Fiche

Titre : BlacKkKlansman - J’ai infiltré le Ku Klux Klan
Edition : USA, 2018, 2h15
Réalisation : Spike Lee -  Scénario : Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Spike Lee - Montage : Barry A. Brown – Photo : Chayse Irvin – Musique : Terence Blanchard - Décors : Curt Breech – Distribution : Universal Pictures

Interprétation :

John David Washington (Dan Stallworth), Adam Driver (Flip Zimmerman), Laura Harrier (Patrice Dumas), Topher Grace (David Duke)

Auteur

Réalisateur noir américain né en 1957. Son premier film date de 1983, mais c’est Do the Right Thing en 1989 qui révèle les germes d’un style mélangeant fiction et documentaire. Sa sensibilité aux tensions raciales dans son pays se dégage très fortement avec Malcom X (1992). Plutôt éclectique, il réalise 25th Hour en 2002 et Inside Man en 2006, (histoire d’un casse), que certains critiques qualifient de chef-d’œuvre. A part un documentaire sur les ravages de l’ouragan Katrina et un remake de Old Boy en 2013, pas de production significative jusqu’à ce film étonnant.

Résumé

Ran Stallworth, un officier de police du Colorado, a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan local, en 1978,  jusqu’à réussir à déjouer un complot. D’après une histoire vraie, racontée par Stallworth lui-même dans un livre en 2014 dont la version française est publiée aux éditions Autrement. Le film a fait sensation au Festival de Cannes 2018, et il a obtenu le Grand Prix et mention spéciale du Jury Œcuménique.

Analyse

Dès le début du film, le ton est mis grâce à deux séquences ; l’une est extraite de Autant en emporte le vent (la Guerre de Sécession), l’autre est celle du discours violemment raciste d’un membre du KKK dans les années 60. Puis commence l’histoire d’un jeune Noir qui veut devenir policier au début des années 70. Son entretien avec le chef blanc du district de Colorado Springs et un notable noir de la ville, qui veulent le tester, apporte la touche de désinvolture pleine d’humour et de naïveté de Ron Stallworth. Et cet humour va traverser le film, pourtant marqué par la violence ambiante du racisme ordinaire et le suspense dû au scénario (Ron risque en permanence d’être démasqué). Ce n’est pas rien d’infiltrer le KKK quand on est noir ! Récit plutôt bien ficelé avec des passages carrément comiques (les conversations téléphoniques entre Ron et les chefs du KKK). Toutefois le film va droit au but recherché par Spike Lee avec la bande d’actualité finale : la scène dramatique des évènements de Charlottesville en août 2017. Une voiture conduite par un néo-nazi rentre dans la foule, une femme est tuée. Le discours de Trump, renvoyant dos à dos les racistes d’extrême droite et les militants antiracistes sonne comme une provocation ! L’objectif du réalisateur est de dénoncer la montée de l’extrême droite, et le retour en force du Ku Klux Klan, favorisé par l’attitude de l’actuel Président des Etats-Unis. Dans ses déclarations à Cannes, Spike Lee a souligné que le phénomène n’est pas seulement américain, il concerne aussi l’Europe et le monde. Son film se veut un cri d’alarme. Film à message, film militant, avec les qualités d’un film d’action, malgré quelques longueurs. La bande son est très travaillée : les tubes de l’époque assortis d’une musique originale. Alain Le Goanvic