envie de triompher du camp d'en face. C'est cela qui constitue dans JSA le nœud de l'évènement, un besoin irrépressible de fraterniser avec ceux d'en face, et qui conduira quatre soldats, entraînés à ne se voir les uns les autres qu'avec les yeux de la haine et le devoir de meurtre, à s'exposer au risque insensé de l'amitié.
Jacques Vercueil