Fiche

Titre : Le poirier sauvage
Edition : Turquie / France / Allemagne / Bulgarie, 2018, 3h08
Réalisation : Nuri Bilge Ceylan ; scénario : Akın Aksu, Ebru Ceylan, Nuri Bilge Ceylan ; photo : Gökhan Tiryaki ; montage : Nuri Bilge Ceylan.

Interprétation :

Aydin Doğu Demirkol (Sinan) ; Murat Cemcir (Idris) ; Bennu Yildirimlar Asuman.

Auteur

Né à Istanbul, Nuri Bilge Ceylan obtient deux diplômes d'ingénieur, l'un en chimie, l'autre en électricité qui le motiveront pour le traitement de l'image. Il poursuit alors par des cours de cinéma tout en exerçant comme photographe. En 1995, son premier court-métrage devient le premier court-métrage turc sélectionné à Cannes. Depuis Uzak (2003) ses films (Les climats - 2006, Les trois singes - 2008, Il était une fois en Anatolie - 2011) sont tous primés à Cannes. Winter sleep (2014) y obtient la Palme d'Or et le Prix FIPRESCI.

Résumé

Sinan a une vocation d'écrivain. Ses études à peine terminées, il a écrit son premier roman et il ne lui reste plus qu'à trouver la somme nécessaire pour le faire publier. De retour au village, il cherche à convaincre son père en affirmant son choix.

Analyse

Il n'y a aucune difficulté à s'engager dans une vocation lorsque le chemin est large et déjà connu pour mener à la réussite, ou plus simplement à un confort financier permettant l'autonomie. Certaines d’entre elles, cependant, conduisent à des situations aléatoires, peut-être même à de nombreux échecs alors que les jeunes gens qui souhaitent s'y diriger sont sûrs de posséder les qualités nécessaires pour s'y réaliser. Des tensions peuvent alors surgir au sein du clan familial.
En revenant s'installer dans la maison de ses parents, son diplôme de littérature en poche et fort de son projet de devenir romancier, Sinan redécouvre d'un regard critique le petit village paysan, les mesquineries, les préoccupations terre-à-terre d'une famille simple. L'image même de son père est ternie.
On retrouve avec un plaisir intense la beauté de la photographie à laquelle Nuri Bilge Ceylan a habitué le spectateur. Même les couleurs ont leur langage. Les arides paysages turcs, rendus sauvages par la neige et le brouillard renforcent les sentiments d'isolement intellectuel de Sinan alors que la verdure printanière accompagne ses retrouvailles avec les amis de son âge. Mais ce qui fait l'essentiel de cette œuvre, une fois de plus chez son réalisateur, c'est la qualité et la finesse des dialogues, qui, combinés au jeu délicat de l'acteur, soulignent l'évolution du jeune homme. Conscient de leur universalité pour les avoir déjà éprouvées ou constatées, on suit avec sympathie ses émotions ainsi que celles des autres personnages, comme en famille. La polémique sur l'Islam est un passage qui pourra sembler long à certains – le clivage entre intégrisme et Islam ouvert n'est pas un sujet nouveau en France – mais, sur les autres questions abordées, les échanges servent utilement la progression de la réflexion.
Un film intime et proche de l'autobiographie, où le réalisateur fait partager à son public ses interrogations lors de son entrée dans la carrière.
Nicole Vercueil